Cl. Bernard, lut rodicc lion, pp. S
la synthèse se confirme par l'analyse, qu'elle est avant et après *.
Nous avons considéré la science jusqu'ici, d'une façon compacte, dans son principe. Il convient de l'examiner maintenant sous ses aspects principaux, dans les catégories générales où se réduit la diversité des sciences particulières. Nous préciserons ainsi et nous approfondirons les rapports de la psychologie et de la science. Et enfin nous nous rendrons compte — ce qui est notre propos môme — de la portée ultime du savoir humain, de l'efficacité de cette méthode active par laquelle l'esprit cherche à prouver l'Unité.
Mais ici, avant d'aborder cette étude capitale, ressaisissonsnous un moment. Sujet et objet, moi et non-moi, unité et phénomènes : pour être plus sur de ne pas nous jouer parmi des fantômes spéculatifs, revivifions, pour ainsi dire, en nous tous ces concepts. Reprenons conscience de ce qui est à la fois le principe et la matière même de notre recherche.
Ma fenêtre est ouverte sur un paysage d'automne, dont la tiédeur me pénétrait à mon insu, et dont soudain la lumière douce emplit mes yeux. Sur les arbres demi-nus et noirs, des branches agitent encore la pourpre ou l'or bruissants de leurs feuillages desséchés; à terre, s'étale la rouille des feuilles mortes; au ciel, s'étend le bleu pâli de l'espace : fout
1. « En physique aussi bien qu'en mathématiques, l'investigation des problèmes par l'analyse doit toujours précéder la synthèse. L'analyse consiste à s'appuyer d'abord sur l'expérience, à observer les phénomènes; puis par le raisonnement elle va du composé au simple, et couclut des mouvements aux forces et des elTels aux causes, et puis des causes particulières aux causes plus générales. La synthèse, au contraire, prend pour principes les causes trouvées et prouvées, explitiue par elles les phénomènes qui en dérivent, et démontre les explications. » Newton, Optique, 111, 31. Le sens logique de synthèse et analyse, c'est marche de principe à conséquence, de condition à conditionné, de simple à composé, et inversement; on a montré «lue la décomposition est une analyse et la recomposition une synthèse. (Voir Descartes, Discours de la méthode; Cournot, Essai, t. Il, pp. 90-116; Duhamel, Des méthodes dans les sciences de raisonnement; Janet, Rabicr, Liard, Fonsegrive, Logiques....) Or la science, on le voit, consiste au fond dans un double mouvement, — de la synthèse à l'analyse, de l'analyse à la synthèse.
ce qui m'inonde en ce moment d'un bien-être mêlé de mélancolie, ce que je vois et sens et respire, qui se mêle à moi et qui s'oppose à moi, qu'est-ce donc enfin? Par rapport à tout cela, que suis-je? Derrière ce jardin, j'entends le bruit des hommes agités, le flot de la vie qui vient battre le coin tranquille où je médite : cette vie dos hommes à laquelle la mienne est liée, — bien qu'elle s'en détache en ce moment pour la réfléchir, — qu'est-elle par rapport à ces choses à peine vivantes ou sans vie apparente, et qui, pourtant, l'enveloppent et la pénètrent? — Moi, qui fais ce travail étrange de penser, — en repensant la Pensée collective, — qui trace sur ce papier des signes pour traduire et la pensée des hommes et — à travers elle — la réalité multiple, — formes, couleurs, sons, parfums, — puis-je vraiment par cet effort arracher leur secret aux choses, m'unir à elles en les unifiant dans ma pensée, et — par delà elles et moi, l'humanité et la nature — atteindre les vérités initiales qui m'expliqueront pourquoi je vis, pense et cherche?