LE PHILOSOPHE
fondes, les douceurs égoïstes de la pensée pure, rorguoil de sa force intérieure.
Ce qu'a éprouvé Descartes dans son « poêle » d'Allemagne, et en Hollande, libre et seul au milieu même des foules; ou Spinoza dans sa « vie cachée » du Paveljoensg-racht; ou Kant dans sa petite ville et sa monotone existence de Kœnigsberg- : leurs biographes nous le font comprendre. « Pendant tout l'hiver de 1802, Kant ne sortit pas une fois. Au printemps, on essaya de lui faire faire quelques promenades en voiture et do le descendre dans son jardin.... Il se sentait mal à l'aise comme dans une île déserte, et redemandait les lieux auxquels il était accoutumé (son cabinet de travail et cette chambre à coucher toujours fermée, d'où le jour et le feu étaient bannis en toute saison). Le printemps ne lui fît presque pas d'impression. Quand le soleil brillait dans le ciel, quand les arbres commençaient à fleurir, et que ses amis lui faisaient remarquer, pour Tég-ayer, ce réveil de la nature, il disait avec froideur et indifférence : « C'est de même chaque année, et toujours de même »... ^ » On ne peut se rassasier, a-t-il écrit quelque part, « d'admirer en soi-même une force qui ne recule devant aucune force de la nature »; c'est «. le point d'Archimède où la raison peut jixer son levier ». A Archimède, à Newton, à Colomb, ces grands philosophes se comparent superbement : ils croient découvrir l'Univers dans leur méditation.
Certains se sont plus mêlés à la vie, ont plus cherché à la transformer : un Bacon, un Leibiiitz, un Berkeley. « Je ne suis qu'un sonneur de cloche qui se lève le premier pour appeler les autres à l'église », a dit Bacon. — Or le philosophe d'aujourd'hui, qui a pris pleine possession et de son moi et de l'histoire, y trouve un ferme appui, mais pour agir : il doit agir sur la nature afin de mieux comprendre l'humanité, et sûr l'humanité afin de mieux conquérir la nature.