‹ L'avenir de la philosophieChapitre 188 sur 265 · INDUCTIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

INDUCTIONS HISTORIQUES

Et d'abord, il est bon d'embrasser d'une vue large, en ses grandes lignes, cette évolution complexe de la Pensée moderne.

i. Les faits généraux. — Du conflit des idées est né le doute au début; et du doute est née la critique. — La critique aboutit à un double résultat : d'une part, le dogmatisme fondé sur la raison — dualisme de Descartes; d'autre part, le scepticisme fondé sur l'expérience — phénoménisme de Bacon, Locke, Hume. — Mais le dualisme, tbéologiquement — c'est-à-dire extérieurement — unifié, engendre deux dogmatismes contraires : l'idéalisme, — auquel tendait Descartes déjà par son point de départ psychologique, — qui se développe dans l'école cartésienne et qui, en Angleterre, se combine avec le phénoménisme ; le matérialisme, dont le germe était déposé dans le mécanisme cartésien et que la science, que les lois, invincibles au phénoménisme , semblaient appeler. — D'ailleurs le monisme apparaît, en un sens avec le panthéisme de Spinoza, en un autre avec le dynamisme de Leibnitz ; et il exerce une active influence.

Cependant le conflit des systèmes rappelle la nécessité, un peu méconnue, de la critique; et la critique, à son tour, ramène le scepticisme. — Mais ce scepticisme, même avec Kant, est singulièrement atténué : la science le refoule du flot montant des vérités qu'elle acquiert et de la force accrue des principes qu'elle implique ; la psychologie le mine par le profond jaillissement d'activité qu'elle révèle.

L'idéalisme ne tarde pas à renaître, et le matérialisme en face de lui : et, sous des formes nouvelles, ils sont moins ennemis peu à peu. Des essais de conciliation se produisent; l'idée même de conciliation chemine; le monisme s'établit enfin plus solidement. — Mais la critique veille; elle inquiète le dogmatisme, elle le harcèle, elle le tempère : et de cent façons le scepticisme se survit en se détruisant.

Tel est le dessin simplifié de cette évolution — qui ellemême simplifiait l'histoire.

2. Les causes générales. — Ce n'est que par occasion et d'un mot qu'ont pu être indiquées les circonstances extérieures dans lesquelles se déroule la Pensée des trois derniers siècles. Caractère des peuples, conditions de la vie générale, génie des individus : il a dû apparaître au moins que tout cela intervenait pour expliquer à la fois la contingence et la logique de ce développement. Il y a du hasard dans le détail, et il y a de l'ordre dans l'ensemble. Tandis qu'elle cherche à résoudre le problème qui la travaille, la Pensée est trop engagée dans la réalité concrète pour ne jamais en être troublée; elle en est assez indépendante pour tourner le plus qu'elle peut à son profit les données fortuites de cette réalité : bien mieux, elle en devient toujours plus indépendante. De là des cycles d'une régularité relative dans la succession des systèmes; de là une rapidité croissante dans la succession de ces cycles; de là enfin dans chaque cycle la fusion toujours plus complète des systèmes : comme l'ordre sort du hasard, l'accord naît peu à peu du conflit.

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