‹ L'avenir du Canada [microforme]Chapitre 3 sur 76 · COMMENT JE VAIS TRAITER MON SUJET · texte numérisé non relu

COMMENT JE VAIS TRAITER MON SUJET

Je n’ai guère besoin de vous dire que je me propose de traiter mon sujet librement, sans crainte et sans faiblesse, mais aussi, sans haine pour la mère-patrie et avec tout le respect que mérite l’une des plus grandes nations du monde.

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Je suis français par mon origine, par mon éducation et par mes sentiments, mais je ne suis pas un anglophobe. J’admire les Anglais et j'aime les Anglaises, je dois l’avouer, pas tout à fait autant cependant que les Canadiennes et les Françaises et peut- j u’impor être moins, aussi, que les Américaines ; mais l’Angleterre me laisse |

| assez indifférent, presque froid, J’admets qu’elle nous à fait du

id din bien mais je crois qu’elle nous a fait plus de mal que de bien et snioves | que si nous avons prospéré, nous surtout, les Canadiens-français, : ce n’est pas de sa faute, Nous avons contribué pour beaucoup à

DA la fortune de ses marchands et de ses manufacturiers, comme nous ache nos 1 "018 toujours payé généreusement les gouverneurs qu’elle nous a Pr + envoyés. Si quelques-uns de ceux-ci nous ont insultés et ont dit Ha OU ? que nous étions d’une race inférieure, nous ne leur avons Jamais À jeté des œufs pourris, comme les torys anglais l’ont fait à Lord Elgin,

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eu F quand il eut, en gouverneur constitutionnel et suivant l’avis de ses dr dovotr É ministres, sanctionné le bill d’indemnité de 1849. Ce sont ces ] s pour | mêmes Anglais qui ont brûlé le parlement parce que la majorité iréer our D des députés avait adopté cette loi. Les Canadiens-français, plus

* dignes et moins portés aux mesures de violence, ne‘songent pas à

bruler le parlement fédéral, dont la majorité refuse de rendre juster, vous À A : { Ù dde | tice aux catholiques du Manitoba, comme ils n’ont pas songé, dans ] a AT . . . .

bit: à les mauvais jours de notre histoire, à jeter des œufs pourris aux a x : ae :

bien. d ; gouverneurs anglais qui envoyèrent en exil ou à l’échafaud les noes à HR bles patriotes de 1837.

F n . . . . « triotis Ainsi, tous comptes tirés, nous ne devons rien à l’Angleterre, ; me ‘ pe h et nous pourrons, au besoin, nous séparer d’elle, quand la majorité, ntiments : ‘ régulièrement consultée, le voudra, sans remords de conscience,

ti: soyez ‘ pare : sans déchirements de cœur et même sans verser de larmes. z les

reux, et :

les aspi- UNION DE 1841 ET CONFÉDÉRATION sous le Nous conserverons, cependant, un bon et respectueux sou- . venir des Anglais qui nous ont montré des sympathies et qui ont « fait des déclarations propres à nous encourager à demander notre 4 indépendance, de quelques-uns de nos gouverneurs, qui ont été justes e traiter à à notre égard et se sont montrés dignes de la haute position qu’ils

SS1, Sans 1 occupaient. Et, surtout, de l’illustre femme qui règne sur l’em-

te l’une « pire Britannique depuis au delà dé cinquante ans et qui s’est . montrée dans toutes les occasions une reine véritablement consti-

et

tutionnelle, que l’histoire regardera à juste titre, comme l'honneur de son sexe et l’une des plus nobles figures des temps modernes.

Quand je dis que nous ne devons rien à l’Angleterre, je parle au point de vue politique, car je suis convaincu—et je mourrai avec cette conviction—que l’union du Haut et du Bas-Canada ainsi que la confédération, nous ont été imposées dans un but hostile à l’élément français et avec l’espérance de le faire disparaître dans un avenir plus où moins éloigné. Mais, pour être tout à fait juste à l’égard des Anglais, je dois ajouter qu’ils nous ont fourni des capitaux considérables pour exécuter nos grandes entreprises. Il est bien vrai que ces capitaux nous étaient prêtés, et à des taux d'intérêts assez élevés ; il est bien vrai aussi que les capitalistes anglais considéraient ces placements comme si sûrs, qu’ils ne manquèrent point de protester de toutes leurs forces, lorsqu'il fut question de les payer, par anticipation, cent sous dans la piastre, afin de diminuer les intérêts de notre dette en la consolidant, De sorte que, quand je dis que nous ne devons rien à l’Angleterre, je suis dans la vérité, avec les explications que je viens de donner.

