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132 DE LA MÉTHODE POUR COiNDUIRE SA RAISON.
Être, qui existe dans les cieux qui roulent, dans la brebis qui
pait, dans l'oiseau qui vole, dans la pierre qui tombe, dans la feuille qu'emporte le vent', et dont la substance inexplicable
est à nos âmes ce que nos âmes sont à nos corps ^. Son sentiment, en réalité, allait à diviniser la nature. Qui ne connaît les admirables pages, et si neuves, où Rousseau a raconté sa vie solitaire, ses jouissances intimes à l'Ermitage et dans les bois de Montmorency, ce passage surtout où le divin des choses est si présent et si fuyant? « De la surface de la terre j'élevais mes idées à tous les êtres de la nature, au système universel des choses, à l'Etre incompréhensible qui embrasse tout. Alors l'esprit perdu dans cette immensité, je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas; je me sentais, avec une sorte de volupté, accablé du poids de cet univers; je me livrais avec ravissement à la confusion de ces grandes idées; j'arrivais h me perdre en imagination dans l'espace; mon cœur resserré dans les bornes des êtres, s'y trouvait trop à l'étroit; j'étouffais dans l'univers; j'aurais voulu m'élancer dans l'inlini. Je crois que, si j'eusse dévoilé tous les mystères de la nature, je me serais senti dans une situation moins délicieuse que cette étourdissante extase à laquelle mon esprit se livrait sans retenue, et qui, dans l'agitation de mes transports, me faisait écrier quelquefois : « 0 grand Etre! 0 grand Etre! » sans pouvoir dire ni penser rien de plus'\ » Voilà l'espèce de panthéisme lyrique où tendait Rousseau quand, au lieu de raisonner, il se contentait de sentir avec force la vie et l'harmonie universelles. Bien qu'il se soit séparé, et qu'il se distingue en effet, de la « coterie holbachique », il est peut-être moins loin de cer-