Han d'Islande
9. Le Rhin. Tome ï. {Février^ 10. Le Rhin. Tome II. {Février^
N.B. — Deux volumes paraîtront simultanément le premier mercredi de chaque mois.
COLLECTION NELSON
LA PEAU DE CHAGRIN; LE CURÉ DE TOURS; LE COLONEL CHABERT. Par Honoré de Balzac. Introduction par Henri Mazel.
Il n'y a pas de bibliothèque française contemporaine qui ne soit tenue d'honneur de se présenter au public sous le patronage de Balzac, comme il n'y a pas de bibliothèque anglaise qui ne soit obligée de se placer sous l'égide de Shakespeare. Une collection de romanciers français sans Balzac, serait comme la tragédie de Hamlet dont on aurait éliminé le personnage de Hamlet. C'est qu'aussi bien Balzac reste, malgré tous ses défauts, le maître souverain, l'ancêtre, le géant, « le Napoléon de la littérature » , comme il se dénommait lui-même modestement, le créateur inlassable qui a mis au monde et jeté dans la circulation universelle toute une humanité grouillante et si vivante qu'elle « fait concurrence à l'état civil » .
Le premier volume de Balzac que publie la « Collection Nelson » contient une trilogie de chefs-d'œuvre qui révèlent les aspects multiples de ce génie protéiforme. La Peau de Chagrin, c'est le grand roman philosophique dans son ampleur et toute sa puissance. Le Curé de Tours, c'est le roman ramassé en un vigoureux raccourci. Le colonel Chabèrt, c'est la petite
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nouvelle, le camée littéraire où Balzac n'a été égalé que par Maupassant. Jamais autant de richesses n'avaient été condensées en dimensions aussi réduites qu'en ce petit volume qui donne des exemples achevés de chacune des trois formes littéraires qu'a revêtues l'art de Balzac. Aussi cette édition méritet-elle de devenir le bréviaire de tous les Balzaciens.
LA CAMPAGNE DE RUSSIE. Par le général comte Philippe de Ségur. Introduction par le vicomte E.-M. de Vogué.
La destinée de certains livres célèbres est aussi bizarre que celle de certains hommes illustres. La Campagne de Russie de Ségur en est un mémorable exemple. La publication de l'ouvrage en 1824 fut une date littéraire. Il eut d'innombrables éditions et fut traduit dans toutes les langues. Cinquante ans plus tard, en 1873, c'est-à-dire à une époque où le nom même de Napoléon était l'objet de l'exécration des Français, le vieillard nonagénaire fit paraître ses Mémoires en huit volumes, en y incorporant l'œuvre de sa jeunesse. Les Mémoires passèrent inaperçus au milieu de l'indifférence générale.
Les générations nouvelles qui se passionnent pour tout ce qui touche à Napoléon rendront justice à l'œuvre de Ségur et la remettront à son rang qui doit être le premier. La Campagne de Russie, narration par un témoin oculaire, aide de camp de l'Empe-
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reur, d'une des catastrophes les plus épouvantables de l'histoire, deviendra un des classiques de la littérature napoléonienne. Tels épisodes, l'incendie de Moscou, le passage de la Bérésina, sont d'une saisissante beauté. Car cet historien est un merveilleux écrivain. Le style a toutes les qualités que comporte le sujet : la vigueur, la concision, le nombre, le mouvement, l'ampleur. Un souffle d'épopée circule à travers les douze livres, il faudrait dire les douze chants qui divisent le récit, et de bons juges ont souscrit au jugement de Saint- René Taillandier dans son livre sur de Ségur : La Campagne de Russie est un des rares poèmes épiques de la littérature française.
INTRODUCTION A LA VIE DÉVOTE. Par
S. François de Sales. Avec une Introduction par Henry Bordeaux.
V Introduction a la Vie dévote que M. Henry Bordeaux présente aux lecteurs de la « Collection Nelson & , est le livre de dévotion à la fois le plus populaire et le plus littéraire de la langue française. Saint François était de son temps un grand convertisseur de huguenots, et sa piété aimable, sa charité ardente, sa méthode persuasive s'inspirant des méthodes indulgentes des jésuites, ont ramené au bercail d'innombrables hérétiques. Le saint ne trouverait plus aujourd'hui de huguenots à convertir, mais le charme de sa personnalité continue d'agir, et ses livres, dont
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on publiait récemment à Annecy une édition monumentale, n'ont jamais eu plus de lecteurs qu'aujourd'hui. C'est qu'après trois siècles, V Introduction à la Vie dévote n'a rien perdu de sa fraîcheur et de sa grâce spirituelle. Comme du bon vieux vin, ce beau livre de piété a gagné avec l'âge en bouquet et en parfum. Comme le dit M. Doumic, « saint François parle la langue française la plus claire et la plus moderne ». C'est à peine si un lecteur avisé apercevra quelques traces d'archaïsmes qui donnent au style poétique et pittoresque une saveur de plus. D'ailleurs, pas n'est besoin d'être dévot pour goûter un saint François ou un Pascal. Même pour des incroyants, V Introduction à la Vie dévote pourra remplir cet office si nécessaire à notre époque tourmentée et fiévreuse d'être le parfait manuel de la vie intérieure que des lettrés placeront dans leur bibliothèque à côté du Trésor des humbles de Maeterlinck.
