VIII AVANT-PROPOS
ment du crédit et la ruine des affaires, rinsécurité des personnes, 1 insécurité des biens. Ces maux se mélangeaient de vitalités accrues, mais latentes ou désordonnées, de germes féconds, déposés pour l'avenir, car « cette nation, qui semblait au moment de se dissoudre, recommençait un monde (1) ».
Sous les crimes et les horreurs de la Révolution, Tévol'jtion se poursuivait sourdement vers un avenir amélioré en bien-être, en liberté et en justice, mais on n'en avait pas conscience, parce qu'on avait dcA^antsoi l'abjection du présent et l'incertitude du lendemain. En dehors de quelques individus et de quelques groupes, les intérêts survivaient aux principes, mais ces intérêts se sentaient eux-mêmes universellement lésés ou menacés. Les gens qui avaient gardé quelque chose craignaient de le perdre; ceux qui avaient acquis quelque bien n'en jouissaient pas ou en jouissaient mal; ils désiraient en jouir. La Révolution, qui avait créé un grand nombre de possédants nouveaux et qpii n'avait pas entièrement dépouillé tous les anciens possesseurs, mais qui laissait les uns et les autres dans l'inquiétude, aboutissait en fin de compte à développer parmi nous le sens matériellement conservateur, sans que cet âpre instinct sût trouver sa formule et se procurer sa garantie. La France avide de repos, avide de sécurité, livrée à un pullulement de tyrannies et d'anarchies diverses, demeurait impuissante à se libérer par elle-même et à s'organiser, prête à recevoir un chef ou un maître, incapable de se le donner, et d'autre part les pouvoirs révolutionnaires, quoique animés eux-mêmes d'un féroce esprit de conservation personnelle, étaient à la fois trop violents et trop faibles pour se stabiliser dans leur forme présente. Les hommes qui depuis le 9 thermidor
(1) CnàTEAiTBRiAND, Mémoires d'outre-tombe, édition Biré, II, 235.