LA THEOLOGIE DE BABYLONE
Soleil, pousse droit ta route le long de la voir slaî^lt*
[qui t'esiîi iixtîu, o Soleil, toi qui es le juge du pays et l'arbitre* de ses
A la longue, on associa aux six grands dieux six déesses, dont une seule, l'épouse du Soleil, Sirrîda oti A, jouissait d'un réel prestige. Mais les cinq f lieux qui animent et dirigent les cinq planètes, Mardouk (Jupiter), Ishtar (Vénus), Ninib (Saturne), Nergai {^lars), Nebo (Mercure) firent aux enfants d'Anou umj tuiicurrence plus sérieuse : ils étaient les intcrpKlcs du destin ; leurs danses, rythmées et mystérieuses, enchaînaient ses décrets et liaient la vie des hommes. Les cinq se marièrent à leur tour. On identifia les dieux non classés avec ceux qui avaient eu cette eJuiuce. « Un dieu du ciel comme Dagan se mêla nal un/lle* ment avec Anou..., Ishtar absorba toutes ces eompagnes... Grâce à ces compromis, le système pros]ïéfa et s'étendit : la vanité locale trouvait toujours le moyen d'y loger le dieu féodal en- bonne vue, et de coucilicp ses prétentions au rang suprême avec l'ordre rie pnjséance déterminé par les théologiens d'OurouU \n.
L'œuvre de Hammourabi et la restauration de Liidjylone^ inaugurent une troisième époque dans 1 hi^tuiro
* (Maspéro \ Histoire, I, 658). Pinches : The AnliquWes fuund by.., {Sippara) [Transacllons of Archeol. Bibl. SocîlHv, Vllt* 167-1681.
* Maspéro : Histoire j I, 674.
^ Vers 2050.
religieuse de ces pays. Le sacerdoce de Babylone achève de concentrer le divin dans les astres qui errent par les plaines du firmament. Le dieu de Babylone, surtout, bénéficie de l'exaltation de sa bonne ville : sans détrôner Anou, sans supprimer Samas, Mardouk * les éclipse l'un et l'autre. « Hammourabi dit de lui-même : Roi de Babylone, il a fait triompher Mardouk ». C'était d'abord, semble-t-il, le dieu du soleil levant et le dieu du soleil prinlanier, le dieu qui donnait les céréales et faisait pousser les plantes, le dieu de la sagesse qui révélait les mystères d'Ea. Le début de l'année est ûxé au début du printemps, à la fête de Mardouk (Zahmoukou). Un poème est composé qui, sous couleur de raconter la création, ne vise qu'à la glorification de Mardouk : c'est Mardouk qui a sauvé les dieux, menacés par un monstre abominable, et les dieux, en retour de cet insigne bienfait, lui ont cédé l'empire universel par un contrat en bonne et due forme; il a reçu en partage la science d'Ea; vainqueur de Bel, il lui a dérobé la puissance de son verbe ; il a réglé rordi*e admirable dut?osmos, créé les hommes, promulgué la loi morale ^ :
* Sa perèdre est Sarpanitou, son fils Nabou (le dieu-héraut, de Borsippa), son temple l'Esaggil (la maison à la tête élevée).
* Hypothèse de Delitzsch, que Lagrange incline à admettre : op. laiid.y 330. — Les « têtes noires » désignent, soit les Babyloniens, soit tous les hommes. Sur ce poème de la créatiouy cf. Dhorme, p. 3 et Lagrange : op. laud.^ 325, etLoisy : les Mythes Babyloniens et la Genèsey Paris, 1901. [De ce poème, rapprocher la Cosmogonie chaldéenne, autre poème qui chante également la
LA THEOLOfilE D ASOUR 109
11 a créé l'humanité pour la traiter avec miséricorde. Je Clément qui a le pouvoir de donner la vie ! Que ses paroles demeurent et ne soient pas oubliées dans la bouche des tètes noires que ses mains oui
[créées' ! ^
Lorsqu'Asour succède à Babylone, Asour rivalise avecMardouk : c'est la quatrième phase de rhistnlrr religieuse chaldéo-assyrienne. Asour est le dieu lf>ral de la ville Asour, primitive capitale delà jeune Afisyric, qu'un jour détrônera Ninivo. En tant que dieu *lo la nature, c'est un dieu du ciel, bienfaiteur *los hommes, parfois môme créateur de la terre. Peut- 1' Ire est-il identique au dieu babylonien Ansar, qui apparaît dans le poème de la création. Ce qui est sûr, c rsl qu'il « est à la tète du panthéon assyrien comme roi iU^ tous les dieux ». En lui se reflète l'unité de la cité asyy-
gloire de Mardouk, mais dont le caractère est plus abstraïl il thèologlque. — Lagrange, 322]. Le monstre qu'a vaincu Mantoiik est Tiamat, la mer; mais Mardouk, ici, représente lorclrr* Jii force intelligente, et Tiamat, le chaos, l'anarchie. Mardotik r»i Tiamat sont deux frères ennemis, nés de la Mer el de rO{ iMn. père et mère des dieux. Ces idées sont évidemment antcrînKrs au poème de la Création, où noue les atteignons. Elles s'i([niliquaient primitivement, semble-t-il, àBelouà Ea. — Noter qur l^i^ hommes ont été créés afin de donner aux dieux une habitiiiinii « qui réjouisse le cœur » et le service dont ils ont besoin. Mjirdouk pétrit son propre sang avec de la terre pour fniPns'r l'homme, et il le crée à l'image des dieux [Dhorme, p. xxxi, -^'^ 65, 189, 139, B37]. La mort seule distingue l'homme de Dieu, {.;riir légende se retrouve chez les Juifs [Tiamat s'appelle Rahah tni Léviathanl. Cf. Job. 9, 13; 7, 12; 38, 8; Second haie, 51, \\ [Amos, 9, 3]; Psaumes: 74, 12-17 : 89, 10-14; 104, 5-7 ; haie. 27, 1.