LETTRES DE MON MOULIN. Par Alphonse Daudet. Introduction par Charles Sarolea.
L'art de conter est un art tout français et en France nul n'excelle dans cet art comme les Méridionaux, et parmi les Méridionaux nul conteur n'a atteint la maîtrise d'Alphonse Daudet, et parmi les œuvres de Daudet nulle n'est comparable aux Lettres de mon moulin. Les Lettres de mon moulin, c'est la Provence tout entière, son atmosphère, sa lumière, sa couleur, zo
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ses parfums, la Provence d'aujourd'hui et la Provence du bon Roi René et la Provence des Papes, le plus beau royaume que Dieu ait jamais créé, après son royaume du ciel. Les Lettres de mon moulin, c'est surtout l'âme provençale, l'esprit de la race, ses qualités et ses défauts, ses souvenirs et ses traditions, son imagination exubérante, sa faconde, sa gaîté pétillante et, tout à la fois, sa mesure, sa sobriété, son eurythmie classique. Ce livre si provençal, si original, si plein de couleur locale, écrit par le compatriote de Tartarin et de Mistral, est devenu le livre de tous les âges et de tous les pays, délice des enfants, régal des vieillards, livre vraiment classique et universel.
LES MORTS QUI PARLENT. Par le V^ E.-M. de Vogiié {de P Académie française). Introduction par Victor Giraud.
M. DE VogOé a eu dans sa vie une aventure ; comme la plupart des grands poètes français du xix^ siècle, comme Chateaubriand, comme Hugo, comme Lamartine, il a voulu jouer un rôle politique. Grand seigneur rallié, il a accepté la République, mais la République ne l'a pas accepté. Il est entré au Palais- Bourbon plein de bonne volonté, et l'a quitté plein de dégoût. Et parmi les triomphes de sa carrière littéraire, son expérience politique lui a été amère.
Et cependant par la mystérieuse alchimie du génie,
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M. de Vogué, dt cette amertume, de ses déboires, de ses déceptions, de ses indignations, a su tirer le chef-d'œuvre : Les Morts qui parlent. En une succession de tableaux d'une vie et d'une vigueur admirables, en une collection de portraits d'une vérité et d'un relief saisissants, l'auteur nous fait connaître les coulisses du Palais-Bourbon sous la troisième République. Et, aux intrigues politiques il a mêlé avec un art très ingénieux une intrigue amoureuse, les amours du chef socialiste juif et de la princesse russe. Et autour des héros du roman se meut toute une plèbe de politiciens qui semblent n'écouter que leurs passions et leurs intérêts, mais qui en réalité ne font qu'obéir à leurs instincts ataviques, à la mystérieuse voix de l'hérédité : Ce sont les Morts qui parlent. Roman philosophique, roman satirique, le livre a suscité d'ardentes controverses. Nul ne contestera sa haute valeur littéraire : en politique, M. de Vogué a d'irréconciliables adversaires, dans le domaine de l'art il n'a que des admirateurs.
MON ONCLE ET MON CURÉ. Par Jean de la Brète. Introduction par Mme Félix- Faure-Goyau.
Le roman de Jean de la Brète, pseudonyme masculin que trahissent des qualités toutes féminines de finesse et de délicatesse, a été l'un des gros succès littéraires de notre génération ; 160 éditions ont été enlevées
en quelques années, phénomène unique peut-être dans les annales de la librairie française.
Ce triomphe est d'autant plus remarquable qu'on ne saurait l'attiibuer à aucun mérite adventice, à aucun hasard de fortune. Le livre a fait son chemin tout seul et s'est imposé par ses seules qualités intrinsèques. Le roman ne contient aucune scène « réaliste » , aucune aventure « passionnelle » , aucun élément sensationnel, aucune ficelle de mélodrame. C'est une histoire d'amour toute simple, toute unie, mais cette histoire est contée avec une telle justesse d'analyse, avec un tel charme de style, avec une naïveté si raffinée et une candeur si subtile qu'elle a d'emblée conquis le public. Elle a gardé sa place — une place sûre et discrète — dans toutes les bibliothèques familiales.
