‹ L'avenir du Canada [microforme]Chapitre 48 sur 76 · PAR NÉCESSITÉ · texte numérisé non relu

PAR NÉCESSITÉ

Je crois avoir démontré suffisamment que le séatuo quo est devenu impossible et que le moment de la séparation est arrivé. C’est l’avis de beaucoup d’hommes éminents, notamment de l’hon, M. Longley, procureur-général de la Nouvelle-Ecosse, qui écrivait, il n’y à pas longtemps dans le Lake Magazine : ‘ Pour moi, il est clair que l’état de choses actuel ne peut pas et ne doit pas durer.??

Et l’honorable M. Chapleau, plus tard ministre de la couronne et aujourd’hui lieutenant-gouverneur de cette province, certainement un de nos Canadiens les plus distingués, n’a-t-il pas dit ce qui suit en 1867 ?

‘ Augmenter notre population, voilà de fait quel doit être un des grands objets de notre politique pour la conservation de notre autonomie, pour la conquête de notre indépendance et pour faire de nous un grand peuple, dans un avenir peu éloigné.??

Avant lui un autre député conservateur, anglais de naissance, avait introduit cette question de l’indépendance dans le parlement canadien. En effet le Col. Prince, député d’Essex, avait présenté en 1850 une requête, qu’il disait signée ‘ par un grand nombre de Canadiens respectables ?”’ et ‘‘ priant la Chambre de transmettre une adresse à Sa Majesté demandant que le Canada fût relevé de sa dépendance et qu’il lui fût permis de devenir un Etat souvevain.’ Parmi les députés qui votèrent en faveur de cette requête, figurent MM. Malcolm Cameron, Benjamin Holmes, Jacob DeWitt, John MeConnell, député de Stanstead, J. S. Sanborn, député de Sherbrooke et plus tard juge.

Dans son histoire—Canada Since the Union of 1841—M. Dent constate que la confédération ‘‘ a donné naissance à une impulsion qui s’est transformée rapidement en aspirations à une existence nationale,’’ Après avoir parlé du parti qui s’est formé il y a une quinzaine d’années à Toronto sous le nom de Canada First, il ajoute :

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‘ Cependant, la semence était jetée et depuis l’esprit national] s’est constamment répandu dans tout le pays, principalement parmi les jeunes gens—c’est-à-dire la génération qui a inévitablement en mains les destinés du Canada. Tous les hommes qui pensent sont unanimes Sur un point—c'est que les relations qui existent actuelle. ment entre le Oanada et la Grande-Bretagne ne peuvent pas être perma. nentes. Des modifications à cet état de choses sont inévitables. Il s’é. coulera peut-être plusieurs années avant qu’il devienne nécessai. re de prendre pratiquement cette question en considération, mais il est hors de doute que ce temps viendra .... L'idée de l’indépendance semble avoir pris des racines profondes dans le Jeune Canada. ??

L'opinion de M. Dent a été corroborée par le Club des Jeunes Conservateurs de Montréal, où la proposition suivante a été discu. tée en 1890 :

‘€ Proposé par F. E. Villeneuve, A. Fiset, secondé par Maurice Chevalier :

‘ Attendu que les députés de la Chambre des Communes du Canada ont voté récemment à Sa Majesté la Reine une adresse affirmant les sentiments du peuple canadien en faveur du lien colonial et protestant, pour l’avenir, contre tonte idée de séparation de l’Angleterre :

‘ Qu'il soit résolu que les membres du Club Conservateur de Montréal considèrent que la dite adresse à Sa Majesté est inopportune, qu’elle est de nature À nous causer le plus grand détriment, en mettant l’Angleterre sous l’impression que nous sommes prêts à embrasser toutes ses querelles ;

‘© Que tout en professant une vive admiration pour les institutions britanniques, les membres de ce club désirent ardemment voir le Canada indépendant, prendre bientôt sa place au milieu des nations, libre de toute entrave et de toute domination et prêt à remplir les destinées brillantes auxquelles l’a convié la Provi. dence.??

Votes en faveur : 25.

Votes contre : 27.

Cette résolution discutée au Club des Jeunes Conservateura de Montréal est d’autant plus importante qu’elle contient une protestation contre celle des chefs du parti à Ottawa et paraît être une Confirmation de résolutions semblables adoptées à plusieurs reprises par le Club National et le Club Letellier, à Montréal.

Le 23 janvier dernier M. Edgar, député d’Ontario-Ouest, un de nos hommes politiques les plus remarquables sous tous les rapports, adressait à ses électeurs une lettre qui se termine comme suit

‘* Un mot quant à notre avenir national.

‘* En dehors de toute considération économique et matérielle, il y a dans le cœur de tous les Canadiens nés dans ce pays le rêve que nous prendrons un jour notre place au rang des nations. Je considère que le travail qui doit se faire dans ce but constitue le devoir et le privilége des hommes publies du Canada, Tous les Anglais patriotes et tous les citoyens américains patriotes nous respecteront davantage si nous prenons cette position, que si nous persistons à nous laisser absorber soit dans la fédération impériale Soit dans une union fédérale avec les Etats-Unis. Mon opinion, c'est qu'il ne s'écoulera pas beaucoup d'années avant que nous avons notre indépendance, Celle-ci ne naîtra pas dans la haine de l'Angleterre et elle ne «era pas baptisée dans le sang de nos ireres, Comme pays indépendant, avee son autonomie garantie par l'Angleterre ef les Htats-Unis, le Canada serait une cause de force pour la mère-patrie en même temps qu'un milieu et un pacte qui uniraient la puissante race anglo-saxone, laquelle domine aujourd'huïi le monde.”

