Voir Essais sur la Religion
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX' SIÈCLE. 237 l'Absolu, Dieu, par une connaissance immédiate ou intuitive : l'Absolu est incog-niscible, mais il est concevable. Tout ce qui se rapporte à Dieu est matière d'inférence a posteriori : seulement les attributs relatifs sous lesquels nous le concevons, nous pouvons les penser à un degré qui dépasse tous les degrés limités '. — Stuart Mill, en somme, trouve sous les phénomènes le moi et Dieu. Il est évident que la préoccupalion positiviste le retient dans un scepticisme prudent qui ne le satisfait point; et il est évident qu'il tend à cet idéalisme berkeleyen — - où d'ailleurs l'objet ne se comprend guère — que la méthode expérimentale avait corrigé dans le prudent scepticisme de Hume.
Bain, lui, n'est pas un psychologue seulement et un logicien, mais un physiologiste : il a étudié les relations de l'esprit et du corps, et il a déclaré qu'il y a corrélation entre le corps et l'esprit : les forces mentales dépendent de l'activité du cerveau; « il y a une relation définie (bien qu'elle ne soit pas numériquement déterminable) entre la somme des opérations physico-mentales et la somme des actions purement physiques. Les unes et les autres sont comprises dans la grande oxydation totale de l'organisme ; et plus les unes absorbent de force, moins il en reste pour les autres. Telle est la formule de la corrélation de l'esprit avec les autres forces de la nature -. » Qu'est-ce, d'ailleurs, que le corps, la matière, le monde? « Le monde ne peut être connu que par son rapport avec l'esprit. La connaissance est un état de l'esprit; la notion d'une chose matérielle est une chose mentale. Par une illusion de langage, nous nous imaginons être capables de contempler un monde qui n'entre pas dans notre propre existence mentale. Mais cette tentative se détruit
\. Phil. de Hnmillon, voir chap. iv et vu.
2. Voir VEsprit et le Corps. La psychologie est une face de ce dont la physiologie est une autre face : « Il n'y a pas action de Tespril sur le corps et du corps sur l'espril; il y a l'esprit et le corps réunis qui déterminent un résultat à la fois physique et moral ».
238 . DE LA MÉTHODE POUR CONDUIRE SA RAISON, elle-même, car cette contemplalion est un effort de l'esprit ^ » x^insi nous sommes enfermés dans la conscience, dans le relatif : la conscience, au reste, n'existe que par le chang-ement, la relation. La pensée est une spontanéité ^, mais qui ne s'exerce point sans dépense nerveuse, ni celle-ci sans nourriture. Toutes les forces connues étant convertibles entre elles, l'association, scmble-t-il, serait l'effet mental de la force en soi inconnue, inconnaissable ^
Mais c'est dans la synthèse d'Herbert Spencer — non seulement psychologue, logicien, physiologiste, mais savant universel, esprit généralisateur et hardi — qu'il faut voir se compléter, s'absorber la psychologie de Bain \ — La psychologie est une science à part, parce que le fait de conscience est un fait spécial : mais « la vie mentale » et « la vie corporelle » ne sont que « des subdivisions de la vie en général »; à ses origines l'une plonge dans l'autre, et la distinction ne s'établit nettement que par degrés. Il y a donc une base physiologique de la vie mentale, une base physiologique de l'association : Spencer, lui, le déclare formellement. « Les changements dans les cellules nerveuses sont les corrélatifs objectifs de ce que nous connaissons subjectivement comme des faits de conscience ^ » Or le système nerveux évolue graduellement en s'adaptant au milieu; ce sont, par l'intermédiaire du sys-