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Système de politique positive, t. II

ferions-nous ? Comte ne cessa de formuler son indifférence * à l'égard de ces dernières, en même temps que d^élargir et de préciser la sphère de «ce qui nous convient » . Mais, en s'élargissant ainsi, sa philosophie approchait des confins de la religion qu'elle ne tardait pas à rejoindre. La définition que l'on vient de lire est de 1851. Il la corrigea cinq ans plus tard *. La vraie logique ne lui parut plus bornée à « dévoiler les vérités » qui nous conviennent : elle embrassa le domaine de l'action. Elle le systématisa et le régla ; « car nous devons autant systématiser nos conjectures que nos démonstrations, les unes et les autres devant être mises au service de la sociabilité, seule source de la véritable unité ». La vraie logique se définit donc « le concours normal des sentiments, des images et des signes pour nous inspirer » (au lieu de dévoiler) « les conceptions » (au lieu de vérités) « qui conviennent à nos besoins moraux, intellectuels et physiques ». Cette philosophie, cette logique veut envelopper et soulever toute l'âme.

Donc, sachant les besoins humains, nous leur fournirons, en vue de les satisfaire, tout ce que nous aurons : vérité, quand nous posséderons une vérité ; fables, lorsque les vérités feront défaut ; l'esprit humai n ni l'âme humaine n'attendent point. Celui qui meut le soleil et les autres étoiles dans le Cantique de Dante,

1. Au reproche d'utilitai-isme, même réponse que ci-dessus. Comte dirait que la sphère de ce qui nous convient est, grâce à lui, organisée : la morale est une science.

^.Synthèse subjective.

l'ordre positif d'après comte 133

l'amour, qu'Auguste Comte appelle « le moteur » de toute activité, cet amour, ce désir nous jette en avant. Prenons garde de rien mépriser qui nous appartienne. La poésie est « plus large » et « non moins vraie » que la philosophie. Ce que le philosophe peut exiger de la poésie, c'est seulement de ne pas contredire ce que la science révèle de certain sur la nature humaine. Sous cette condition, que la poésie ait champ libre ! Elle ne pourra qu'ajouter par ses ornements à la magnificence de la religion. Veut elle attribuer aux corps des qualités imaginaires? Il suffit qu'elles ne soient point « en opposition avec les qualités constatées >. Veut-elle concevoir des êtres absolument fictifs ? Il suffira qu'ils servent le Grand-Etre et contribuent à rendre la synthèse aussi émouvante que vraie.

Auguste Comte en a donné l'exemple. Puisque le Grand-Etre nous manifeste, aussi réellement que possible, « l'entière plénitude du type humain, où l'intelligence assiste le sentiment pour diriger l'activité », pourquoi ne pas as.socier aux hommages rendus au Grand-Etre cette Planète, avec le système entier qui lui sert de demeure ? Pourquoi s'arrêter là et ne point ajouter à ce couple de dieux l'Espace qui enveloppe notre système ? Que la Terre et que les planètes se meuvent, rien n'empêche d'y voir un acte de volonté. Que l'Espace se laisse franchir, rien n'empêche d'expliquer que ce libre parcours ait été laissé au chœur de nos astres par l'acte continu de sympathies immenses. Rien n'empêche non plus de rêver que, si l'Espace fut, c'est pour que la Terre, son satellite, ses

compagnes et son soleil y puissent fleurir ; il n'est pas difficile non plus d'imaginer supplémentairement que la Terre, qui était indispensable à « la suprême existence », ait voulu concourir en efîet au Grand-Etre. Le poète a le droit de ne pas tenir la concordance pour fortuite. Comme le savant explique les hommes par la loi de FHumanité, l'attrait de ce Grand-Etre rendra compte au poète de la subtile bienveillance des innombrables flots de l'Espace éthéré \ et du courage que la Terre (et aussi le soleil et la lune « que nous devons spécialement honorer ») a déployé et déploiera pour le commun service de l'Humanité triomphante. Ici, le philosophe, peut-être soucieux à l'excès de sa philosophie de l'histoire, et voulant, comme il dit, incorporer le fétichisme en même temps qu'un certain degré de polythéisme à sa religion de l'humanité, eut le tort déplorable de gâter, en leur donnant un nom malheureux, ces rêveries qui sont fort belles. Mais, avant de rire du Grand-Fétiche, — c'est le nom qu'il osa décerner à la Terre-mère, — j'aimerais que l'on consultât, moins sur le mot que sur la chose, les esprits compétents, et je veux dire les poètes. Je ne le demanderai pas à M. Sully -Prudhomme, qui n'a presque rien d'un positiviste '. Mais M. Charles de Pomairols, qui a parlé de la Terre avec des inflexions d'une grâce pieuse, sait fort bien le sens des termes dont il s'est servi, car il fut très bon philosophe et coratiste aussi orthodoxe que poète élégant et pur.

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