‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 4 sur 102 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

Thistoire de celle-ci. C'est le préliminaire obligé, ce scia rintroduction naturelle à notre enquête sur les oj'igines de la Chrétienté de demain.

Est-il besoin d'ajouter que notre plus cher désir est rîc ne pas écrire un mot qui puisse choquer personne ? Saiis manquer à Texactitude, nous tâcherons de ne r icn dire qui blesse, ni nos « frères séparés », les Protijstants, les Orthodoxes et les Musulmans *, ni nos H frères aînés », les Juifs. De tout écart de plume qui nous échapperait, nous demandons d'avance pardon.

* On considère rislan^isme comme un Judéo-GhrisUanisme ii|Jl^^uvri de Uiéologie grecque.

INTRODUCTIOxN

L'histoire de la Chrétienté d'hier qu'on présente au public se distingue par deux traits de celles qu'il connaît déjà : elle contient un chapitre intitulé la Révolution religieuse : elle supprime un chapitre intitulé Y Église et la Renaissance.

Le Christianisme et les autres religions méditerranéennes offrent, dans leur liturgie et dans leur doctrine, certaines ressemblances curieuses*.

Ici et là, les cérémonies ont une importance extrême : l'accomplissement exact des rites sacrés procure le salut au fidèle^. Le baptême rappelle les exorcismes par l'eau en raison de la matière qu'il emploie et dos

* Ce qui les oppose nettement aux religions de la Chine et de rkide. On le verra plus tard.

* F.Cumont: Les religions oHenf aies dans le paganisme romain Paris, 4907. p. XIX-XX,

effets qu'il entraîne; l'idée de la mort qu'il évoque reparaît dans le taurobole, par où le fidèle de Mithra s'incorpore à la milice du ciel ^ Les chrétiens s'unissent à Jésus en mangeant sa chair et en buvant son sang; et le poisson est le symbole de cette communion intime. Pareillement, le myste d'Attis dévore la chair d'un animal divin et boit le sang du taureau sacré et pen se s'identifier avec le dieu lui-même ^, tandis que les prêtres d'Atargatis voient dans le poisson l'incarnation de la déesse, qu'ils absorbent dans les repas mystiques ^. Une discipline semblable enchaîne à la fois ceux qui croient en Jésus et ceux qui s'initient aux mystères : les uns et les autres connaissent, sinon l'arcane*, du moins l'extase ^ l'incubation S les mortifications %

* Usener : Archiv fur Religionswissenschaft^ 1904, 281 ; Ilepding : AttiSf seine Mythen iind sein Kult. Giessen, 1903, 4 96 ; Gumont : op. laucL, 84 et 266, note 19; Holztmann : Neutestam. Théologie, II, 178.

* lïepding, 186; Gumont, 85.

3 Gumont, 142.

* P. Batiffol : Etudes d'histoire et de théologie positive. 1* (1902), 1-41.

^ Rohde : Psyché, 315 (2« éd.) ; Gumont : Mon. Myst. de Mithra, I, 323 ; de long.de Apuleio Isiacorum mysteriorum teste, 1900, 100.

° Doubner : De incubatione capita quattor. Lipsiae, 1900 ; Gavvadias : To kpov toO 'Ah'/Xt^ttiou èv 'Eirioajptji. Athènes, 1900, 256 ; GoUitz-Bechlel : Sammlung der griechischen Dialekt-Inschriften, n. 3339-41 ; Delehaye : Les légendes hagiographiques. Bruxelles, 1905. L'incubation est un sommeil rituel, dans un temple, durant lequel le fidôle doit obtenir un bienfait de Diet (guérison ou prédiction). Gf. llamilton : Incubation.., S. Andrews,

' Gumont, 51,112 ; Juvénal, VI, 522; Sénèque: VU, Beat, XXVI, 8*

INXnODUGTION XIII

la chasteté*. Les uns et les autres, parce qu'ils accordent aux rites une importance capitale, reconnaissent l'autorité d'un sacerdoce-; et, parce que leurs rites sont obscurs et symboliques, les prêtres des uns et des autres sont des érudits et des docteurs qui de la piété font une gnose, et de la religion une science^; et, parce que les rites qu'ils dispensent requièrent des mortifications, ils deviennent pour leurs ouailles des directeurs de conscience qui apaisent les remords et rendent la quiétude *. Lorsque, aujourd'hui même, les chrétiens demandent à Dieu le « rafraîchissement » spirituel de leurs frères défunts {refrigerium) , ils répètent la prière que les Egyptiens adressaient à Osiris pour que l'âme bienheureuse pût éternellement se désaltérer aux sources fraîches des champs d'ialou ^.

