‹ L'avenir de la philosophieChapitre 179 sur 265 · Préface de l'Intelligence, 4° édition · texte numérisé non relu

Préface de l'Intelligence, 4° édition

drant Taine en est venu dans V Intelligence à concevoir l'objet d'après le sujet, si bien qu'en définitive la Nécessité géométrique se déroulerait dans un monadisme sans Volonté qui a de l'analogie avec celui d'IIcrbart.

Somme toute, malgré les contours précis du style, la pensée de Taine est loin d'être nette. Ce qu'il a combattu, d'abord, c'est l'Unité de substance et la transcendance de la substance, plutôt que la substance môme : la substance est une pluralité aux groupements divers où la Loi met l'unité; on en vient à concevoir avec une grande probabilité l'essence des choses comme psychique, et la Loi peut-être comme « la persistance de l'énergie à travers la rénovation des efTets ». Ce qu'il a combattu encore, c'est la Volonté considérée comme substance : or, il n'a pas distingué entre un pouvoir antérieur aux phénomènes, et qui les double, et une activité immanente aux phénomènes, qui en constitue la trame et qui leur donne un but. — Taine ne s'est occupé ni de l'être, sauf en passant, ni du vouloir, sauf pour le nier : c'est rintelligence, c'est la mathématique, ce sont les lois, et c'est la Loi, qui ont absorbé son effort. Quoiqu'il se plût à contempler les forces de la nature, il n'en a étudié que le mouvant phénomène et que le déroulement mécanique *.

Il y a plus de vague encore, plus de contradictions dans la pensée de Renan, et c'est moins un philosophe qu'un curieux de philosophie et qu'un remueur d'idées : mais , outre que cette mobilité même, ce tâtonnement, si opposé au dogmatisme, est un trait caractéristique, il y a des idées dans son œuvre qui, sous l'ondoiement des formes et parmi les jeux de l'artiste, reparaissent toujours plus ou moins saisissablos.

« \J esprit est tout; le dogme positif est peu de chose, et c'est bien merveille s'il ne semble contradictoire; que dis-je?

\. Hernie de VInstnœlion pi/blir/ue (1855-56); les Philosophes du XIX" siècley 185G (préf. dans la 2''édit. en IS(iO); Élude sur Sluart Mill : 1861, dans la Revue des Deux Mondes, 1864, dans VUistoire de la lilt. angl.,X. V; De Vlnlellujence, 1'^ édit. en 1870. Voir Caro, Vidée de Dieu; Janet, la Crise p/dl. ; Ravaisson. op. cit.; Hommay, Vidée de nécessité dans la pliil. de M. Taine.

il sera nécessairement étroit, s'il ne semble contradictoire. Un esprit ne s'exprime pas par une théorie analytique , où chaque point de la science est successivement élucidé. Ce n'est ni par oui ni par non qu'il résout les problèmes délicats qu'il se pose'. » Mais que l'on ne puisse à l'heure présente dire ni oui ni non, cela ne prouve pas que la connaissance ne prog-resse point. Il ne faut croire ni que ce qu'on cherche est trouvé ni que ce n'est point trouvable : il faut chercher toujours. Et comment, sinon à l'aide de la science? La philosophie est l'harmonie qui se dégage des sciences, elle est leur unité. — Avec une critique de la connaissance moins rigoureuse, Renan, comme Taine, fonde la philosophie sur l'expérience, et les sciences lui montrent un devenir perpétuel des phénomènes. Mais, lui aussi, il découvre un point lixe; et ce n'est pas la géométrie qui le lui montre : ce sont les sciences de la vie et de l'homme. L'unité des phénomènes ne consiste point vraiment dans la nécessité géométrique, mais dans l'effort, dans l'aspiration au mieux : dès lors le devenir s'explique par une finalité, et le passage de l'inférieur au supérieur par un idéal où tend le monde. « L'univers a un but idéal et sert à une fin divine; il n'est pas seulement une vaine agitation, dont la balance finale est zéro. Le but du monde est que la raison règne". » Cela, Renan l'a affirmé sans cesse — et qu'il y a dans les choses un travail, un instinct, un désir, « un immense nisus universel pour réaliser un dessein, remplir un moule vivant, produire une unité harmonique, une conscience » : à travers le temps un progrès s'accomplit \ Il ne faut pas distinguer deux substances, mais deux aspects de la réalité : sans la matière l'idée n'est pas, la matière est « la concrétion » de l'idée; mais c'est l'idée « qui anime tout, qui, en aspirant à se réaliser, pousse à l'être )i,

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