AVANT-PROPOS VIX
empanachées et déguenillées; mais l'esprit militaire, ce feu vital des armées, s'y était prodigieusement accru. L'esprit militaire devenait une forme de l'esprit révolutionnaire et finirait par sauver la Révolution en la dominant. Dans la population civile, les jeunes gens refusent d'aller à l'armée, c'est-à-dire à la guerre et au carnage; enrôlés de force et saisis dans l'engrenage, ils subissent la contagion de l'exemple, l'ascendant de chefs prestigieux; ils s'éprennent d'amour pour cette armée toute nationale qui s'est déjà fait une tradition de victoires et une épopée, et ces enfants qui ne sont jamais sortis de chez eux, ces hommes de terroir, fondus dans la grande unité qui combat aux frontières, acquièrent l'idée d'une communauté plus large et apprennent la patrie. Ils acquièrent aussi l'orgueil et l'arrogance de leur rôle ; ils se sentent ce qu'il y a de plus indispensable, de meilleur et de plus français dans la France d'alors. Ainsi s'explique que l'institution militaire demeurât très forte, envahissante, dans un pays qui avait pris la guerre en horreur et qui se dérobait au service. La France continuait donc d'opposer à l'étranger un front de vivantes et frémissantes armées, mais à l'intérieur tout était décomposition, abattement, langueur, et la nation moins épuisée encore que lassée, atteinte d'une effroyable courbature, ne sentait plus que ses maux.
Ces maux étaient de différentes sortes; nous aurons à les reconnaître. Ils ne pesaient pas également sur toutes les classes de la population, sur toutes les parties de la France. La Révolution ne s'était point comportée de même dans chaque département, et on ne saurait pas plus l'apprécier en bloc dans l'espace que dans le temps. On retrouvait cependant en tous lieux, quoique à des degrés divers, les violences des partis, l'avilissement de l'autorité, une lèpre de corruption, un abominable arbitraire, l'anéantisse-