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CHAPITRE I LE SAVOIR POSITIF

Le savoir positif — ce savoir que l'esprit humain a lentement amassé pour échapper, comme en se lestant, au ballottement des hypothèses philosophiques — ■ est double : il y a une certaine psychologie qui fournit des notions aussi positives que ce qu'on est convenu d'appeler proprement science, des notions plus essentielles — notions que la science, du reste, est si loin de contredire qu'elle les suppose au contraire. Voilà le point capital qu'il faut mettre en lumière tout d'abord. Le plus possible je dépouillerai les vérités de ce chapitre de la forme technique qu'elles revêtaient parfois chez les penseurs qui les ont fait apparaître : il semble que, simplifiées, elles doivent gagner de la force — bien loin d'en perdre.

La psychologie scientifique a reproché à la psychologie de l'observation intérieure d'avoir pris pour objet unique l'homme blanc, civilisé, adulte. Le reproche était fondé. Mais autre chose est de borner la psychologie à cette étude de l'homme blanc, civilisé, adulte; autre chose de la commencer par là — et même de commencer par là tout retour sur le savoir humain, comme par l'objet le plus proche précisément, le plus intime, et dont peut le moins faire abstraction cet homme blanc, civilisé, adulte, lorsqu'il réfléchit sur ce qu'il sait. — Quand donc le philosophe se considère lui-même, — tel qu'il est, — comment lui en dénierait-on le droit, à condition qu'il précise rigoureusement et qu'il complète, s'il y a lieu, les découvertes qu'il fait en soi? « Je conçois comment on repousse la lumière intérieure quand on n'aspire qu'à fonder des systèmes, mais quand on a besoin de vérité avant tout, il faut bien la chercher oii elle est, dans la source la plus rapprochée, la plus intime à nous-mêmes. » C'est Maine de Biran qui a écrit ces lignes', et il semble qu'il ait manifestement raison : seulement lorsqu'il parle de « creuser », de « s'enfoncer dans les souterrains de l'âme », peut-être se fait-il illusion, peut-être du moins s'exagère-t-il le mystère et le recul de la vérité qu'il a contribué à mettre au jour. Il n'est pas besoin de jeter un coup de sonde au plus profond d'un abîme intérieur pour découvrir le premier principe de la psychologie; pas plus qu'il n'est utile pour cela de raisonner par syllogismes : on se rappelle comment Descartes s'est embarrassé dans son « je pense, donc je suis », comment il s'est contredit dans les explications qu'il dut en donner, comment il a simplifié parfois et rendu plus admirable ainsi son admirable découverte : « ... celte proposition : je suis, j'existe, est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit- ».

L'homme qui dit : je suis, ou, plus simplement encore :

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