D'ailleurs, les Anglais n’ont pas fait plus que les Français sous ce rapport. Ces derniers ont prêté à la province de Québec plus de $4,000,000 en 1880, 83,500,000 en 1888, #4,000,000 en 1891 et ils nous auraient prêté 36,000,000 de plus, si nous avions voulu leur payer le taux d’intérêt que nous payons aux Anglais, c’est-àdire 5 p.c. Et, comme question de justice, je tiens à constater que sous ce rapport, les Français nous ont mieux traités que les Anglais, puisqu'ils se sont contentés de 44 p.c. et 4 p.c. sur les capitaux qu’ils nous ont prêtés, au lieu que les Anglais n’ont jamais voulu accepter moins de 5 p.c.

Sans vouloir récriminer, mais uniquement dans le but de bien faire comprendre aux hommes raisonnables, de n’importe quelle race ou croyance religieuse, que l’élément français n’a pas reçu de l’Angleterre toute la considération qu’il méritait et toute la justice qui lui était due, permettez-moi de revenirsur ce que je disais tout à l'heure au sujet de l’union de 1841 et de la confédération de 1867.

En 1841, le Bas-Canada avait une population beaucoup plus nombreuse que celledu Hautet non seulement il n'avait pas de dettes, mais il avait même en caisse des économies relativement considérables. L’Angleterre imposa l’union aux Bas-Canadiens, malgré

leurs protestations, et ne leur donna qu’un nombre de représen.

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À tants égal à ceux du Haut-Canada, quand la population de celui-ei était moins considérable, et enfin jeta dans la caisse commune du € Canada-Uni les économies dun Bas-Canada, comme compensation des

cinq ou six millions de dette que le Haut-Canada apportait avec lui dans l'union. Ce sont là des faits très graves, qui ne constituent

| pas seulement une injustice on une violation ordinaire des prin- ‘ cipes de l’équité ; ils vont beaucoup plus loin, et comme pensée et comme résultat. C'était une pensée hostile aux Bas-Canadiens, un

désir évident de leur nuire et, comme résultat, l’ Angleterre a

ises. Il “affaibli le Bas Canada et l’a mis dans un état d’infériorité qui était les taux inévitable, d’ailleurs, à la suite d’un acte de spoliation si mani, bitalistes € feste et si criant.

neman- * Quant à la confédération, personne ne peut nier, car c’est de ut ques- € l’histoire, qu’elle nons fut imposée sous la forme fédérative, mais

e, afin de qu’elle n’était en réalité, dans l’esprit de ses auteurs et dans la Je sorte centralisation qui y domine, que la véritable union législative reje Suis 4 commandée par lord Durham comme propre à faire disparaître . 1 notre race. Au lieu d’être souveraines, comme les Etats sont sou-

Français 1 verains dans la république voisine, nos provinces ont cédé la sou- Québec "M veraineté qu’elles possédaient avant 1867, pour ne garder que la en 1891 : dépendance vis-à-vis du pouvoir central. Les millions de revenus

as voulu M que recevait annuellement le Bas-Canada ont été engouffrés dans

, C’est-à- la caisse fédérale, où ils ont servi à enrichir les autres provinces

onStater sous toutes les formes et sous tous les prétextes. Mais, ce qui s’est que les passé de plus odieux, pardonnez-moi l’expression, c’est l’inégalité sur les dans la représentation, qui nous à été imposée parce que le Hautis n’ont ? Canada avait alors une population plus nombreuse que la nôtre et

. malgré que, lors de l’union, en 1841, l’égalité de la représentation de bien * eût été maintenue, quand c'était nous qui avions la majorité.

> quelle Voilà des ‘aits qui ne peuvent être oubliés et qui justifieraient reçu de mieux l'indifférence que nous laisse l’Angleterre, que ces cris 8i justice ridicules à la déloyauté que poussent certains anglais, lorsqu'ils ais tout + nous voient chercher à améliorer notre sort et parler de l’indépene 1867. à dance ou de l’union politique avec les Etats-Unis. isnomdettes, à LES ANGLAIS EN 1849 ais À Les signatures qu’on litau bas du manifeste annexionniste de malgré + 1849 sont aux neuf-dixièmes les signatures d’anglais, dont la plus présen. | grande partie sont nées dans le Royaume-Uni, et tout le monde sait

si CO 'en

que ce mouvement, qui fut appelé déloyal dans le temps, a en pour

résultat le traité de réciprocité avec les Etats-Unis, traité qui favorisa à un si haut degré le commerce des négociants anglais et écossais. Sans vouloir faire injure à mes compatriotes d’origine anglaise, les priant, au contraire, de ne prendre que dans son sens le plus sympathique l’expression que je vais employer, je dis que la loyauté est une chose bien relative aux circonstances et au pays auquel elle est censée être due ; et si les anglais de 1849 ont cru que leur loyauté devait céder devant leur intérêt, pourquoi seraient-ils scandalisés et crieraient-ils à la trahison si je suis d'avis que notre loyauié doit céder aux intérêts généraux du pays ?

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