‹ L'avenir de la philosophieChapitre 186 sur 265 · Cl. Bernard, P. Bert, Du Bois-Reymond, Huxley · texte numérisé non relu

Cl. Bernard, P. Bert, Du Bois-Reymond, Huxley

4. Haillon, de Candolle ; Milne Edwards, de Quatrefages; Elie de Beaumont, Gaudry....

5. Voir Tait, Conf. sur quelques progrès récents de la physique; Lange, op. cit., t. II; Huxley, VHomme et sa place dans la nature; Rapports sui- les expositions, Bibliothèque scient, internationale (Alcan), Bibliothèque scient, contemporaine (J.-B. Baillière).

dans son sens large embrasse la philologie au lieu d'y être enveloppée, Tanthropologie et la sociologie — produisent des travaux si nombreux et si divers que la bibliographie seule en est accablante et que la richesse même n'y va pas sans confusion.

Cependant il faut ici insister sur ce fait que, dans l'ordre des éludes purement philosophiques ou réservées aux philosophes, l'esprit de la science pénètre de plus en plus. — L'histoire de la philosophie se résout en monographies qui doivent la compléter et l'atTermir. Les penseurs qui étudient des questions sont en bien plus grand nombre que les philosophes qui conçoivent des systèmes; et ceux qui considèrent des problèmes particuliers ne manquent guère d'en faire l'historique; souvent même ils ne prétendent pas résoudre une question, mais ils considèrent un concept dont ils cherchent l'origine, dont ils suivent l'évolution, qu'ils traitent objectivement comme un fait historique et comme un produit psychologique. La psychologie surtout se renouvelle : non seulement on analyse l'esprit par le menu, mais on fonde — ou on lâche à le faire — la science des phénomènes psychiques en dehors de toute hypothèse sur l'essence même de l'àme. « Dans la psychologie, il y a des faits d'une nature spéciale, difficiles à observer, plus difficiles encore à classer, mais qui n'en constituent pas moins la partie la plus solide et la plus indiscutable de la science : c'est l'étude pure et simple de ces faits qui peut constituer une science indépendante », a déclaré M. Ribot, le principal promoteur ou restaurateur en France de ces recherches '. Au lieu d'être surtout rétlexive, de s'attacher à l'homme, « à l'homme adulte, blanc et civilisé », la psychologie — descriptive, comparée, pathologique — s'intéresse maintenant à l'animal, au sauvage, à l'enfant, au fou, au criminel; elle devient expérimentale, et se fait, par exemple, de l'hypnotisme un instrument; elle devient phy-

i. Préface de la Psycliolor/ie anglaise contemporaine, p. 23.

siologique, et cherche à découvrir le concomilanl nerveux des états psychiques; elle devient physique et mathématique, et essaye de préciser des faits numériquement ou de traduire des lois en chilTre; elle devient concrète enfin, et étudie le caractère des individus, des peuples et des races. Plus particulièrement descriptive et comparée en Angleterre, expérimentale et pathologique en France, mathématique en Allemagne, dans l'Europe entière et même hors d'Europe la psychologie scientifique a ses ouvriers, ses laboratoires, ses sociétés, ses enquêtes et ses congrès : elle a produit non seulement une quantité prodigieuse d'études partielles, mais déjà des traités complets ^

D'autre part, tandis que la Pensée s'ingénie à connaître le détail, elle est travaillée toujours du besoin de comprendre l'univers; tandis qu'elle pousse aussi loin que possible l'analyse, elle souhaite, elle veut, elle tente la synthèse. Et ce ne sont plus trois pays seulement qui cherchent et pensent à l'unisson : tous les peuples civilisés, à des degrés divers artisans de l'œuvre collective, ont — ou peu s'en faut — une commune conscience.

Voici, d'ailleurs, les données générales d'après lesquelles s'accomplit l'effort de synthèse. — L'histoire de la philosophie tend à l'unité, et il faut approfondir l'histoire pour comprendre comment elle y tend. Ici encore le cycle est clos : ce qui a été un point de départ devient un point d'arrivée,

1. Maudsley, Sully, Wundt, Sergi, Ladcl, James.... — Voir Ribol, Ps;/c/tologie anglaise contemp., Psi/cholugie allemande conlemp., Leçon d'ouverture au Collège de France; Binel, la Pi>/cholof/ie expe'rimenlale cVaprès les travaux du romirès de Londres, Rev. des Deux Mondes, 15 mars 1893, Introd. à la psychologie expérimentale; Miinslerberg, Ueber Aufgahen und Mel/ioden der Psychologie. Voir, dans la Revue philosophique, les notes du laboratoire de psychologie physiologique, et l'Année psychologique publiée depuis 1895 par MM. Beaunis cl Binet. — Ouiconque ■< se tient au courant », comme on dit, — dans les livres, les revues, les thèses françaises, les innombrables brochures allemandes, — doit constater, soit pour la psychologie, soit pour la philosophie en général, non seulement une activité remarquable, mais l'intéressant eiïort d'analyse dont il est question dans cette page. Je ne cite point ici de noms : il en faudrait trop citer.

