Voir Caro, GœL/ie, p. 4r
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIir SIÈCLE. 149 mesure », il croit à un Dieu auteur du monde '. Les besoins religieux et moraux, la préoccupation scientifique, le désir de concilier la science et la conscience, et bientôt celui de faire sa part à la critique tout en lui résistant : voilà les dispositions dans lesquelles Kant a accompli son long travail intérieur ■.
C'est par Hume, comme il l'a reconnu, qu'il fut tiré de son sommeil dogmatique^ : dans une série d'essais, pendant plus de vingt ans, le génie critique, éveillé en lui désormais, se manifeste en résolvant des difficultés successives \ - Kant, à l'exemple de Hume, se met à étudier l'entendement; il commence par distinguer, comme lui, deux sortes de connaissances : les jugements analijtiques, ou explicatifs, et les jugements s!/))t/iétiques, ou exlensifs. Par les uns% qui dépendent du principe d'identité, l'esprit ne fait que formuler dans l'attribut ce que le sujet renfermait implicitement; par les autres \ dans l'attribut une qualité nouvelle est rapportée au sujet. Les uns sont a pi'iori, mais ils n'apprennent rien véritablement; les autres sont seuls vraiment instructifs, mais ils sont a posleriori. Kant proteste, en conséquence, contre l'abus de la méthode a priori : il faut moins déduire et plus observer. La métaphysique lui devient suspecte : « elle est un sombre océan sans bords et sans phare : on n'y doit avancer que comme fait le navigateur sur une mer inexplorée, contrôlant sa marche à chaque terre nouvelle qu'il rencontre,
1. llisl. générale de la nature et théorie du ciel, ou essai sur la f'ormantio et Vorigine mécanique du système du inonde d'après les principes de Newton, 17oo. (I^^d. Hartenstein, t. I; traduit à la suite de : les Théories cosmogoniques, par Wolf.) — Sur les rapports de Kant et de Newton, voir iNolen, Rev. phiL, 1879, et Andler et Chavannes, préface à la trad. des Premiers Principes met. de la Scieiice de la Nature.
2. Sur l'inlluence de Schullz, lùétiste, et de Knulzen, qui lui lit connaître Newton, voir Nolen, i/jid.
3. Voir, sur l'influence de Hume en Allemagne, Dict. des Se. p/iil., art. Hume par C. Bariholmèss.
4. Le 27 juillet 1759, Hamann, dans une lettre, l'invite à lire Hume. En 1762 et 1764, il commente Hume dans son cours. La V éd. de la Critique de la Raison pure est de 1781. Voir sur Hume la préf. des Prolégoniènes.