Ex. : Tous les corps sont pesants
pour voir si quelque courant ne l'a pas égaré dans sa roule malgré toutes les précautions que l'art peut lui enseigner' ». Il ne croit plus que l'on puisse remonter jusqu'à Dieu de cause en cause. Le principe de causalité ne vaut point dans l'ordre de la substance : mais le principe d'identité dépasse l'ordre logique; il appelle et il implique un être où le possible et le réel se fondent en une vivante unité. D'ailleurs, « s'il est nécessaire que l'on croie à l'existence de Dieu, il n'est pas aussi nécessaire qu'on la démontre ■ ». Les connaissances les plus indispensables ne dépendent point « de la finesse de quelques raisonnements subtils », elles apparaissent immédiatement au « bon sens naturel ». — ^ La critique de Kant peut s'enhardir : elle devra toujours s'arrêter aux principes sur lesquels repose la vie . D'avance , si décisive qu'elle devienne, elle est limitée par la foi. Le problème qui se pose à Kant est donc précisément de pousser la critique à l'extrême, sans, comme Hume, la pousser à l'absurde.
De plus en plus il réagit contre la méthode mathématique de Descartes et de Leibnitz — connu à travers Wolf. « Nous nous retrouvons maintenant, dit-il dans les Songes d'un visionnaire expliqués par les songes des métaphgsiciens '\ sur le sol bas de l'expérience et du sens commun; heureux si nous le regardons comme le véritable séjour que nous ne pouvons impunément quitter et qui contient tout ce qui doit nous suflire, tant que nous nous en tenons à l'utile. » Cette connaissance empirique, dont il fait ressortir l'étendue, il voit combien, dans le système de Hume, elle est inconsistante et précaire'; bien plus, il comprend qu'une inconséquence
1. Le seul fondement possi/jle à une démonslralion de l'exislence de Dieu (Harlenslein, t. II). Cf. La fausse subtilité des quatre figures du sylloe/isme démontrée, 17(52, et VEssai sur les grandeurs positives, 1763. Voir Kuno Fischer, et Noien, la Critique de Kant et la métaphnsique de LeiOnil:.
•2. Le seul fond, possible, etc., fin.
3. 1766; Ed. Harlenslein, 11, p. 376. Cf. Essai sur l'évidence des preiniers principes de la théologie naturelle et de la morale, 1704.
4. Dans le principe de causalité, ■■ le concept d'une cause emporte si évidemment celui de la nécessité d'une liaison avec un elTet... qu'il disparaîtrait
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIir SIÈCLE. loi peut seule, dans ce système, soustraire les mathématiques à la commune incertitude '; à plus forte raison trouve-t-il inconséquent le dogmatisme scientitique de Locke allié avec une théorie tout empirique de la connaissance : ce qui est empirique et a posteriori ne saurait être nécessaire et sûr. Cependant Kant ne saurait admettre que l'expérience soit sans valeur et la science sans solidité". — Il en vint donc par une longue suite d'eflforts" à concevoir, en quelque sorte, un empirisme a priori. S'il ne peut mettre en doute les principes qui dirigent l'esprit, c'est que ces principes constituent l'esprit même : ils ne sont pas une empreinte laissée par les phénomènes, mais une forme, au contraire, qui s'impose à eux. Sans doute, toutes nos connaissances commencent avec l'expérience — et voilà ce qu'il faut retenir de l'empirisme; mais elles n'en procèdent pas toutes — et voilà ce qu'il faut lui opposer. Non seulement tous les jugements analytiques, mais un grand nombre de jugements synthétiques, qui sont nécessaires et universels, sont a priori, La science existe, c'est donc qu'elle est possible; et elle n'est possible que parce qu'il y a de^ Jugements sijJilhétiques a priori : inathématiques, physique et métaphysique ont été produites par une combinaison
complèlemenl si, comme le fait Hume, on voulait le dériver de la fréquente liaison de ce qui suit avec ce qui précède, et de l'iiabilude (par conséquent de la nécessité purement subjective) d'associer les représentations que nous acquérons par là ». Introd. à la Cril. de la R. pure, 7; cf. Inlrod., 22, Crit., 142, 143, t)01, 901 (trad. Tissot, 3* édit., qui suit la 2* édit. de Kanl et indique les différences avec la T"); Crit. de la R. pratique, pre'f- (lin), analytique, chap. I et II.
1. « Hume lui-même n"a pas rendu l'empirisme assez universel pour y faire rentrer aussi la mathématique.... L'empirisme de Hume mène inévitablement aussi au scepticisme, même par rapport à la mathématique.... » Crit. de la R. prat., pp. 18, 90, trad. Picavet.
2. « La dérivation empirique dans laquelle ces deux philosophes sont tombés ne peut se concilier avec la réalité des connaissances scientifiques a priori que nous avons des mathématiques pures, ni avec celles de la Physique générale; elle se trouve par conséquent réfutée par le fait. » Crit. de lu R. pure, 142.
3. De la forme et des principes du inonde sensible et intelliyible (latin), 1770; Critique de la Raison pure, 1781, 2" éd., 1787; Vrolégumènes..., 1783, ouvrage plus populaire, mais oii l'on a cru démêler deux rédactions, la seconde s'adressant aux philosophes qui n'avaient pas compris la Critique. Voir la trad. nouvelle, Hachette, 1891, note critique.
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de ia connaissance pure, de quelques données fondamentales,
avec Texpérience.
Voilà le point de vue original d'où Kant renouvela la critique. Il la renouvela en effet, il ne la fonda point. On ne saurait dire qu'il la pratiqua plus consciemment que Descartes, Locke ou Hume : il la pratiqua autrement. Avant lui déjà on avait remarqué que la marche de la science est d'abord dogmatique, « c'est-à-dire sans examen préalable de la puissance ou de l'impuissance de la raison ». « Dans la passion d'étendre ses connaissances, la raison abusée... croit voir le champ de Tinfini s'ouvrir devant elle. La colombe légère, lorsqu'elle fend d'un vol rapide et libre l'air dont elle sent la résistance, pourrait croire qu'elle volerait mieux encore dans le vide. C'est ainsi que Platon, dédaignant le monde sensible, qui tient la raison dans des bornes si étroites, se hasarde par delà, sur les ailes des idées, dans l'espace vide de l'entendement pur... * » : il faut donc, avant tout, que la raison se connaisse elle-même. De constatations semblables d'autres avaient tiré semblable conséquence. Mais la critique de Descartes, insuffisante, laissait trop vite le dogmatisme reparaître; mais la critique de Locke, exagérée, devait aboutir avec Hume au scepticisme absolu -. Kant créa, sous le nom de critique transcendantale, une critique nouvelle qui reconnaissait le rôle de l'expérience dans le savoir, mais qui, à titre de faits positifs, reconnaissait aussi des données supérieures à l'expérience, cadres universels de celle-ci et conditions de son intelligibilité ". Avant Kant, on parlait de