‹ L'avenir de la philosophieChapitre 81 sur 265 · IbiiL, p · texte numérisé non relu

IbiiL, p

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIir SIÈCLE. 131 morte, il n'en donnait d'autre preuve que son sentiment — fondé ici sur la tradition religieuse et cartésienne. Toute l'activité, toute la finalité de l'univers, il la reporte à Dieu : «Si la matière mue me montre une volonté, la matière mue selon de certaines lois me montre une intellig^ence * ». Mais une fois assuré qu'une volonté puissante et sage gouverne le monde, il renonce à des questions oiseuses. « Ce monde est-il éternel, ou créé? Y a-t-il un principe unique des choses? y en a-t-il deux ou plusieurs? et quelle est leur nature? je n'en sais rien; et que m'importe?" » « Il est certain que nous avons l'idée de deux substances distinctes; savoir l'esprit et la matière, ce qui pense et ce qui est étendu; et ces deux idées se conçoivent très bien l'une sans l'autre » ; il pourrait donc y avoir deux causes des choses, l'une vive et l'autre morte, l'une motrice et l'autre mue, l'une active et l'autre passive; ou bien une cause unique qui tirerait tout d'elle-même : mais s'il est difficile de comprendre la matière éternellement coexistante à Dieu, il ne l'est pas moins de comprendre la matière créée par l'esprit ', « J'aperçois Dieu partout dans ses œuvres, /e le sens en mol, Je le vois tout autour de tnoi ; mais sitôt que je veux le contempler en lui-même, sitôt que je veux chercher oii il est, ce qu'il est, quelle est sa substance, il m'échappe et mon esprit troublé n'aperçoit plus rien '. »

Comme Descartes lui-même, Rousseau, après avoir distingué deux substances, — dont l'une est inerte, — devait faire appel à Dieu pour mouvoir la substance passive et pour fonder l'unité des choses; mais impuissant à résoudre les problèmes que faisait naître sa conception dualiste du monde, après avoir posé Dieu, il en laissait retomber la notion dans le vague; il se contentait d'en faire l'Èlre suprême, le Grand

Page 1