MON IMPRUDENCE
En présence de cette assemblée, aussi nombreuse que distin guée, je suis forcé de regretter l’imprudence que j’ai commise quand j'ai accepté la tâche honorable, mais diflicile, de traiter, surtout dans les circonstances, un Sujet aussi délicat qu’impor tant.
Vous voudrez bien n'être point trop sévères à l’égard d’un homme du passé, qui ose parler de l’avenir ; et si, après m'avoir entendu, les jeunes gens, citoyens de demain, jugent mon travail trop incomplet et trouvent que je n’ai pas sondé l’avenir d’une manière exacte, mais soulevé simplement le voile qui cache nos destinées, ils pourront, de leurs bras vigoureux, compléter mon travail et, en déchirant ce voile, que je n’aurai fait que soulever, ils auront exercé un droit et accompli un devoir, — droit précieux que possèdent tous les citoyens de réclamer leur part de liberté et de choisir le gouvernement qui leur convient ; devoir sacré qui oblige tous les hommes de cœur de travailler pour réaliser les aspirations légitimes de leur pays et d’apporter leur pierre pour assurer la construction de l’édifice national.
Oui, jeunes amis, qui me faites l’honneur de m’écouter, vous êtes les citoyens de demain, et conséquemment l’espérance de la patrie. C’est à vous surtout que nous, les anciens, confions la tâche commencée et pour laquelle nous avons déjà fait bien des sacrifices. Que votre patriotisme vous inspire le dévouement nécessaire aux grandes luttes qui se préparent ; que ce patriotisme vous dépouille de l’esprit de parti qui étouffe tant de sentiments généreux ; soyez de votre pays avant d’être d’un parti; soyez Canadiens avant d’être libéraux ou conservateurs ; réparez les défaillances qui nous affligent dans ces temps malheureux, et n’écoutant que la sublime ardeur de la jeunesse, réalisez les aspirations nationales, et aidez-nous à donner à notre pays, sous le soleil des nations, la place qui lui appartient.