AVANT-PROPOS III
cernée. Toutefois, nous avons écarté, comme dépassant notre cadre, le détail des négociations et des guerres, le récit des événements extérieurs, en nous bornant à montrer combien leur répercussion à l'intérieur fut continue et profonde, comment elle se fit sentir sur les gouvernants, sur les partis et sur l'opinion. L'étude de l'esprit public, qui nous donne le ton et le sens d'une époque, doit prendre dans Ibistoire une place de plus en plus considérable. Autant qu'il nous a été possible, nous avons cberché à démêler les aspirations des différentes classes, leurs besoins, l'instinct des masses ; nous avons écouté les plaintes des ateliers et des cbaumières, le bavardage des boutiques, autant que les cris du forum et les discussions des assemblées. Nous avons eu à constater sous le Directoire la fatigue des volontés, l'écœurement universel, la stagnation et comme l'interruption de la pensée publique; puis, à mesure que le Consulat s'élève, à discerner la voix d'abord indécise et bientôt approbative des foules, ensuite la clameur des grands enthousiasmes, et à réveiller, autour des événements de politique ou de guerre qui ont été longtemps seuls à retentir dans l'histoire, ces sonorités puissantes.
Il faut remonter aux derniers temps du Directoire pour observer la genèse de l'établissement consulaire. L'idée précéda l'homme; Bonaparte se l'appropria et la fit prévaloir en l'exagérant selon son tempérament, en la poussant aux plus glorieuses et aux plus abusives conséquences, mais il eut des précurseurs immédiats, civils ou militaires, qui révèrent avant lui d'organiser et de terminer la Révolution, en concevant le rôle d'une autre façon. Dans l'ordre politique, autant que dans l'ordre purement physique, la nature ne procède point par innovations brusques; elle s'essaie d'abord en ébauches, en esquisses, en conceptions rudimentaires, avant d'aboutir à ses pleines réalisations, et