ANNA KARÉNINE. Par Léon Tolstoï. Introduction par Emile Faguet. (Deux volumes.)
Anna Karénine n'est pas seulement, suivant l'expression de M. Faguet, «le roman du siècle» et la tragédie éternelle de l'amour coupable ; l'œuvre du prophète de lasnaïa-Poliana marque l'apogée et la perfection d'un genre littéraire au delà de laquelle on n'aperçoit plus rien. Jamais romancier n'avait atteint à ces altitudes, ni Fielding dans Tom Jones, ni Balzac dans le Cousin Pons, ni Flaubert dans Madame Bovary. Tous les critiques depuis de Vogué
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jusqu'à Brandès, en parlant d'Anna Karénine, ont épuisé la gamme des épithètes laudatives et superlatives. Et tous ces superlatifs se résument en ceci, qu^ Anna Karénine, ce n'est plus de l'art, ce n'est plus la représentation de la vie, c'est la vie même, la vie humaine palpitante et frémissante, et non pas seulement la vie extérieure, mais la vie intérieure, la vie mystérieuse de l'âme. Non, pas même Shakespeare n'a sondé le cœur humain à ces profondeurs, n'a analysé le mécanisme et le jeu délié des passions avec cette science infaillible, et n'a su dégager des passions, de leurs errements, de leurs sophismes, de leurs souffrances, la moralité qu'elles contiennent et suggèrent.
Et n'oublions pas aussi qu.^ Anna Karénine marque l'entrée triomphale de la littérature russe dans notre culture européenne. Nulle oeuvre russe ne nous fait mieux sentir et pressentir tout ce que nous apporte de dons nouveaux et inappréciables, tout ce que contient de promesses et d'avenir, cette mystérieuse et fatidique race slave que notre orgueil et notre ignorance se complaisent à reléguer dans ses steppes et dans la barbarie.
NAPOLÉON INTIME. Par Arthur -Lévy.
Introduction par François Coppée.
Parmi les innombrables livres qu'avait suscités, avant M. Lévy, la personnalité de Napoléon, presque tous
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s'étaient ingéniés à nous faire connaître le conquérant, l'homme d'Etat, le législateur, ou à nous retracer l'un des innombrables épisodes de cette épopée sans égale dans l'histoire. Aucun écrivain ne s'était efforcé de retrouver l'homme privé derrière l'homme public, ni d'expliquer celui-ci par celui-là, pour la très simple raison que tous se représentaient Napoléon moins comme un homme réel, agissant d'après les lois et les mobiles ordinaires de l'humanité, que comme un « surhomme, ?> un titan, un monstre prodigieux et inexplicable. M. Arthur-Lévy, le premier, s'est attaché à révéler le « Napoléon intime » familial. Et en lisant le livre on est tout surpris de découvrir sous le Napoléon de la légende un Napoléon inconnu, un Napoléon bourgeois, bon fîls, époux aimant, frère dévoué, et le modèle de toutes les vertus domestiques. Et surtout M. Lévy réussit à nous démontrer que si Napoléon a triomphé là où tout autre que lui aurait échoué, ce n'est pas parce qu'il a été un être d'exception, un condottiere italien, mais parce qu'il a possédé intégralement et souverainement les qualités purement humaines d'intelligence, de cœur et de volonté, que nous possédons tous à un moindre degré. Là est l'intérêt, l'originalité et la valeur morale du livre de M. Lévy.
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LES FRANÇAIS DE MON TEMPS. Par le \^ Q. d'Avenel. Introduction par Charles Sarolea.
Le V*^ g. d'Avenel s'est proposé de nous donner le portrait des Français de son temps. Nul ne contestera le brillant talent du peintre. On contestera peut-être que le portrait soit ressemblant. On n'accusera certes pas M. d'Avenel d'avoir flatté ou idéalisé l'original, et d'avoir péché par excès d'indulgence pour ses contemporains. Né chrétien et Français, M. d'Avenel ne se trouve nullement, comme La Bruyère, contraint dans sa satire. Au contraire, il s'y complaît et s'y délecte, et il a tant d'esprit qu'il communique à ses lecteurs le plaisir qu'il éprouve. Sa verve mordante s'exerce d'ailleurs avec une sereine et malicieuse impartialité au dépens de ses adversaires politiques et du monde auquel il appartient de naissance. Et comme il a admirablement observé les politiciens parasitaires et la noblesse de parade, les deux chapitres où il nous décrit leurs mœurs sont frappants de vérité et de relief : ce sont les meilleurs du livre.
Le livre a eu un succès éclatant, qu'il a dû d'abord aux controverses qu'il a suscitées. Et ce succès ne fera que s'accentuer à mesure qu'on appréciera davantage les qualités intrinsèques et durables de l'œuvre.