* Porphyre : de Ahslinentia; Farnell : tlie évolution of religion, 1905, 154 ; Plutarque: delside, 2 : Apulée: Metam.Xl, G.Isis mOmo se convertit, dans le roman deXénophon d'Kphi^se (vers 280 p. Ghr. nat.) elle protège la chasteté de l'héroïne. [Gumont, 1 1:2-113 ^

* Gumont, 52, 64, 115. Les uns et les autres connaissent des groupements d'ascètes : prophètes, galles, archigallcs, métragyrtes, Théra pontes, Ksséniens.

' Gumont, 40-41. Thot et Bel sont les révélateurs de la science. [Strabon, XVII, 21, XVI. 1; Pline, H. N. vi,20. S 121 ; r.ii., VII,7.j'J: J'orphyre : Epist. Aneb. H ; lamblique: de mysl. Il, li|: Mon. Mysl. Mithra, ï, 312.

* Gumont, 52.

' Gumont. 124, 280. Aoir, ao'. ô "Otioi; to 'i'-'/pov Ootop. Kaibel : IGSf, 1488, 1705, 1782, 1842. Gf. Corpus 1ns. sêmit.. Il, 141 (stèle araméenne de Carpenlras). — L'expression de « très chers frères » avait cours parmi les fidèles de Jupiter Dolichenus [cil, VI, 406 = 30758]. — Le motif iconographique de la Vierge portant l'Enfant Jésus dérive du type dca dée^ises-mères, c'est-à-dirci

Ici et là, la morale elles croyances sont pareillement orientées. Faire la volonté de Dieu, c'est la règle de conduite que Sénèque propose à ses lecteurs S aussi bien que l'auteur d'Adapa, et le rédacteur de la Genèse ^, et Jésus dans V Évangile, Et c'est un « combat » qu'impose au fidèle devenu un « soldat » cette volonté de Dieu, selon Mithra et selon Jésus ^. Car, Mazdéens et Chrétiens s'accordent à cet égard, un Esprit mauvais s'oppose dans le monde au règne de la justice et du bien : ici Ahriman, là Satan*. Et les fidèles, dans leur

peut-être, d'Isis et Horus [Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1902, 366]. L'art chrétien, chacun l'accorde, est sorti de l'art païen. — Gevaert a montré l'influence de la musique païenne sur la musique chrétienne [d'après G. Bellaigue : Revue des deux Mondes, 15 septembre 1907, p. 449-450].

* De Providentia, V, 5-6. C'est la fameuse prière de Démétrius : « Hoc unum de vobis, di immortales, queri possum, quod non ante mihi voluntatem vestram notam fecistis. Prior enim ad ista venissem ad quae nunc vocatus adsum. Vultis liberos sumerè ? vobis 'illos sustuli. Vultis aliquam partem corporis? sumite... Nihil cogor, nihil patior invitus, nec servio Deo, sed adsentior. )j « Si l'on veut comparer cette prière di\x Suscipe de saint Ignace, la belle effusion qui termine le livre des Exercices spirituels, on sera étonné de la ressemblance des deux morceaux. » C'est un jésuite qui parle, le R. P. Delehaye: Légendes hagiographiques ^ilQ, note. Et il garantit qu'il n'y a pas ici influence directe de Sénèque.

* Cf. infra p. 222. Dhormes : Choix de textes religieux assyrobabyloniens. Paris, 1907, 155-157; Genèse,^. — S, Mathieu^Ô, 10. — Mithra, aussi, impose à ses fidèles ses evxoXàf.

^ Cumont, XIII-XIV, 183-184 ; S. Reinach : laMorale du Mithraisme [Gidtes, Mythes et Religions, II, 1906, 220] ; A. Harnack : Militia Chrisli. Tubingen, 1905.

* Bousset. Die Religion des ludentums im neutestamentlichen Zeitalter, 483. La question des rapports du Judaïsme et du Mazdéisme est très délicate en raison de l'incertitude où l'on est do la date de l'Avesta.

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