VIII PRÉFACE
comme précipiter son cours. Les peuples divers qui forment Thumanité ont vécu de longs siècles séparés les uns des autres ; ils tendent de plus en plus à sortir de leur isolement, à développer la solidarité qui les lie, à s'unir en une grande famille. Parmi eux, c'est un fait, les peuples chrétiens tiennent le premier rang et jouent le premier rôle. Ce sont les Chrétiens qui ont colonisé la Russie et TAmérique, refoulé TIslam, conquis Tlnde, ouvert la Chine ; c'est la civilisation chrétienne qui apporte aux autres les principes organisateurs de la vie matérielle et morale : nos locomotives sillonnent toute la planète et le Parlement des religions réui^ià Chicago a récité le Notre Père. Il semble que tous les ruisseaux humains se dirigentj pour être successivement recueillis par lui, vers le grand fleuve qui, né en Palestine, élargi en Galilée il y a dix-neuf cents ans, roule lentement ses eaux salutaires è, travers le mondée
* Gournot a écrit quelque part [Traité de l Enchaînement des idées fondamentales , YivvQ V, chapitre iv, tome II, p. 420-i21, Paris J861] : « de bonne loi, la religion que nos pères nous ont transmise n'est pas une religion comme une autre {una emultis). Elle remplit dans l'histoire du monde civilisé un rôle unique, sans équivalent, sans analogue. » — Consulter encore Karl Andresen : Ideen zu einerjesuzentrisiihen Welt religion. Leipzig, les écrits de Uousset, Gunkel et leur école. Et se rappeler le rêve de Max Mûller [notamment les Essais sur V histoire des i^eligions, irad. fr. Uarris, 3° éd., 1870, et les Uibbert Lectures, 1878, 378], et le rôvc
PRÉFACE va
Qui veut entendre cette histoire doit étudier d'abord le développement de ce principe d'unité dont il constate Texistence. Rechercher ce qu'ont été, dans le passé, la vie et la pensée des Chrétiens, c est le seul moyen de comprendre le présent, c'est-à-dire de travailler utilement à Tœuvre de l'avenir. La claire vision de ce que nos ancêtres ont fait nous évitera peutêtre des erreurs, des découragements et des espérances également puérils ; elle nous persuadera que nous ne pouvons pas créer sur table rase, partant, qu'il est maladroit de vouloir le faire ; elle nous convaincra surtout que la vie est, essentiellement, une œuvre de liberté et un effort de continuité. Avant de décrire l'étape que l'humanité parcourt depuis la fm du siècle avant-dernier — et dans les vieux pays où depuis longtemps fermente le « grain de sénevé », et dans les terres neuves^ colonies naissantes ou à venir de la Chrétienté d'hier, — il convient donc de résumer
de Leibniz [cf. à ce sujet la récente étude de Baruzi : Leibniz et l'organisation religieuse de la Terre. Paris, i907J. — On saitciue, au jugement de certains autres penseurs, le Christ n'est pas le principe et la fin de Thistoire humaine. « Le christianisme n'est pas le centre de l'histoire, il en est un épisode ; il ne suffit pas à ramener à l'unité la vie de l'homme sur la planète. Plusieurs groupes indépendants, isolés, se sont formés, se sont développés et ont vécu parallèlement, sans se connaître les uns les autres. » [G. Séailles: Les affirmations de la conscience moderne, 2» éd., Paris, 1904, p. 31].