L'œuvre restera parce qu'elle est d'un maître i6
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écrivain et d'un moraliste profond et pénétrant. M. d'Avenel s'est évidemment inspiré de La Bruyère et fait souvent songer à son immortel modèle. Et le plus bel éloge que nous puissions faire du livre, c'est qu'il puisse, sans désavantage, soutenir une aussi redoutable comparaison. '
MORCEAUX CHOISIS. Par Maurice Maeterlinck. Avec une Introduction par M"*^ Georgette Leblanc.
Il n'est pas aujourd'hui en France un écrivain dont l'influence soit plus subtile, plus profonde et plus universelle que celle de Maurice Maeterlinck. Dramaturge, il a communiqué au drame contemporain un « frisson nouveau », il a créé une conception nouvelle de l'art tragique. Moraliste, il a apporté à notre génération inquiète et troublée de nouvelles raisons de croire et d'espérer, il a traduit en une langue admirable la poésie de la science et formulé les affirmations de la conscience moderne.
On peut dire que Maeterlinck est pour la littérature du XX® siècle ce que Rousseau a été pour celle du XVI II^ Belge comme Jean- Jacques était Suisse, il représente la synthèse harmonieuse du génie germanique et du génie latin. Une fois de plus, l'âme germanique n'a pu donner une expression définitive à ses aspirations les plus hautes, à ses divinations les plus intimes, qu'yen empruntant une forme française,
qu'en se cristallisant dans un moule français. Et il se trouve ainsi que l'œuvre de ce flamand, de ce germain a contribué plus efficacement, plus glorieusement qu'aucune autre à la diffusion, au rayonnement de la langue française.
LE COMTE KOSTIA. Par Victor Cherbuliez (de
r Académie française). Introduction par M. Wilmotte.
On oublie trop à l'étranger et même en France que les frontières littéraires de la France sont plus vastes que ses frontières politiques, que, même de nos jours, le Canada français a produit un Fréchette, que la Belgique française a produit un Rodenbach et un Maeterlinck, que la Suisse française a produit un Rod et un Cherbuliez.
L'œuvre de Cherbuliez a été, certes, l'un des apports les plus précieux de la Suisse romane à la culture française, et aucun écrivain n'a été plus français que ce Genevois, plus clair, plus vif, plus spirituel, plus prime-sautier, plus universel. Les récits de Cherbuliez et les études de « Valbert » ont pendant trente ans charmé, sans les lasser, les lecteurs de la Revue des Deux Mondes. Et à notre époque, rassasiée de romans pessimistes, de romans morbides et de romans psychologiques, c'est une surprise et une joie de relire le roman de Cherbuliez parfaitement honnête et simplement romanesque, qui se contente de conter une histoire d'amour ou de développer une x8
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intrigue ou une aventure : surprise d'autant plus joyeuse que ce roman romanesque est écrit par un des esprits les plus prodigieusement intelligents, est rempli d'aperçus pénétrants sur la vie, d'observations et d'analyses délicates.
Le comte Kostia est peut-être le chef-d'œuvre de Cherbuliez. On y trouve toutes ses qualités et tous ses traits caractéristiques : l'art de nouer et de dénouer une intrigue compliquée, et surtout ce don d'humour, de bonne humeur, de badinage mêlé de malice, de bonne santé intellectuelle et morale, qui nous reposent de la littéraire épicée et artificielle de la nouvelle génération.
PETITE ANTHOLOGIE DES POÈTES FRAN- ÇAIS. Introduction par Charles Sarolea.
La Petite Anthologie des Poètes Lyriques vient combler une lacune fâcheuse dans la littérature. On avait publié jusqu'ici d'innombrables anthologies pour les écoles, ad usum Del phi ni. On attendait encore une « anthologie de poche » qui ne fût pas inspirée exclusivement par des nécessités pédagogiques et qui s'adressât au grand public à qui l'école n'a pas fait perdre la passion des beaux vers. La Petite Anthologie condense en un petit volume et enferme comme dans un écrin les chefs-d'œuvre les plus universellement aimés de la poésie lyrique depuis Villon jusqu'à Musset. Elle sera pour le lecteur français ce
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que le célèbre recueil de Palgrave, le Golden Treasury, est depuis deux générations pour le lecteur anglais. Elle sera la compagne fidèle des promenades champêtres et l'inspiratrice des méditations solitaires.
LE DISCIPLE. Par Paul Bourget (de P Académie française). Introduction par T. de Wyzewa.
Le Disciple fait époque dans l'histoire du roman contemporain. Il a été dès son apparition l'objet de discussions passionnées et l'occasion d'un débat célèbre entre Brunetière et Anatole France. Il marque la fin du naturalisme et de la « littérature brutale ». Il inaugure la renaissance de l'idéalisme.
