‹ L'avenir de la philosophieChapitre 192 sur 265 · Twuxôv ô' Èaù voEÏv te xa't oûvsxév èaii Vfjr|(j.a · texte numérisé non relu

Twuxôv ô' Èaù voEÏv te xa't oûvsxév èaii Vfjr|(j.a

vraiment clans le non-moi pour s'apparaître dans le moi : auquel cas comment voir encore une Pensée pure dans cette pensée qui s'objective?

D'ailleurs, le matérialisme a provoqué l'élude plus attentive de cela même qui semblait lui résister : c'est ainsi qu'il a contribué non seulement aux progrès des sciences naturelles, mais à ceux de la psycho-physiologie et de la sociologie; et inversement, l'idéalisme, en niant la réalité objective des phénomènes matériels, s'est attaché à les réduire à des principes mathématiques.

Si absurdes soient-ils tous deux, encore le sont-ils moins que le phénoménisme ou le scepticisme absolu. — Voulùt-on se renfermer dans le phénoménisme, ne faut-il pas distinguer deux séries différentes de phénomènes? Ne faut-il pas reconnaître qu'ils se lient par le souvenir, qu'ils s'ordonnent selon des lois? Mais comment se produit l'ordre? Où la mémoire, l'habitude, l'attente, la croyance? — Que le phénoménisme ait eu l'avantage d'éliminer le superflu varié des entités et qualités occultes, voilà ce qu'on ne saurait nier. Mais il n'est guère de pliénoménistes sincères qui n'aient conclu par un aveu d'impuissance et de découragement. Il n'y a plus de sceptiques à la façon des anciens ', parce que le phénoméniste voit de plus en plus éclater l'évidence d'un ordre extérieur et d'une activité intérieure. Le phénoméniste aboutit donc à un mysticisme plus ou moins avoué, à moins que ce ne soit à un matérialisme ou à un idéalisme qui s'ignore ou qui se cache : il sort de l'absurde ou par le désespoir ou par l'absurde encore.

Reste, il est vrai, le monisme. — - La distinction absolue de la pensée et de l'étendue — res extensa et res cogitans — avait amené les efforts pour réduire la pensée à l'étendue ou l'étendue à la pensée ; elle avait amené encore cette conception de phénomènes d'étendue et de pensée sans Etre, ou supportés par un Etre connu comme existant et pourtant inconnais-

1. « Le scepticisme doit être relégué parmi les choses qui ont disparu pour ne plus revenir. » Brochard, les Sceptiques qvecs; voir pp. 416-417.

sable en soi — le noumène : elle s'était réfutée elle-même. Mais que la pensée et l'étendue soient phénoménales l'une et l'autre, et qu'il y ait une réalité, connaissable clans le sujet, qui constitue également le sujet et l'objet : voilà qui n'a plus rien d'absurde. — Ce n'est point absurde, mais ce n'est pas prouvé. Ce n'est pas plus prouvé que ne l'était l'unification, du dehors, par le théisme. Seulement cette unification extérieure soulevait des difficultés nouvelles; le théisme aboutissait fatalement au panthéisme, qui, à son tour, en soulevait d'autres : car, — outre que se servir de la conception panthéiste pour unir en les distinguant la matière et la pensée, ou pour animer la matière, ou pour faire apparaître la matière dans la pensée, c'était une explication plus verbale que réelle, — comment expliquer la pluralité dans l'Un? Le monisme, d'ailleurs, où le panthéisme se simplifie en immanence, ne résout pas jusqu'ici ce dernier problème : il flotte entre le monadisme et l'unité du Réel.

Le monisme est une conception qui n'a rien d'absurde, qui ne semble a priori ni invérifiable, ni incomplétable, — qui n'est ni vérifiée, ni complète.

2. Les données positives. — La philosophie progresse, voilà la donnée capitale. — Sans doute, ce progrès n'est pas rectiligne, et il n'est pas dans telle philosophie tout entière par rapport à telle autre philosophie tout entière : il est dans l'ensemble et la suite de la pensée. Il est devenu d'autant plus rapide que les philosophes ont mieux pris conscience, précisément, de ce fait que les divers systèmes, dans l'histoire, soutiennent entre eux des rapports ; d'autant plus rapide qu'ils ont — avec plus ou moins de bonheur — cherché à continuer le passé dans le présent.

La philosophie progresse. Il y a longtemps, sans doute, que les philosophes ont abstraitement défini leur œuvre « la recherche de l'unité»; et cette unité, en effet, tout système la réclame, — même en y renonçant : mais c'est de la philosophie concrète — en tant qu'elle se développe à travers les

systèmes individuels, dans les innombrables esprits et dans les peuples divers, dans la chaîne des êtres — qu'on peut dire véritablement qu'elle est la reciierche de l'unité, qu'elle en est l'affirmation préalable, obstinée, et la confirmation progressive.

La philosophie progresse en éliminant les conceptions insoutenables qu'elle essaye pour répondre à son postulat et en amassant des matériaux pour assurer une solution définitive. La pensée, en somme, dispose d'un instrument dont elle n'a pas jusqu'ici précisé l'emploi, mesuré la puissance suffisamment, dont elle a fait un usage trop peu conscient. Qu'est-ce que la science, considérée dans son ensemble, sinon un instrument de résolution des problèmes philosophiques, une méthode active pour établir la vérité! Par un examen approfondi du savoir posilif, c'est-à-dire de la psychologie, de la science proprement dite, et de leurs rapports, — dépassant peul-ètrc quelque peu l'évolution accomplie, mais recevant d'elle le mouvement pour aller plus loin, — nous pourrons fixer exactement la valeur de la conception moniste, peser les titres acluols du dogmalisme, déterminer la mesure d'ignorance qui subsiste et les moyens de la vaincre. C'est VOrganum qu'il faut refaire, après Bacon, dans un esprit différent.

Au point de départ de la méthode, nous ne savions pas seulement si la philosophie était possible : à ce point de la recherche, la réponse est trouvée. La philosophie est possible : elle s'est prouvée par ses progrès — comme la marche prouve le mouvement. La philosophie s'achemine vers la preuve et la détermination de l'unité qu'elle postule : voilà une donnée positive. En voici une autre : il y a une méthode active — sur laquelle nous allons insister — pour établir la vérité définitivement.

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