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Éthique, IV, xxvni

2. Voir Rnuh, Essai..., p. 36. Ibid. (pp. oS-80), voir la critique de Fouillée et, en général, l'exposé et la critique de la morale qu'il appelle naturaiisle el que nous appelons nioniste.

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attcnlive des faits moraux : on cherche à les dépasser de moins en moins ou de moins en moins arbitrairement. Il y a parmi les philosophes eux-mêmes, et non pas seulement parmi les amateurs, en quelque sorte, des choses morales, des représentants de la morale indépendante : ceux-là, par un travail critique ou empirique, s'appliquent à analyser exactement les faits. — Quand Rousseau poussait son cri fameux : « Conscience! conscience! immortel flambeau! »; quand, avec lui ou après lui, Ferguson, Hemsterhuis, Jacobi insistaient sur cette révélation immédiate et sûre de la conscience : « Pouvons-nous expliquer en vertu de quels principes les hommes préfèrent un caractère à un autre, ou éprouvent les fortes émotions de l'admiration et du mépris? S'il faut admettre que nous ne le pouvons pas, le fait en est-il moins vrai? ou bien faut-il suspendre les mouvements du cœur jusqu'à ce que ceux qui s'occupent de construire des systèmes scientifiques aient découvert le principe d'où procèdent les mouvements? Il est heureux, en ce cas comme en d'autres où s'exercent la spéculation et la théorie, que la nature suive son cours, tandis que les curieux sont occupés à la recherche de ses principes' », — tous ces moralistes du

1. Ferguson, dans Lèvy-Bruhl, la Philosophie de Jacobi, p. IjG. Cf. ce passage d'Hemsleiiiiiis cité par .M. Lévy-Briihl : •■ La philosophie reconiiail des bornes : celle qui prétend rendre raison de tout n'en mérite pas le nom.... Que m'importe d'où me vienne cette \o\\ intérieure qui me dit de ne pas faire à aulrui ce que je ne voudrais pas qu'on me fit"? ■> « Qu'est-ce que le bien"? dit Jacobi. — Chaque homme en a dans son cœur la révélation unique et immédiate » (p. 123). Cette morale du sentiment tend volontiers au monisme ou au mysticisme : <■ Le mysticisme n'est pas un système dogmatique, mais bien un état naturel de l'âme » Jacobi, Lettre à Stolberg, dans Angot des Rotours, la Morale du cœur, p. 67. Voir sur Rousseau, ibiil., pp. 32 sqq. " Je me suis souvent trouvé en faute sur mes raisonnements, jamais sur les mouvements secrets qui me les inspirent, et cela fait que j'ai plus de confiance à mon instinct qu'à ma raison.... Dans une âme honnête, les passions gardent encore le saint caractère de la vertu... » {Xoarelle Héloise, II, 18; I, 5). « Justice et bonté ne sont qu'un progrès ordonne de nos afTections primitives.... Tout le droit de la nature n'est qu'une chimère, s'il n'est fondé sur un besoin naturel au cœur humain » [Emile), — La spontanéité morale de l'homme est quelquefois désignée sous le nom de liberté. L'indépendance de la morale, ■• ou mieux encore son autonumie, consiste dans la nature du fait primitif qui la constitue, fait irréductible et exclusivement humain, la liberté, fait inséparable du milieu oii il se produit.... La personne humaine, la personne libre et responsable, la personne respectable et obligée

senliment préparaient, par l'imporlance ({u'ils donnaient à l'intuition, l'effort de Kant pour atteindre les ressorts intérieurs de la pratique morale, dans l'étude de ce qu'il appela la raison pratique '. — Et, d'autre part, les positivistes, en considérant avec une attention croissante les rapports du plaisir et du bonheur, de l'intérêt individuel et de l'intérêt général, en considérant même ces rapports dans l'évolution historique, ont préparé une étude objective de la moralité.

Kant, traduisant en abstractions l'impulsion du sentiment moral, insista plus qu'aucun moraliste ne l'avait fait sur le principe intime du devoir- faire. Il déclare qu'il y a une loi absolue, ou impératif catégorique, que la volonté se donne à . elle-même parce qu'elle lui est inhérente : et les diverses formules par lesquelles il exprime cette loi en font ressortir le caractère viii/iant. La volonté autonome agit dans la moralité de telle sorte qu'elle puisse se regarder elle-même comme dictant par ses maximes des lois universelles. Qu'on vivifiât dans la suite cette « raison » pratique, qu'on revînt à la volonté véritable dont la critique de Kant ne considérait que le squelette, cela était nécessaire : mais le caractère propre de la bonne volonté ne s'en trouvait pas moins défini par cette analyse.

Cependant, la psychologie expérimentale cherche à établir avec une précision toujours plus grande que « la sensation de plaisir se résout dans une sensation de puissance », que le plaisir et la douleur sont la manifestation d'élats dynamiques, et, d'autre part, que cette puissance, dont le plaisir est la révélation intime, résulle toujours, à des degrés divers, d'une unification : les satisfactions de l'appétit, du sentiment,

au 'respect, tel est le fondement de la morale, pris tout entier dans la

réalité Voir C. Coignet, la Morale indépendante: cf. le journnl publié

sous ce titre, 2.ï juillet 18G9.

1. « La méthode sera d'analyse, mais le principe est de sentiment. » Lévy-Bruhl, o/j. rii., Introd., p. 24. Le sentiment étant trop individuel. Kant cherche le principe d'où procède le sentinienl.

de la conscience morale, seraient, dans leur essence, identiques*.

Enfin, les sociologues qui se sont occupés particulièrement de la morale y ont vu l'expression variable de l'unité que constituent les individus, ou même de l'union (jui progresse entre les individus. Ils ont reproché aux utilitaires d'être de faux empirisles, dont « l'argumentation ne serait ni moins hâtive ni moins sommaire que celle des rationalistes; la maxime de l'utile n'a pas été obtenue plus que les autres à l'aide d'une méthode vraiment inductive. Mais le procédé des uns et des autres est le suivant : ils partent du concept de l'homme, en déduisent l'idéal qui leur parait convenir à un être ainsi défini, puis ils font de l'obligation de réaliser cet idéal la règle suprême de la conduite. Les difTérences qui distinguent les doctrines viennent de ce que l'homme n'est pas partout conçu de la môme manière.... Mais si l'inspiration varie, la méthode est partout la même -. » — Pour tel représentant d'une science inductive de la morale, toute société est une société morale en ce que les hommes s'y Henl les uns aux autres par une nécessité mécanique; et dans l'histoire des sociétés ils se lient de plus en plus par un progrès naturel : la morale « a pour fonction essentielle de faire de l'individu la partie intégrante d'un tout-^ », « la moralité consiste à être solidaire d'un groupe et varie comme cette solidarité », qui de mécanique devient peu à peu organique. — 11 est des sociologues qui, par crainte de s'élever trop vite à des généralisations et, d'autre part, dans la conviction que la psychologie est aux (( sciences de l'esprit » ce que les mathématiques sont aux sciences de la nature, s'attachent, après avoir réfuté les doctrines morales, à définir la science morale en tant que science de l'esprit : ils y voient l'étude des « forces

1. Bain, les É»ïoHons et la Volonté; Paulhan, les Phénomènes affectifs, U Activité mentale...; Richel, Féré, Binet, Beaunis....

2. DurUheini, de la Division du travail social, p. IS. Voir Belot, l'Utilitarisme et ses nouveaux critiques, Revue de met. et de mor., juillul IS'Jl.

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