L'auteur examine dans quelle mesure un philosophe doit être tenu pour responsable des conséquences immorales que ses disciples peuvent déduire de sa doctrine. La thèse de la responsabilité que défend M. Bourget est aussi ancienne que la philosophie elle-même, et l'auteur en faisant le procès de M. Sixte semble refaire le procès de Socrate et justifier sa condamnation. On peut ne pas partager l'avis de l'auteur, on peut même affirmer que M. Sixte est aussi innocent des aventures amoureuses et du crime de son « disciple, % que Socrate lui-même l'était des crimes d'Alcibiade. Que l'on soit ou non d'accord avec Bourget, la valeur du roman reste la même. Par l'intérêt passionnant du récit, par la profondeur et la finesse de l'analyse, par la haute inspiration
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morale, ce roman à thèse reste le chef-d'œuvre de l'auteur. Comme le disait Brunetière à l'apparition du livre, Le Disciple n'est pas seulement une belle œuvre littéraire, il est une bonne action.
LES MARIAGES DE PARIS. Par Edmond About. Introduction par Emile Faguet.
Edmond About a tenu une place considérable dans l'histoire littéraire du second Empire et de la troisième République. A la fois moraliste, historien, dramaturge, et surtout journaliste et romancier, il s'est essayé, et toujours avec succès, dans les genres les plus divers. On a souvent comparé l'auteur du Roi des Montagnes et de la Question romaine à Voltaire. Et en effet il rappelle Voltaire par sa langue précise, rapide et limpide, par sa versatilité, par sa vivacité, par son esprit endiablé, par sa verve agressive, verve toujours tempérée par un bon sens bourgeois et le sens de la mesure.
Aucun des livres d' About, plus que Les Mariages de Paris, ne révèle les qualités maîtresses de cet étonnant improvisateur. Il faut ajouter que Les Mariages de Paris ne sont pas déparés par les défauts qui souvent accompagnent l'improvisation. Il y a tout lieu d'espérer que dans cette édition nouvelle, cet admirable recueil de récits qui peut être mis entre toutes les mains reconquerra l'immense popularité qui accueillit l'ouvrage à son apparition.
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FUMÉE. Par Ivan Tourguéneff. Introduction par Charles Sarolea.
TouRGuÉNEFF est avec Tolstoï et Dostoïevski un des maîtres souverains du roman russe. Nul ne sait raconter comme lui une simple histoire d'amour, souvent poignante, toujours empoignante, et d'une passion concentrée ; nul, comme lui, n'a fouillé les plis et les replis du cœur féminin. La tragédie d'Irène et de Litvinof se complique dans Fumée de la crise morale et sociale du peuple russe pendant la période « nihiliste » . Car ici, comme dans ses autres livres, Tourguéneff n'est pas seulement un grand artiste, il est encore le porte-parole de cent cinquante millions de ses compatriotes. Pour quiconque veut apprendre à connaître l'âme mystérieuse et tortueuse d'une grande race à qui appartient l'avenir et qui, aprèsdemain, disputera à l'Allemagne l'empire du monde, Fumée apparaîtra comme un livre révélateur.
L'INVASION. Par Louis Bertrand.
M. Louis Bertrand est le «spécialiste» des pays du soleil, le peintre des moeurs méditerranéennes. L'Algérie et la Riviéra, la Grèce et le Levant n'ont pas de secrets pour lui. Heureux l'écrivain qui a su se tailler dans l'art ce domaine enchanté ! V Invasion est son œuvre la plus originale et la plus vigoureuse. C'est la conquête de Marseille et du midi de la France
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par l'immigration italienne. La vie de ces « primitifs » italiens aux instincts de violence, d'anarchie, aux traditions de brigandage, toujours prêts à manier le couteau, fournit au romancier la matière la plus riche, la plus pittoresque et la plus dramatique, sans que d'ailleurs le drame tourne jamais au mélodrame, sans que le réalisme fasse jamais perdre à l'artiste le sens de la mesure ni lui fasse oublier les exigences de l'art.
LA COUR DE LOUIS XIV. Par le duc de Saint-Simon. Avec une Introduction par Charles Sarolea.
