‹ L'avènement de Bonaparte (volume 4)Chapitre 16 sur 52 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ADMINISTRATION. — IMPOTS ET RECRUTEMENT. l'eST

Les préfets en tournée. — Dégradation de» routes. — Les villes. — Les industries. — Immoralité ambiante. — État des hôpitaux. — Sœurs laïcisées. — Difficulté de composer les corps municipaux dans les communes rurales. — Juges de paix élus; choix déplorables. — Anarchie rurale. — Moins de misère qu'autrefois dans les campagnes ; premiers et fondamentaux bienfaits de la Révolution. — Arbitraire et abus dans la perception de l'impôt. — Fléaux divers; les garnisaires, les percepteurs. — Premières améliorations. — Moyens dont se sert Bonaparte pour activer la perception de l'impôt et la levée des conscrits. — Concours institué entre les départements. — La faculté de remplacement. — Appel de volontaires. — Au nom de l'honneur. — Proclamations redoublées. — Le thème dominant. — Paroles nouvelles sur un air ancien. — La France à la fois passionnément avide de paix et militarisée. — Régions réfractaires. — Persistance de la désertion. — L'Est inépuisable en soldats. — Esprit patriotique et républicain de ces départements frontières; l'ombre an tableau. — Départ des conscrits. — Adrairal)le entrain. — Réquisitions en nature. — Pourquoi l'ancienne place Royale aéra dénommée place des Vosges.

Le gouvernement ne pouvait encore rien aux souTlTances matérielles de la France, à son dénuement physique. Les pré- , .fets commencèrent des tournées, explorèrent leur département. L'état affreux des routes leur faisait obstacle; point d'argent pour les réparer. On dut se borner aux travaux les plus urgents, sans entreprendre une réfection totale et continue. Dans quelques villes, les préfets retrouvaient des fabriques et manufactures, des industries qui avaient perdu à la Révolution et d'autres qui y avaient gagné, parfois une

activité désordonnée, un désir de revivre. Ils constataient en même temps le dévergondag^e des mœurs, la rupture des liens sociaux, le débordement des appétits, le foisonnement des cabarets où le peuple s'enivrait et se démoralisait. Une folie de jouissances immédiates, une avidité sans scrupule bannissaient la bonne foi des transactions privées.

La vénalité avait corrompu la plupart des services. D'après les renseignements recueillis au ministère de l'intérieur, un cri général s'élevait contre l'administration des services hospitaliers : a On accuse une compagnie chargée de Tapprovisionnement des hôpitaux connus sous le nom de dépôts de mendicùé de faits dont on aime encore à douter pour l'honneur de l'humanité (1). » Les enfants assistés périssent toujours par milliers, faute de soins. En général, les hôpitaux et hospices affligent le regard par leur aspect de délabrement et de saleté. Cependant, en visitant ces « asiles de la douleur» , les préfets font parfois d'intéressantes découvertes; ils constatent entre les établissements tenus par d'anciennes sœurs laïcisées et les autres une différence que le préfet de Seine-et- Marne fait ressortir en ces termes, à propos des hospices de son département :

"Le soin de ces hospices (j'en excepte deux pourtant, l'hospice de Grécy et celui de Bray dirigés chacun par un homme et sa femme) , le soin de ces hospices, dis-je, est confié aux anciennes sœurs. Les nommer, c'est faire l'éloge de la tenue de ces maisons. Je me plais ici à rendre hommage au zèle pieux de ces véritables mères de l'humanité souffrante, de ces femmes respectables qui représentent ici-bas la plus douce des vertus, la charité... Le mérite des anciennes sœurs n'a besoin d'aucun rapprochement pour être apprécié, mais combien ce mérite ressort par la comparaison des hospices qu'elles dirigent avec ceux où la direction est remise à des mains autres que les leurs; ces mains sont vraiment étrangères, quand les autres paraissent toutes maternelles (2)! »

(1) Rapport de Bcugnot, nivôse an VIII. Arohives nationales, AB, XIX. 348.

(2) Rapport d'ensemble, brumaire an IX. FIC, III, 6. Le préfet des Ardennei

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