et l'application de la méthode historique a justifié l'emploi de la méthode historique'. — L'unité du moi et du non-moi n'est point extérieure et transcendante; le non-moi est une réalité de même essence que le moi, mais ce n'est point l'idée pure, c'est-à-dire la représentation, qui peut constituer le fond du moi. Monisme dynamiste on plutôt psychique, — on aboutit ou l'on tend à celte formule, — et monisme dans les deux sens du mot, par opposition à la fois à la transcendance et au dualisme. — Cependant le dogmatisme a tort aussi bien que le scepticisme; et il s'agit de concilier le scepticisme et le dogmatisme. Puisqu'il y a pluralité et changement manifestes dans l'unité et la durée évidentes, il faut, — car ainsi se présente le problème, — en rapprochant la science positive et la psychologie, l'expérience et la conscience, en les fécondant l'une par l'autre, trouver de la philosophie une expression nouvelle et définitive. Partis de la science' ou venus de la philosophie, remaniant le kantisme, le positivisme, les dogmatismes divers, ou approfondissant les dogmatismes divers, les penseurs contemporains accepteraient, en général, pour

1. Dans un grand nombre d'ouvrages apparaît, plus ou moins nette, cette idée que la philosophie progresse, que le travail philosophique actuel a une certaine unité, qu'une méthode définitive cherche à se constituer et s'ébauche. Voir, par exemple : Dubuc, lissai sur la uiélliode en mclaphijsique (Introd.); Evellin, Essai (fune méthode de la philosoiihie du réel (dans la. Revue philosophique); \Veber, Hist. de la philosophie européenne; FoinWée, Histoire de la philosophie; Janet et Séailles, les Problèmes et Us Écoles; de Iloberty, l'Ancienne et laNouvel/e Philosophie; Boirac, l'Idée de phénomène [vo'w Conclusion, p. 333 en particulier); Naville, la Définition de la philosophie.... Karl Griin, die Philosophie in der Gegenwart (1876); Eucken, Gesctiichte und Kritik der Grundbeririffe der Gegenwart (1878), Geschichte der philosophischen Terminologie (1879); W. von Reichenau, Die monistiche Philosophie von Spinoza bis auf unsere Tage (1881) : cet ouvrage est un mémoire couronné dans un concours proposé à Cologne en 1877, dont le programme était de montrer les progrès de la pensée monistique à travers la i>hilosophie et la science; L. Noire, die Entwickelung der abe7idlundischen Philosophie bis zur Kritik der reinen Vernunft (voir Vonrort et Einleitung){i'i^2)\ Ludwig Sirumpell, Einleitung in die Philosophie vom Slandpunkte der Geschichte der Philosophie (1886); Moritz Brasch, die Philosophie der Gegenwart (1888); Paulsen, Einleitung in die Philosophie (1892), ouvrage destiné à prouver que <■ die viele Jahrhundcrte alte Arbeit des philosophischen Nachdenkens nicht vergeblich gewesen ist » : « Die Geschichte der Philosophie ist der Weg zur Wahrheit »; Kidpe, Einleitung in die Philosophie (1805)....

2. Cl. Bernard, Berthelot, Richet. Huxley, Du Bois-Reymond, Wundt : voir dans le 1" numéro de la Revue phil. un article de Wundt.

leurs œuvres cette épigraphe de la Philosophie de V Inconscient : « Résultats spéculatifs obtenus par la méthode des sciences positives », ou mieux encore : Résultats spéculatifs enveloppant les sciences positives \

Mais, à y regarder de près, tous ne procèdent pas de la même façon, et l'accord définitif n'est pas encore établi. Il y a toujours des philosophies, distinctes quoique convergentes.