Pendant vingt ans, le duc de Saint-Simon a observé ce qui se passait dans les antichambres de Versailles ; il a écouté ce qui se disait dans les coulisses ; il a interrogé les témoins et les acteurs. Puis, pendant quarante ans, le génial reporter, l'ancêtre et le maître des chroniqueurs mondains, a classé, a arrangé ses notes, animant ses souvenirs de ses vengeances et de ses indignations. La postérité a reproché au noble duc ses haines et ses rancunes. La postérité est bien ingrate, car elle doit à ces haines et à ces rancunes tenaces les Mémoires les plus palpitants de vie, les plus indiscrets et les plus véridiques, les plus dramatiques, qui existent dans aucune littérature. Grâce à Saint-Simon et à sa puissance d'évocation, les vastes galeries, les terrasses et les jardins de Versailles se
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repeuplent pour, nous d'un peuple de courtisans. Grâce à lui et grâce à lui seul, nous sont révélés la vie intime et familière du Grand Siècle, les ressorts cachés de sa politique, et le caractère des hommes et des femmes qui y ont tenu le principal rôle.
MON ONCLE BENJAMIN. Par Claude Tillier.
Il n'est pas donné tous les jours à un éditeur de pouvoir ressusciter un chef-d'œuvre littéraire. En publiant Mon Oncle Benjamin, nous pouvons revendiquer cet honneur et cette bonne fortune de tirer d'un injuste oubH un grand écrivain poursuivi, de son vivant comme après sa mort, par une impitoyable destinée. V Oncle Benjamin, l'Esculape bohème et bon vivant, amant de la dive bouteille, mais d'ailleurs parfait honnête homme, plein de verve, d'un ferme bon sens et d'une conscience droite, est un type qui survivra comme « mon oncle Toby » et le Curé de Wakefîeld, qu'il rappelle de loin. Ce livre, à la fois très gai et très triste, est d'un humoriste, d'un penseur indépendant et d'un démocrate. La forme vaut le fond : Mon Oncle Benjamin est écrit dans la langue la plus savoureuse et la plus purement gau' loise.
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PAUL ET VIRGINIE. Par Bernardin de Saint -Pierre.
Paul et Virginie, c'est l'histoire tout unie, tout ingénue de deux enfants qui s'aiment sous le soleil des tropiques et que séparent la cupidité de leurs parents et les préjugés de la société. Quand parut cette idylle d'amour en 1787, deux ans avant la Révolution française, ce fut une sensation. C'est que les humbles héros de ce simple récit étaient les victimes de ces préjugés sociaux que la Révolution allait faire disparaître, c'est que ce petit livre contenait lui-même et continuait la révolution littéraire commencée par Jean-Jacques Rousseau. Le retour à la nature, la sentimentalité naïve, les paysages de l'île Bourbon, c'est du pur Jean-Jacques. Et de même que Bernardin succède à Rousseau, il annonce Pierre Loti. Cent ans avant Loti, il inaugure le roman exotique, tropical et impressionniste.
MEMOIRES D'OUTRE -TOMBE. Par Chateaubriand.
Par la magnificence somptueuse du style, par l'ampleur et la diversité de la matière, par les révélations qu'ils nous apportent sur Chateaubriand et sur ses contemporains, sur l'Ancien Régime, sur la Révolution et l'Empire, sur la Restauration, les Mémoires (TOutre-Tombe se placent immédiatement après les
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Mémoires de Saint-Simon. Le volume sur Napoléon, que nous- détachons de l'œuvre, est certainement celui qui présente l'intérêt le plus universel. Chateaubriand n'aime p?.s Napoléon. Son admiration n'en est que plus clairvoyante. Et son jugement est en somme devenu le verdict de la postérité.
Nous avons cru qu'il était piquant de publier à côté du portrait de Napoléon que donnent les Mémoires dC Outre-Tombe la caricature que donne la brochure haineuse De Buonaparte et des Bourbons. Cette brochure n'est à vrai dire qu'un pamphlet, mais c'est un pamphlet qui durera aussi longtemps que la langue française.
IVANHOE. Par Sir Walter Scott.
Il y a 2,400 ans les critiques d'Athènes reprochaient à Aristide d'être appelé le juste. Les critiques de la moderne Athènes reprochent à Walter Scott d'être par excellence le romancier obstinément et naïvement honnête. Après avoir été les délices de plusieurs générations de lecteurs français, Walter Scott, pour sa candide honnêteté, a été négligé par les amateurs de la littérature brutale. Il n'en reste pas moins qu'il n'y a pas de romans qui aient exercé une influence plus décisive qu^ Ivanhoe et V Antiquaire. Walter Scott a suscité Balzac. Ivanhoe a apporté à Augustin Thierry la révélation de son génie. Il a directement inspiré la Conquête des Normands. Le romancier
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écossais a été en France un des chefs de file du romantisme.
A la suite de Walter Scott et d'Augustin Thierry, les historiens modernes ont renouvelé l'étude du conflit tragique des races qui sert de matière au roman de Scott, et un siècle de recherches a fait ressortir la vérité essentielle et la fidélité de cet étonnant tableau de mœurs féodales et chevaleresques. Aussi longtemps que les hommes s'intéresseront au passé et que les enfants garderont le goût du merveilleux, les uns continueront de se passionner pour les luttes des Saxons, des Normands et des Juifs, et les autres pour les aventures des Templiers, de Rebecca, dé Cedric et d'Ivanhoe.