* Jeremias : op. laud., 149.
rienne. [Il] est le « père du pays ». Les ennemis du pays sont ses ennemis; il les détruit; il est le chef de guerre. Le roi reçoit de ses mains la couronne et met à ses pieds les trophées de ses victoires... Sur les vêtements du roi, sur le sceau et sur les images royales se trouve l'emblème d'Asour :... la figure du dieu, munie d'ailes de chaque côté et terminée par une queue d'oiseau, tient un arc bandé ou a la main tendue^. » La déesse Achera est peut-être sa parèdre. Ishtar la guerrière est la patronne de Ninive et d'Arbèles; les Assyriens aiment à l'invoquer, tout de même que Ramman, et Ninib et Nergal: ce sont les dieux de la guerre et de la victoire ^
Que si l'on cherche à marquer les traits propres aux religions sémitiques, on n'insistera pas sur l'importance qu'y a prise la magie : pareil fait a été déjà constaté en lîgypte. On attirera l'attention sur trois faits. Dieu a été souvent,chez les Sémites, l'objetdc croyances et de spéculations dont la hauteur et la noblesse nous frappent encore aujourd'hui : il semble, en particulier, qu'on l'ait volontiers conçu à part et en dehors de la nature, et que l'homme, conscient de son impureté et de sa faiblesse, ait parfois douloureusement souf-
* Quant au reste, les Assyriens copient fidèlement les Babyloniens. Néanmoins, ils n'ont jamais laissé leurs prêtres exercer une forte influence. Noter encore que l'Assyrie eut peut-être son Kouniatonou : il semble que Ramman-Ninari III [811-782] ait voulu imposer à tous le culte exclusif de Nabou [Jeremias, 149].
LEUR ORIGINALITÉ ill
fert de ce double néants — II semble aussi, en revanche, que les démons elles dieux malfaisants aient tenu dans la vie des Sémites, surtout en Chaldée, une très ^narjtlt^ place ^. — On croit voir, enfin, que les th6nlo£,ncs savantes et peut-être les croyances populaires sv sont enveloppées ici beaucoup plus qu'ailleurs de cmiki^jm tions astronomiques.
* Lagrange : op. laud., 2° édition. — A cet égard, il y » rino différence très nette entre les religions sémitiques et les rrlîf*^înris égyptiennes. La distance qui sépare Dieu de Thommo i ^t ir^s grande en Chaldée, quasiment nulle en Egypte. L'iddT des devoirs de l'homme envers Dieu existe en Chaldée, non on Egypte.
* On observe, en Egypte, le phénomène contraire. Les SrmttPâ n'ont pas connu la divinisation de l'àme qu'enseignait Ifi doctrine osirienne. — Mais les religions d'Egypte et de Clinhlro coïncident en certains points: 1» La situation misérable di-s inruly qui ont besoin qu'on les nourrisse; 2« l'importance prE^^pondt-rante du dieu-soleil (Samas, Rà ou Amon) ; 3° la fréqni^iro dos Icjades divines et la complexité de chacun des dieux ; 4'^ ici i?\ lA, les idées les plus hautes voisinent avec les obscénités ; Ti" r«|»tlogie de l'àme devant Osiris rappelle assez la confessiori h\\W x\\\ nom du fidèle par le prêtre chaldéen ; 6» la croyanrr U mu* révolte de l'humanité contre les dieux [voir p. 90, n. 2 rf 4(1-i1 n. l]et k une punition de l'humanité par les dieux : 7» SiirriljtE *. mensuels.