1. Ilarlmann, Philosophie de V Inconscient {V édit., d869: trad. 1877); Lange. Hist. du matérialisme (2° édit., 1873; Irad. 1877); Diiliring, Cursus der Philosophie (ils wissenschaftliche Weltanschauunif und Lebensgeslaltung (1873), Krilische Gescfiichle der Philosophie (3* édil., 1878); Noire, die Welt als Enticickelung des Geistes : Bausteine zu einer monislichen Weltanschauunq (1874), Dermonistiche Gedanke : eine Concordanz der Philosophie Schopenhauers, Darwins, Robert Mayers und Lazar Geigers (1876); Laas, Idealismus uni Positivismus (1879-1884); Riehl, Der philosophische Kriticismus und seine Bedeutung fiir die positive Wissenschaft (1876-1887), Veher wissenschaftl. und nichtwisspnschaftl. Philosophie (1883) (« Denken wir uns die Wissenschaften in ihrer VoUendung, so bleibt auch nichl der kleinsle Raiim, nicht der geringste Anlass mehr fiir Construklion philosopliischer Système. Das wahre System der Erkenntnisse ist die Gesammtlieit der Wissenschaften selbst » (p. 7). Les systèmes, qui reclierchent l'unité prématurément, sont <■ die Romane der Denker »); Eucken, die Einheit des Geisleslebens in Beivusstsein und That der Menschheit (1888); Wundt, Melaphysik (1889. Voir IL Lacheiier, Eev. phil., mai et juin 1890); Paulsen, op. cit. (voir sur son monisme idéaliste Ruyssen, Rev. de Met. et de Mor., mars 1894); Max Diez, L'eber den Unlerschied von empirischer, mathemntischer und philosophischer E rkennt niss (\^93).

— Liard, la Science positive et la Métaphysique; Rabier, I.cçons de Philosophie:, Evellin, Boirac, ops. cits.\ de Roberty, la Philosophie du siècle; Guyau, Essai d'une morale..., l'Irréligion de l'Avenir; Fouillée, l'Avenir de la métaphysique fondée sur l'expérience, VÈvolutionnismc des Idées- forces; Paulhan, l'Activité mentale. La Revue de Métaphysique et de Morale (1893) — dont le titre était destiné à marquer une réaction contre \d.Revue Philosophique (1875), surtout consacrée aux travaux d'analyse, à la psychologie expérimentale — a montré un souci très vif de conclure, de tirer quelque chose du rapprochement des opinions diverses, d'évincfr à la fois l'ancienne métaphysique et l'ancien empirisme. (Voir, par ex., juillet 1894, Brunschvicg et Halévy, l'Année philosophique 1893.)

Pour l'Angleterre, — où la spéculation prend volontiers un tour idéaliste, hégélien (Gaird, (ireen, Bradley), — on pourrait cependant citer ici les noms de ClilTord et de Shadworth Hodgson. — ■ Il serait facile d'allonger cette liste

— moins disparate de fait que d'apparence — avec des noms italiens (comme Ardigo), russes (comme Grot), ou américains (comme Ladd, Royce, Garus {the Monist]) : mais je préfère ne point parler d'ouvrages ipii ne me sont guère connus (|ue par des comptes rendus. — Remarquons, en terminant, qu'il s'est produit un mouvement néo-scoIasLique qui, — s'il est en dehors de l'évolution pliilosophi(iue par son esprit général, — par certains des éléments qu'enferme la scolastique, grâce à Aristote, n'est pas tout à fait en contradiction ave- la philosophie moderne (voir, dans la R:'v. phil., les revues générales de l'icovel). Un mélange intéressant de scolastique et de préoccupations, de tendances tout à fait actuelles se trouve dans les ouvrages de Fonsegrive.

On ne trouve plus du tout de sceptiques et plus de dogmatiques absolus : mais, pour fixer ce que sait et ce que peut saA^oir l'humanité, les uns manquent de prudence, les autres manquent de hardiesse.

Cependant, parmi les efforts de la Pensée pour conclure, des idées se précisent encore dans le détail, qui aideront à la conclusion.

11 apparaît de mieux en mieux que dans l'idéal ', dans la croyance ^ dans la moralité ^ dans le sentiment \ — mots divers, même jaillissement intime, — comme dans la volonté ^ dans la vie ®, dans l'action \ d'oii tout cela procède, il y a quelque chose de révélateur et de foncier. — Mais aussi la question se pose si l'intelligence est vraiment secondaire, si — après qu'elle apparut longtemps comme la faculté maîtresse et métaphysique — elle sera désormais subordonnée à la volonté, ou si elle doit être considérée comme égale en valeur et comme parallèle à celle-ci dans son développement ^ Le principe des choses pour Hartmann est Volonté et Idée : et ce qu'il critique de Schopenhauer par-dessus tout, c'est la volonté absolument vide. Pour Fouillée, tout est Idée-force\ tout est Volonté logique pour Wundt. Il est vrai que \\'^undt, d'abord, s'attacha surtout à montrer l'omniprésence du raisonnement dans la vie psychique, pour élargir ensuite de

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