EUGÉNIE GRANDET. Par Honoré de Balzac.
Eugénie Grandet comme tous les grands romans de Balzac a pour thème une des positions maîtresses et élémentaires de la nature humaine. Si le père Goriot est la tragédie de l'amour paternel, « le père Grandet » — car tel devrait être le titre du livre, puisque le vieux vigneron en est le héros — est la tragédie de l'avarice. « Eugénie Grandet » marque le point culminant dans l'art de Balzac; c'est, de tous ses livres, celui où il approche le plus de la perfection, celui où les effets les plus puissants sont obtenus par les moyens les plus simples. L'œuvre réunit les qualités les plus
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contradictoires : la simplicité et le naturel dans le développement du récit et le groupement des personnages, la profondeur et la finesse dans l'analyse des caractères, la science infaillible des nuances et des contrastes, la force de Michel-Ange jointe à la douceur et à la délicatesse du Corrège. Dans toute l'œuvre balzacienne il n'est pas de création plus touchante et plus pathétique que la fille de l'avare, et il n'existe pas de création plus puissante, plus tragique que le père Grandet, si impérieux, si logique dans la fatalité de son tempérament que sa tyrannie s'impose au lecteur comme elle s'impose à sa famille, et que, plus encore que l'Harpagon de Molière, le vieux Grandet est devenu dans la littérature universelle le type définitif du vice qu'il incarne.
LA PUCELLE DE FRANCE. Par Andrew Lang. Traduit de l'anglais par le D' Louis Boucher et E.-E. Clarke. Introduction par Mme Félix-Faure-Goyau.
Depuis cent ans, les livres sur Jeanne d'Arc se succèdent sans se ressembler. L'histoire et la légende, la poésie et la science se sont efforcées à l'envi, et se sont efforcées en vain, de surprendre le secret et de comprendre le sens de cette mystérieuse et radieuse et tragique destinée. Mais pour tous, croyants et incrédules, anglais, allemands et français, poèteâ comme Schiller, historiens comme Michelet et Anatole
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France, érudits comme Quicherat, Jeanne d'Arc est la Vierge de France, elle incarne l'idéal héroïque et religieux de sa race.
Le livre de M. Andrew Lang n'est pas indigne de figurer à côté de tant d'oeuvres remarquables consacrées à la Pucelle, et il a pu profiter des erreurs de ses devanciers comme il a su mettre à profit les travaux les plus récents de l'érudition. L'éminent écrivain anglais a acquis depuis de longues années une compétence pour débrouiller les mystères et les procès de l'histoire. Il se meut à l'aise sur ces frontières indécises où finit la réalité, où commence la légende.
Et surtout, il y aura pour le lecteur un intérêt piquant à comparer le livre de Lang à celui de M. Anatole France, d'autant que les deux ouvrages s'inspirent d'un esprit différent et aboutissent à des conclusions différentes. Et tout bon Français applaudira à l'effort de l'illustre écrivain anglais qui a édifié ce monument à l'une des gloires les plus pures de la France, à Jeanne, Vierge, Bienheureuse, Héroïne et Martyre.
LE SièGE DE PARIS. Par Francisque Sarcey.
Francisque Sarcby a été l'un des maîtres du journalisme français dans la deuxième moitié du xix* siècle. Il a fait les délices de deux générations de Parisiens
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par son esprit endiablé assaisonné de bon sens, par sa fine malice gauloise, mêlée de bonhomie. Le sujet du livre ne permettait pas, hélas ! à Sarcey de répandre sa verve inépuisablement féconde en saillies. Le récit des malheurs de la guerre de 1870 et des horreurs du Siège de Paris demandait d'autres qualités que celles de l'humoriste et de l'ironiste, il exigeait surtout une sincérité absolue et la seule préoccupation de dire la vérité. C'est ce souci de la vérité autant que la vivacité entraînante de la narration, qui donne sa valeur au livre. L'auteur s'est contenté de raconter tout simplement, avec une émotion contenue et d'autant plus impressionnante, les péripéties tragiques du siège. Sans récriminations et sans rhétorique, il rappelle les fautes et les crimes. Déposition d'un témoin oculaire, le livre restera un des documents les plus saisissants de V Année Terrible.
TROIS CONTES. Par Gustave Flaubert.
