‹ L'avenir de la philosophieChapitre 27 sur 265 · PRELIMINAIRES CLASSIFICATION DES SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES CLASSIFICATION DES SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES

Pour que la pensée fût capable d'atteindre la vérité, il faudrait que l'esprit ne fit qu'un avec la nature, la connaissance avec la réalité, le sujet avec l'objet. La philosopbie est possible, cela veut dire : le sujet et l'objet ne font qu'un; la philosophie est impossible, cela veut dire : le sujet est distinct de l'objet ou bien ne sait pas si, oui ou non, il en est distinct. Parmi les classifications philosophiques qu'on peut proposer, on n'en saurait concevoir de plus générale que celle qui oppose le dogmatisme et le scepticisme. — Il est évident, d'autre part, a priori, que le dogmatisme peut se présenter sous trois aspects différents : selon que le sujet est ramené à l'objet, ou que l'objet est ramené au sujet, ou enfin que le dualisme apparent se résout de quelque manière en imité : c'est le matérialisme, l'idéalisme ou le monisme. — Tous les systèmes, me semble-t-il, entrent aisément dans ces cadres : j'essayerai de le montrer, en suivant le cours de l'histoire, pour ceux qui se sont succédé depuis Descartes.

Limiter ainsi ma tache, c'est d'abord avoir plus de chances de l'accomplir avec exactitude ; mais je crois, au surplus,

qu'il est légitime de le faire. Il y a, eu effet, les systèmes d'avant et ceux d'après le doute méthodique : presque tous les historiens sont d'accord sur celle division essentielle.

La philosophie, chez les Grecs, est née de la conviction ingénue de l'unité des choses — c'est-à-dire de la toute-puissance de l'esprit : quand les contradictions des systèmes ont fait apparaître le scepticisme, il restait du dogmatisme jusque dans celte facilité avec laquelle les sceptiques anciens renonçaient à la vérité et se plaisaient à déprécier la science '. La pensée moderne, au contraire, est née, comme on l'a vu, de la conscience nette du problème à résoudre et du sentiment de la difficulté qu'il présente. Toutes les solutions anciennes se sont reproduites, et la même classification est applicable aux deux périodes : mais de ce que les modernes ont procédé plus méthodiquement, de ce que sceptiques et dogmatiques n'ont conclu qu'après un examen attentif de l'esprit, il est résulté des conséquences que les pages suivantes feront ressortir.

Ce n'est point une histoire, à vrai dire, de la philosophie moderne que je prétends tracer. Il y aura ici des lacunes voulues; rien ne sera donné au souci d'être complet, rien, à plus forte raison, à la curiosité et à l'anecdote. Dans le développement, la place de chaque philosophe dont je croirai devoir parler, autant que possible, sera mesurée sur l'importance logique et l'influence de sa pensée : je m'attacherai moins à découper des périodes, des écoles, des notices individuelles, qu'à rechercher le rapport des pensées, l'unité d'action et de mouvement. Chez les trois nations où la philosophie, depuis trois siècles, a été cultivée assidûment, et qui, agissant et réagissant l'une sur l'autre, ont mêlé leurs spéculations dans une collaboration intime, — la France, l'Angleterre, l'Allemagne, — je voudrais contempler l'effort suprême de la Pensée moderne. C'est l'esprit humain lui-

1. Carnéade pourtant est le plus moderne des philosophes anciens par une certaine part de psychologie et de critique.

même, où les philosophies jouent le rôle des idées qui luttent ou bien s'enchaînent dans un esprit particulier, que j'essayerai — selon la méthode — de suivre en sa plus haute activité : il n'est pas de spectacle plus attachant — plus dramatique et plus instructif à la fois '.

1. Si je néglige ici bien des philosophes de second ordre, pour les grands je laisserai tomber les menus détails de doctrine. — Il ne faudrait pas conclure de ces principes que les diverses philosophies vont être par moi construites, et chacune à part et dans leurs rapports. La pensée de tout philosophe a son mouvement, ses contradictions, — tantôt qu'il aperçoit, et il travaille alors à les faire disparaître, tantôt qui, de lui Inaperçues, apparaissent à d'autres, — ses virtualités enfin que les successeurs signalent en les développant. Chercher ce mouvement des pensées et de la Pensée, c'est tout autre chose que construire. Il ne faut point vouloir que chaque philosophie soit un système : mais il faut chercher comment les systèmes se formulent et se combinent à travers les philosophies.

Je donnerai dans les pages qui vout suivre des indications bibliographiques; je ne donnerai point des bibliographies complètes. — Le dessein même que j'ai formé m'obligeait à être aussi objectif que possible, à enregistrer les résultats ac(iuis, — lorsque les historiens s'accordent, — à confronter les interprétations — lorsqu'ils sont en désaccord. J'ai fait un dépouillement, tel (lue le temps et mes forces me l'ont permis, des principaux ouvrages, généraux ou particuliers, qui concernent Thistoire de la philosophie, des grandes revues, — surtout philosophiques ou scientifiques d'un intérêt général, — • des dictionnaires et encyclopédies. J'ai tâché, pendant mon travail, de me tenir au courant, surtout pour la France. Je voudrais n'avoir rien laissé de côté : mais il aurait fallu ne jamais finir. — Rien ne m'aurait été plus facile que d'allonger mes listes bibliographiques de titres nombreux, par exemple de ces brochures allemandes dont il existe des répertoires copieux et méthodiques. Il y aurait là un trompe-l'œil. Je n'ai voulu citer que les ouvrages que je connais et qui m'ont plus ou moins servi, lorsque je croyais nécessaire ou utile d'invoquer leur autorité.

Voici d'abord les auteurs d'ouvr;iges généraux que j'ai consultés, soit sur le détail, soit au moins sur les grandes lignes et les divisions de l'histoire : Tcnnemann, Erdmann, Ritter, Kuno Fischer, Diihring, Ueberweg-Heinze, \Vin(lelband,Falckenberg, HôlTding; deGérando,Renouvier, Cournot,Secrétan, Webcr. Fouillée, Papillon, de Roberty, Janet et Séailles; Hallam, Lewes. Pour l'histoire des sciences : Montucla, Cournot, Hoefer, Poggendorf, Papillon. J'indifiuerai chemin faisant les ouvrages qui traitent d'un seul pays ou d'une époque, d'une école, d'une doctrine spéciales. — Je laisserai parler le plus souvent possible, dans le texte ou au bas des pages, les philosophes euxmêmes, et je renverrai de façon précise aux textes dont je me suis servi.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE DEPUIS DESCARTESi

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