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entre eux les acculait à la violence. En réalité, par la façon dont le régime fut d'abord aménagé au profit exclusif des révolutionnaires, par la façon dont la constitution fut ensuite violée, torturée, faussée, le gouvernement du Directoire et des Conseils, pendant la majeure partie de son existence, ne fut pas autre chose que la tyrannie posthume de la Convention.
On doit attribuer ce mal pour une forte part aux révolutionnaires, à leur incapacité gouvernementale, à la violence sectaire de leurs passions, à l'ignominie foncière d'une immense quantité d'entre eux. Il faut l'imputer aussi à la persistance de la guerre étrangère et de la guerre civile, l'une nourrie par l'autre. Le Directoire ne se trouva jamais en face d'une opposition purement légale, constitutionnelle et ne remettant pas en question la forme du gouvernement; il s'y mêla toujours des machinations subversives. Parmi ceux que la Révolutiou avait dépouillés de leurs privilèges et de leurs biens, parmi ceux qu'elle avait meurtris, persécutés, torturés, désespérés, beaucoup ne renonçaient pas à rentrer violemment en possession de la F ance. Ligués avec l'étranger, ils provoquaient des invasions et des descentes, fomentaient des complots, troublaient le^ villes, agitaient les campagnes, maintenaient l'Ouest en feu, inondaient le Midi de bandes assassines, il y avait simultanément terreur rouge et terreur blanche . Ainsi voyait-on se prolonger, sous un régime soi-disant constitutionnel, les maux de l'état révolutionnaire. Disputée à main armée entre deux peuples issus d'une même race, entre partisans et adversaires militants de la Révolution, la France, malgré le luxe dévergondé qui avait surgi dans sa capitale, testait un sol de bataille, un champ de désolation, un sanglant chaos.
Sous le conflit perpétué des factions, la masse de la natio 1 gisait inerte, morte aux grands enthousiasmes,
VI ava:^t-propos
morte à toute foi politique. On était loin de ces temps de patriotisme exaspéré et furieux où l'amour de la République s'était confondu vraiment avec Tamour de la France. Il semblait que la force, la chaleur et la richesse du sang gaulois se fussent réfugiées dans les armées qui continuaient à défendre laRépubUque et dans les groupes guerroyants qui travaillaient à la détruire.
Si la Révolution avait fait surgir à l'intérieur la plus immonde écume qui eût jamais moussé et fermenté à la surface d'un peuple, elle avait développé tout autour de nos frontières une frange d'héroïsme. Lors du grand spasme, Ténergie accumulée au fond des générations françaises, façonnée à la virile discipline de l'ancien régime, soulevée brusquement par l'idée, s'était produite en une terrifiante explosion. Depuis, par la continuation de la guerre, parle déplacement de son objet, par les enivrements et les profits de la conquête, Fhéroïsme d'abord desintéressé s'était fait carrière, métier, poursuite ininterrompue de gloire et de lucre. En avant de ruines amoncelées, l'institution militaire restait debout; la Révolution l'avait envahie de ses passions, mais elle avait dû ! excepter de ses destructions, parce qu il lui avait fallu d'abord vaincre pour vivre et qu'elle avait ensuite vécu de la guerre; elle avait dû entasser dans le cadre des vieux régiments ses volontaires et ses recrues, utiliser les restes de l ancien corps d'officiers, exalter les vertus militaires, honorer la discipline, glorifier la bravoure, et elle avait pénétré tout cela d'une grande flamme stimulatrice.
Certes, ses troupes ne ressemblaient guère à notre organisme militaire actuel, à cet outil de précision, indéfiniment élaboré: elles étaient mal pourvues, organisées à la diable, tumultueuses, enfiévrées, faméliques et ardentes, dénuées de tout et fières pourtant de leur pittoresque uniforme,