‹ L'avènement de Bonaparte (volume 3)Chapitre 3 sur 46 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

ainsi se crée une ambiauce de faits et d idées favorable à leur éclosion. S'il est vraisemblable qu'en 1799 rien n'eût pu se faire sans Bonaparte, parce qu il était alors le seul homme dont le génie fût adéquat aux circonstances, son pénie et sa volonté ne firent pas tout; il se trouva le terrain admirablement préparé.

L'ordre ancien avait péri; Tordre nouveau n'arrivait pas à se fonder. Le Directoire avait hérité à 1 intérieur de tout le passif de la Révolution; entouré de difficultés immenses, il n'en surmonta durablement aucune. Sa tâche était lourde, mais il fut déplorablement inférieur à sa tâche. Une sut rien réparer et rien établir; il ne donna aux Français ni Tordre ni la liberté.

La faute en fut aux institutions, aux hommes et aux circonstances. La constitution de Tan III, œuvre à la fois de principes et de circonstance, avait eu pour but d'organiser la Révolution et la République. Conçue sous l'inspiration de faux principes, elle mit partout le conflit et ne créa nulle part T autorité. Le régime établi par elle se disait représentatif, sans être ce que nous nommons aujourdhui parlementaire. Un corps électoral censitaire, délégué par la masse citoyenne, nommait les deux Conseils et les renouvelait tous les ans par tiers. Les Conseils exerçaient le pouvoir législatif dans sa plénitude, les Cinq-Cents votant d'abord la loi et les Anciens la sanctionnant. Les Conseils élisaient en outre le Directoire exécutif, composé de cinq membres, et le renouvelaient tous les ans par cinquième. Dans Tordre exécutif, le Directoire était à la fois souverain et renfermé ; il choisissait librement les ministres qui ne formaient pas un conseil et ne dépendaient point des assemblées, mais il n'avait ni l'initiative des lois ni le droit de dissolution. L'Exécutif et le Législatif se trouvant dépourvus de prise légale Tuu sur l'autre, aucun arbitre n'existant pour les départager, tout conflit

Page 1