‹ L'avenir de l'intelligence, suivi de Auguste Comte.--Le romantisme féminin.--Mademoiselle MonkChapitre 38 sur 58 · Gh. de Pomairols, Regards intimes (Lemerre, éditeur · texte numérisé non relu

Gh. de Pomairols, Regards intimes (Lemerre, éditeur

avaient toujours plus ou moins existé à l'état flottant. Voilà ce qu'il ne faut pas oublier si Ton veut connaître, comprendre, apprécier ce que cet homme, qui passe pour orgueilleux et qui fut si humble, avait dans la pensée quand il fondait sa religion. Le dogme en est si peu arbitraire que l'Olympe de Comte a toujours fait l'objet du culte des sensibilités délicates et des imaginations exaltées, à quelque genre de religion qu'elles appartinssent.

Il a pareillement classé, nommé, qualifié toutes les autres vénérations instinctives. Il a organisé et pour ainsi dire, ajusté en moraliste, mais aussi en mathématicien, avec précision et finesse, les plus nobles ressorts de rhomme moderne : honneur, gloire^ pudeur, enthousiasme, dignité, intégrité. Il ne s'est jamais flatté de les inventer. Les formules de ce système et de cet ordre peuvent être trouvées surprenantes ou choquantes. Avant de les railler ou de les censurer, il faut voir si elles ne correspondent pas à des faits reconnus.

C'est un fait que, dans beaucoup d'esprits, la vie religieuse est devenue affaire de tradition plus que de foi, de point d'honneur personnel ou domestique plus que de certitude individuelle.

C'est un fait que le culte des morts se développe dans les grandes villes du monde occidental.

C'est un autre fait que les jugements de la postérité, les visions de l'avenir impressionnent et déterminent les grandes âmes. Avant que Comte eût pu parler d'immortalité subjective, le fier Danton avait

l'ordre positif d'après comte 137

lancé au Tribunal révolutionnaire sa réponse : '< Ma « demeure ? Demain dans le néant^ et mon nom au « Panthéon de l' histoire ' ! » Comte observe ce qui nous émeut et ce qui nous règle : il le médite, l'analyse, le généralise et le codifie.

Le culte qu'il ajoute au dogme et à la morale de sa religion n'est que le développement du culte catholique, et c'est sans doute ce qui en fait, au premier abord, la bizarrerie. Ces invocations, ces confessions, ces effusions, ces neuf sacrements, ce calendrier dans lequel les jours et les mois de l'année sont consacrés aux « grands types de l'humanité », prennent tantôt l'aspect d'un décalque tout pur et tantôt celui d'une charge. De même, les anges gardiens (la mère, la fille, l'épouse, qui sont aussi nommées déesses domestiques), l'utopie de la Vierge-Mère, le sacerdoce, le temple de l'Humanité. De même, l'établissement du pouvoir spirituel présidé par un grand-prêtre de l'Humanité, pape de l'avenir. Eh 1 le rituel du catholicisme ne doitil pas aussi au rituel des religions qui l'ont précédé ? Toutes les institutions religieuses qui ont vécu ont tiré leur substance de devanciers immédiats. Celui qui regarde de près les rêves d'Auguste Comte saisit promptement les raisons de chaque rite ou de chaque observance. Ici, la critique se borne à cette observation qu'il n'y a guère exemple d'un culte ainsi organisé d'un jet dans une seule tête ; encore y a-t-il réponse à cela: les prémisses de Comte une fois posées,

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