Ceux qui sont d'opinion que le s{atu quo doit cesser bientôt se trouvent comime moi en face de deux problèmes—l'indépendance où l’union politique avec les Etats-Unis.

Je soumets respectueusement, comme proposition indiscutable,

que ceux qui sont en faveur de l'union politique doivent être aussi

en faveur de l'indépendance, qui s'impose comme condition nécessaire pour arriver à leur but, Je ne dis point—et je veux qne l’on me couprenne bien—que l'indépendance conduit nécessairement à l'union politique avec les Etats-Unis, car l'indépendance du Canada peut être permanente et son état définitif; mais je dis que ceux qui préfèrent lPunion politique avec les Etats-Unis à tout autre système doivent favoriser l'indépendance comme étant le seul moyen propre à leur permettre d'atteindre leur but.

Je vais esswyer de démontrer cette proposition.

L'union avec les Etats-Unis ne peut se faire que de deux manières —ou par conquête ou par traité.

La conquête du Canada par les Etats-Unis est hors de question pour plusieurs raisons que tout le monde admettra facilement.

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Les républiques, surtout les républiques modernes, ne sont pas conquérantes ; les conquêtes par force armée leur répugnent, sont contraires à leurs traditions et à leur politique.

D'abord, il n’y à point d'intérêts de dynastie dans les républiques et ces intérêts sont, règle générale, les causes primordiales et déterminantes des ambitions des particuliers qui, occupant un haut rang et jouissant d’une grande fortune, cherchent à agrandir leur pays et à favoriser leurs familles au détriment des autres. Alexandre, César et Napoléon Ier ont été de grands conquérants : ils ont soumis à leur domination une partie importante du monde connu à leur époque, parce que c’étaient des ambitieux qui recherchaient non seulement la gloire, mais surtout la fortune, soit pour eux, soit pour ceux qui les entouraient.

Napoléon ler, peut-être le plus grand de tous les conquérants, s’est emparé d’une forte partie de l’Europe, d’abord pour venger la France des guerres injustes que les alliés lui avaient faites, ensuite, par ambition, pour attacher son nom à une œuvre militaire gigantesque, et enfin pour donner aux membres de sa famille les trônes qu’il enlevait aux rois des Etats conquis.

Et remarquons bien que ces conquêtes n'étaient point faites pour la France, mais pour Napoléon {[, si bien que les pays conquis par luin'ont pas été annexés à fa France comme partie de la France ou constitués en républiques indépendantes, mais ont été laissés dans l’état de royauté, afin de donner des trônes aux parents et aux amis de l’illustre dictateur.

La république américaine existe depuis 1776 et malgré sa puissance, sa richesse et le nombre de Ses habitants, elle n’a jamais fait la guerre pour conquérir, mais seulement pour se défendre ou pour maintenir l’ordre et la paix sur le continent américain.

La doctrine Munroe, dont on parle si souvent et que l’on éonprend si peu, veut bien dire ‘ l'Amérique aux Américains,” pas aux Américains des Etats-Unis seulement, mais aux Américains de tout le continent. Cette doctrine si juste en elle-même et pourtant Si alomniée n’est que l'affirmation d’un principle de droit international indiscutable, puisqu'il signifie que le continent de l’Ainé. rique doit appartenir aux habitants de ce continent. Il serait absurde de prétendre, car ce serait contraire à la vérité historique, que cette doctrine, qui a surpris le vieux monde, avait pour objet de soumettre par la conquête, la force armée et dans l’intérêt du peuple des Etats-Unis, l'Amérique aux Américains.

C'est si bien le cas que les deux tentatives d’invasion du Canada par les Américains, en 1775 et en 1812, n’ont pas été faites dans un but de conquête, à proprement parler, mais bien pour des motifs de réprésailles.

En 1775, les Etats-Unis étaient en révolte contre l’Angleterre et combattaient pour leur indépendance ; il était tout naturel que dans cette lutte suprême, ils songeassent à envahir le Canada pour diminuer les forces ennemies, convaincus quel’Angleterre tenait à sa colonie du Canada et détournerait de ses armées, occupées dans cette guerre sanglante aux Etats-Unis, une partie considérable de ses soldats pour protéger le Canada envahi.

La guerre de 1812, qui fut une autre tentative d’invasion du Canada par les Etats-Unis, était une guerre universelle dans l’Europe ; c'était tout le vieux monde ligué contre la France, pour laquelle les Etats-Unis avaient conservé la plus grande sympathie, en souvenir de sa généreuse intervention en faveur de leur indépendance. |

Le blocus continental avait affecté les Etats-Unis et l’Angleterre prit ce prétexte pour saisir les navires marchands de la nouvelle république, qui portaient des provisions et autres marchandises à la France. De là les causes de l’invasion du Canada en 1812 : c’étaient toujours des représailles. De sorte que, chaque fois que les Etats-Unis ont cherché à envahir le Canada, c'était à raison de difficultés qu’ils avaient avec l’ Angleterre et non avec uous, de même que, quand les féniens sont venus troubler notre paix, dévaster nos champs et brûler nos maisons, c'était pour se venger de l’ Angleterre et non de nous.

Les annexions de certains territoires que les Etats-Unis ont faites n’ont jamais été par conquêtes, mais par traités.

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