Les Trois Contes sont les trois perles inappréciables dans l'œuvre de Flaubert, et sont une époque dans l'histoire de la littérature française, puisque tout Maupassant procède de là. Les maîtres du roman excellent rarement dans la nouvelle. Flaubert dans l'une comme dans l'autre a atteint la perfection, et il a apporté dans les deux genres les mêmes qualités souveraines : une vérité et une sincérité scrupuleuses, la magie d'un style impersonnel, précis, concis, d'un
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rhythme infaillible, une imagination prestigieuse. « Un Cœur simple, & l'histoire navrante d'une servante de ferme, rappelle Madame Bovary. « Saint Julien l'Hospitalier, » légende naïve du Moyen- Age, et « Hérodias, » la légende biblique de Saint Jean- Baptiste, rappellent Salammbô : reconstitutions historiques saisissantes de vie et de relief, elles font comprendre la vérité profonde du mot d'Aristote : la fiction est plus ûraie que l'histoire.
LES CARACTERES. Par La Bruyère.
La Bruyère est par excellence le moraliste du déclin de Louis XIV. Il termine le xvii^ siècle ; il commence le XVIII*. Aussi bien que Saint-Simon lui-même, il nous fait comprendre la mécanique du grand règne, il nous fait toucher du doigt ses tares et ses abus. Il n'y a pas une page du terrible duc que l'on ne puisse commenter ou contrôler par une page des Caractères. Mais La Bruyère tire la moralité et la signification humaine des faits que Saint-Simon raconte, et les traits individuels et accidentels des portraits de l'histoire sont repris et ramassés par La Bruyère et fixés en des types définitifs. Comme styliste, La Bruyère est absolument hors pair. Dans l'opinion d'un juge comme Littré, nul n'a su tirer parti comme lui des sources et des ressources du français, nul n'aidera mieux l'étranger à surprendre les secrets de la meilleure langue du grand siècle.
COLLECTION NELSON
LA CHANOINESSE. Par André Theuriet
{de P Académie française).
Faire revivre les grandes scènes de la Révolution, non seulement à Paris, mais en province, raconter à la fois l'émeute dans les cités, la révolte brutale des paysans, les passions politiques mises au service des haines privées, le déchaînement des vices les plus odieux et la floraison des plus nobles vertus, la guerre nationale des patriotes et des Sans-Culottes et l'invasion des Émigrés, tel est l'objet de la Chanoinesse. Jusqu'ici peu de romanciers avaient eu l'audace d'exploiter le drame révolutionnaire et de se mesurer avec les historiens, tant le simple récit des événements semble ici plus émouvant que toutes les inventions de la plus féconde imagination. Le plus bel éloge que l'on puisse faire de l'oeuvre de Theuriet, c'est que son audace a été justifiée par le succès, et qu'il a su reconstituer l'époque la plus tragique de l'histoire moderne.
MISS ROVEL. Par Victor Cherbuliez {de
V Académie francise).
Les critiques du Boulevard reprochent souvent aux compatriotes de Jean-Jacques Rousseau et de M""' de Staël d'assombrir et d'alourdir de tristesse et de gravité germaniques la gaîté et la vivacité gauloises. Voici un Suisse de Genève qui ne mérite assurément pas le reproche traditionnel. Aucun Français de
COLLECTION NELSON
France n'a porté dans le roman une gaîté plus souriante, une fantaisie plus charmante, un esprit plus ailé, un dialogue plus étincelant et plus vibrant de verve que ce Genevois qui s'appelle Victor Cherbuliez. Miss Rovel possède au plus haut point toutes les qualités qui distinguent son œuvre. Le caractère de la jeune Anglaise fantasque et séduisante est une des créations les plus originales de l'auteur, et ce caractère se développe à travers une succession d'aventures extraordinaires où se révèle l'imagination inventive du conteur. Ajoutez à l'intérêt romanesque du récit une richesse d'idées et d'observations morales qui rend la lecture du livre aussi substantielle que divertissante.
UNE NICHEE DE GENTILSHOMMES. Par Ivan Tourguéneff.
Comme presque tous les récits de Tourguéneff, Une Nichée de Gentilshommes est une histoire d'amour en même temps qu'un tableau de mœurs, et comme presque toutes les histoires d'amour du romancier russe, elle est imprégnée de mélancolie slave, et elle révèle la finesse et la délicatesse d'analyse, l'ironie pénétrante et la composition, sobre et classique qui caractérisent l'art de Tourguéneff. La donnée du roman est fort simple. La nouvelle imprévue de la mort de la femme qu'il déteste rend au héros Lavretzky la joie de vivre et la liberté d'aimer. Le retour
dramatique de l'épouse rive de nouveau la chaîne conjugale. La jeune fille qu'il aime entre au couvent. Cette histoire d'amour est placée dans le cadre de la vie provinciale et rurale. Le livre est une évocation de la vieille Russie d'avant l'émancipation des serfs. Elle est saisissante de vérité et de relief.