II. L HISTOIRE
Il est aisé de constater combien sont encore plongées dans le chaos les études qui concernent Thomme et qui parfois ont reçu le nom de « sciences de Tesprit » ou de « sciences de l'humanité ». Avant toutes les autres, elles ont entassé une riche matière; plus difflcilement que toutes, elles organisent les faits innombrables dont elles disposent. L'érudition, — et nous entendons par là la préoccupation de constater le phénomène historique, de le fixer sur l'heure ou de l'évoquer rétrospectivement, — l'érudition a progressé, non seulement par la (juautité des faits acquis, mais par la quantité et la qualité des méthodes qui permettent de les acquérir -. Mais « la simple constatation des faits ne peut jamais parvenir à constituer une science. On aurait beau multiplier les faits ou les observations que cela n'en apprendrait pas davantage ^ » Encore une fois, savoir pour savoir est vain, i-idicule, insensé. L'érudition telle quelle des premiers historiens servait à amuser, à charmer, ou à édifier leurs lecteurs : plaisirs d'imagination et d'art, leçons de morale ou de politique, voilà ce qu'elle offrait, en même
1. En 189'), j'ai publié dans la Xo//dl>IIi' Rr.vun (l" cL l.jjuiii) — on me permettra (le le rappeler — un travail intitulé : la Méthode slaUstique et la qup.slion des Grands Hommes. Ce devait être le début d'une série iVEssais sur la Science de l'histoire : le premier seul a paru. 11 m'a semblé alors — et j'ai tâché de le prouver dans ce livre — que l'histoire devait se rattacher, pour prendre toute sa valeur et recevoir une direction, à la philosophie générale.
L'. L'épigraphie ou l'archéologie, par exemple, ne sont évidemment que des méthodes. Mais il arrive que ceux qui cultivent les sciences auxiliaires de l'histoire prennent pour fin ce qui n'est ([uc moyen. L'épigraphisle sera plus soucieux de découvrir et de cataloguer les inscriptions (jue de les trier et <l'en tirer la substance.