‹ L'avenir du Canada [microforme]Chapitre 36 sur 76 · INFLUENCE AUGMENTÉE · texte numérisé non relu

INFLUENCE AUGMENTÉE

En entrant dans cette union, nous trouverions là bas plus d’un million de Canadiens dont la cause serait commune avec la nôtre. Ce serait un appoint considérable à notre influence politique. Nous serions, assurément, assez nombreux pour nous faire respecter et comme chez les Américains, les préjugés de race et de religion sont inconnus, nous participerions à l’administration, aux empiois publics, même à Washington. Nous aurions peut-être la satisfaction de voir quelques-uns de nos compatriotes remplir en France, par exemple, les positions honorables de consuls et d’agents diplomatiques. Bien que certains Anglais se plaisent à nous proclamer une ‘‘ race inférieure”? je crois que notre race est sous tous les rapports l’égale de celles qui nous entourent et je suis convaincu que si nous pouvions, un bon jour, nous dégager du lien colonial qui nous attache au rocher, nous prouverions au monde que nous sommes capables d’arriver aux plus hautes positions sociales ou politiques et de les remplir aussi bien que ceux qui nous ont si injustement décretés d’infériorité.

Nous avons la satisfaction de pouvoir dire que si Sir Edmund Head a déclaré que les Canadiens-français sont une race inférieure, Lord Dufferin, son supérieur de cent coudées comme intelligence, a exprimé une toute autre opinion sur notre compte, quaad il disait en bon français à Windsor, le 18 août 1874, en réponse à l’adresse de la Société St Jean-Baptiste :

‘: J’ai écouté avec une satisfaction toute particulière l’adresse que vous m'avez fait l’honneur de me présenter. Je suis bien convaincu que nulle part dans la Puissance Sa Majesté n’a de sujets plus loyaux, plus fidèles et plus intelligents que ses sujets de race française et je me réjouis de l’occasion qui m'est donnée d'exprimer mon estime et mon respect pour les représentants de

ces héroïques pionniers, à la hardiesse desquels nous devons, en grande partie, l’héritage dont nous jouissons,

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‘C’est une chose des plus étonnantes que ce coup. d’œil avec lequel les ehefs des premières expéditions françaises discernèrent comme par inspiration sur leur route chaque endroit avantageux, chaque position convenable, soit pour leur défense soit pour leur commerce. Ils choisirent avec une telle sagacité ls sites pour la construction de leurs forts et pour la fondation de leurs établissements, que les générations suivantes ne purent faire de meilleurs choix. (C’est pour cela que presque chaque cité importante, dans les vallées du Missisipi et du Saint-Laurent, doit son origine à un fondateur français.

‘ Mais ce n’est pas à un seul titre que nous sommes obligés envers la race française. Il ne faut pas oublier que c’est à son élévation d’esprit, à Son amour de la liberté et à son exacte appréciation des droits civils contenus en germe dans la constitution primitivement accordée par l’Angleterre au Canada, que nous devons le développement de cette autonomie parlementaire dont le pays est fier à si bon droit; et je puis vous assurer qu’aux yeux d’un anglais, il y a peu de choses plus agréables à observer que la dignité, la modération et l’habileté politique avec lesquelles les hommes publics français du Canada aident leurs collègues anglais à appliquer et à faire fonctionner ces grands principes de droit et de pratique constitutionnels, qui sont la base du gouvernement libre de ce pays.

‘© Messieurs, j’ai toujours considéré comme du meilleur augure li collaboration de la race française dans le Canada; cette race qui à contribué si puissamment à civiliser l’Europe, ne peut manquer de suppléer et de corriger de la façon la plus heureuse les qualités et les défauts considérés inhérents au Jonn Bull traditionnel ; d’un autre côté, on me pardonnera, si comme anglais, j'espère que nous pourrons lui rendre le même service. Avec la générosité, l'esprit d'invention, l'élan, la grâce, la délicatesse, la précison du

jugement et la finesse artistique du français, avec le flegme et le

tempérament britanniques, on peut dire que nous réunissons les éléments qui gouvernent en grande partie le monde moral et le monde physique.’

Ces paroles si vraies, qui nous vengent si bien de l’insulte que nous lançait entre deux verres de vin, devant les orangistes, Sir Edmund Head, à Toronto, ont eu leur récompense, car Lord Dufferin a obtenu depuis les postes les plus importants. Après

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avoir été vice-roi des Indes, ambassadeur à Rome, il représente aujourd’hui l’Angleterre à Paris, au centre de cette grande famille française, dans un milieu propre à le convaincre qu’il a eu raison de parler ainsi de la race française.

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