APPEL SOLENNEL
Debout, comme un homme libre sur la terre libre de l’ A mérique, je défends la cause sacrée de mes compatriotes, quelles que soient leur race ou leurs croyances religieuses, et je demande pour tous, hommes, femmes et enfants, l’émancipation coloniale et la liberté.
Je veux pour eux tous une place sous le soleil des nations et j'espère que le peuple auquel je m'adresse, écoutant son patriotisme et les aspirations qui le poussent vers l’indépendance, ne m’imposera point la triste nécessité de lui jeter à la face ces paroles que prononçait Mirabeau dans un mouvement de cette sublime éloquence dont il avait le secret :
‘* Dans tous les pays, dans tous les âges, les grands ont implacablement poursuivi les amis du peuple ; et si, par jene sais quelle combinaison de la fortune, il s’en est élevé quelqu'un dans leur sein, c’est celui-là surtout qu’ils ont frappé, avides qu’ils étaient d’inspirer la terreur par le choix de la victime. Ainsi périt le . dernier des Gracques de la main des patriciens ; mais atteint du coup mortel, il lança de la poussière vers le ciel en attestant les dieux vengeurs et de cette poussière naquit Marius : Marius, moins grand pour avoir exterminé les Cimbres que pour avoir abattu dans Rome l’aristocratie de la noblesse.’
‘ Non, les outrages ne lasseront pas ma constance: j'ai été, je suis, je serai jusqu'au tombeau l’homme de la liberté publique, l'homme de la constitution. Malheur aux ordres privilégiés, si c'est là plutôt être l’homme du peuple que celui des nobles ; car les privilèges finiront, mais le peuple est éternel.”
J'ai voulu, dans ce travail considérable que je me suis imposé, vous démontrer ce que pouvait être notre patrie, ce Canada cher à tous les cœurs ; j'ai fait mon possible pour vous ouvrir de nouveaux horizons et, en vous les faisant entrevoir, pousser vos cœurs vers la réalisation de nos destinées nationales, Vous avez la dépendance coloniale, je vous offre l’indépendance ; vous avez la gêne et la misère, je vous offre la fortune et la prospérité ; vous n'êtes qu’une colonie ignorée da monde entier, je vous offre de devenir un grand peuple, respecté et reconnu parmi les nations libres,
Hommes, femmes et enfants, à vous de choisir ; vous pouvez rester esclaves dans l’état de colonie, ou devenir indépendants et libres, au milieu des autres peuples qui, de leurs voix toutepuissantes, vous convient au banquet des naëions,
J’ai fait tous mes efforts pour vous indiquer la route dans laquelle vous devez entrer pour devenir un peuple heureux et répétant la parole énergique de Cicéron, je vous dirai :
‘* Patria est ubicumque bene est, ’?
‘ La patrie est partout où l’on est heureux.’?