‹ L'avenir de la science, pensées de 1848Chapitre 7 sur 15 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

l'art seront toujours représentés dans l'humanité par un niagistère, par une minorité, gardant la tradition du vrai, du bien et du beau. Seulement, il faut éviter que ce magistère ne dispose de la force et ne fasse appel, pour maintenir son pouvoir, à des impostures, à des superstitions.

Il y avait aussi beaucoup d'illusions dans l'accueir que je faisais, en ces temps très anciens, aux idées socialistes de 1848. Tout en continuant de croire que la science seule peut améliorer la malheureuse situation de l'homme ici-bas, je ne crois plus la solution du problème aussi près de nous que je le croyais alors. L'inégalité est écrite dans la nature ; elle est la conséquence de la liberté ; or la liberté de l'individu est un postulat nécessaire du progrès humain. Ce progrès implique de grands sacrifices du bonheur individuel. L'état actuel de l'humanité, par exemple, exige le maintien des nations, qui sont des établissements extrêmement lourds à porter. Un état qui donnerait le plus grand bonheur possible aux individus serait probablement, au point de vue des nobles poursuites de l'humanité, un état de profond abaissement.

L'erreur dont ces vieilles pages sont imprégnées,^ c'est un optimisme exagéré, qui ne sait pas voir que le mal vit encore et qu'il faut payer cher, c'est-à-

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dire en privilèges, le pouvoir qui nous protège contre le mal. On y trouve également enraciné un vieux reste de catholicisme, l'idée qu'on reverra des âges de foi, où régnera une religion obligatoire et universelle, comme cela eut lieu dans la première moitié du mo^'en âge. Dieu nous garde d'une telle manière d'être sauvés! L'unité de croyance, c'est-à-dire le fanatisme, ne renaîtrait dans le monde qu'avec l'ignorance et la crédulité des anciens jours. Mieux vaut un peuple immoral qu'un peuple fanatique; car les masses immorales ne sont pas gênantes, tandis que les masses fanatiques abêtissent le monde, et un monde condamné à la bêtise n'a plus de raison pour que je m'y intéresse; j'aime autant le voir mourir. Supposons les orangers atteints d'une maladie dont on ne puisse les guérir qu'en les empêchant de produire des oranges. Cela ne vaudrait pas la peine, puisque l'oranger qui ne produit pas d'oranges n'est plus bon à rien.

Une condition m'était imposée, pour qu'une telle publication ne fût pas dénuée de tout intérêt, c'était de reproduire mon essai de jeunesse dans sa forme naïve, touffue souvent abrupte. Si je m'étais arrêté à faire disparaître d'innombrables incorrections, à modifier une foule de pensées qui me semblent maintenant exprimées d'une façon exagérée, ou qui

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