AUTONOMIE DES LÉGISLATURES LOCALES
À part ces avantages matériels, l’union politique avec les Etats-Unis nous en procurerait aussi de considérables au point de vue moral.
Ainsi que je l’ai déjà exposé, la constitution de 1867 renferme des lacunes ou des ambiguités qui ont été une cause de conflits constants entre le pouvoir fédéral et les autorités provinciales. Le système fédératif n’a été adopté que dans le but de dorer la pilule et d’obtenir par ce moyen le consentement du Bas- Canada à ce changement radical ; mais le but réel que Sir John MacDonald et le parti tory voulaient atteindre, c'était l’union législative, telle que recommandée par Lord Durham et destinée à nous noyer, ou plutôt à nous faire disparaître comme race distincte.
Pour cela, on a atténué autant que possible les attributions des législatures provinciales, on les a pour ainsi dire mises dans la dépendance absolue du parlement fédéral. Pour atteindre ce but, on a procédé à l’inverse des auteurs de la constitution améri-
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caine, qui assure aux Etats une indépendance complète du pouvoir fédéral, faisant par là même disparaître tout sujet de conflit.
En entrant dans l’union américaine, chaque province du Canada deviendrait donc virtuellement indépendante et s’assurerait d’une manière absolue cette autonomie que nous n’avons pas encore pu arracher de haute lutte aux hommes qui nous gouvernent à Ottawa.
La constitution américaine, en effet, assure aux Etats l’autonomie, l'indépendance la plus complète. Là, pas de conflits en matière législative, pas d’empiétements du pouvoir central sur le domaine des législatures locales. L’histoire de nos voisins n’offre aucun exemple de ces conflits d'autorité qui, dans notre pays, nous tiennent constamment en agitation, épuisent en de vaines luttes l'énergie et l’activité que nous pourrions autrement consacrer aux affaires.
Il semble que la providence nous ait voués fatalement à la lutte. Sous la domination française, c’était la lutte contre la bar. barie et les empiétements des colonies anglaises ; dans la première partie de la domination britannique, c’était la lutte contre l’arrogance et latyrannie du conquérant, qui voulait supprimer l’usage de votre langue et l’existence de la plupart des institutions dont le maintien.avait été garanti par la capitulation et les traités ; plus tard ce fut la lutte pour la conquêce de la liberté et du gouverne. ment responsable. Il y eut trève après les événements de 1837 ; mais l'agitation recommença bientôt sur la question de la représentation, qui porta l’excitation au point de rendre le gouvernement presque im possible.
Sous prétexte de mettre fin à cette agitation, on nous a imposé la confédération, avec promesse que ce régime mettrait à l’abri de toute atteinte préjudiciable notre langue, notre religion et toutes les institutions qui font de nous une nationalité distincte, enfin, qu'il nous assurait comme province une autonomie complète.
Cette promesse n’était qu’une tromperie. Qui niera que depuis 1867, surtout depuis quelques années, la lutte n’ait été aussi nécessaire, aussi vive qu'avant pour conserver notre autonomie, objet d’empiétements continuels de la part du pouvoir fédéral ?
Et il en sera ainsi tant que nous serons colonie anglaise, tant que le gouvernement du pays sera entre les mains d’hommes publics anglais, s’efforçant de donner suite à la politique tracée dans
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le fameux rapport de Lord Durham—politique dont le point capital est de noyer, d’anéantir la race française.
Sous le régime américain, ces luttes n’auraient plus leur raison d’être : c’est peut-être, au point de vue des'Canadiens-français, un des plus forts considérants qui puissent nous induire à accepter l’union politique avec les Etats-Unis.