‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 6 sur 102 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

tis ; que beaucoup de Juifs, à la suite d'IIermippe, d'Aristoboule et de Philon, tentèrent d'accorder la sagesse de Moïse et la sagesse de la Grèce ; et que le Gnosticisme enfin exprime avec ampleur un grand travail de conciliation judéo-païenne.

Le Judéo-Christianisme se présente donc au regard sous les traits d'un syncrétisme *.

L'historien ni le théologien ne peuvent s'en montrer surpris. Les âmes qui embrassaient la « bonne nouvelle » avaient été façonnées par une longue tradition religieuse. Le monde était très vieux lorsqu'il entendit prêcher les apôtres; si vieux, que beaucoup croyaient sa fin toute proche. Les apôtres refoulaient 'certaines tendances, ils en exaltaient certaines autres. On ne peut pas envisager leur action indépendamment dos forces qui la secondèrent ou des réactions qu'elle provoqua. Pour comprendre les unes et les autreSj l'historien doit les rattacher à ces traditions et à ces tendances du monde païen et du monde juif 2. Il est vrai de dire que, en un sens, le Christianisme est sorti de terre.

• Cf. Ilermann Gunkel : Ziim religionsgeschichtlichen Verstdndniss des neuen Testaments Gôttingcn, d903 ; Glemon : Die religionsgeschichttiche Méthode in der Théologie. Giesson, 1904: Geffcken : Aus der Werdezeit des Christentums . Leipzig. 190i : Uarnack : Ausbreitung des Christentums, 2" édition, 1906. Noter un mot curieux de saint Basile sur l'utilité de comparer les religions, rappelé dans Max Muller : Essais sur Vhist, des religions, 3» éd., p. XIX.

' Et. lorsqu'il n'y a pas coïncidence de mouvements spontanés et distincts, c'est donc que l'un copie l'autre. Le fait s'explique historiquement avec plus d'aisance encore.

KsL-ce à dire qu'il ne soit pas descendu du ciel ? La lutte doctrinale du Christianisme contre le Gnosticisme montre qu'ils ne sont pas identiques. Pareillement, la l^iit?rre de l'État romain contre TÉglise chrétienne prouve que les conditions de la vie dans l'empire ne siilfisent pas à expliquer la nature de la vie chrétienne dans l'Église. Le Christianisme est une doctrine enveloppée dans une histoire très particulière : cela ne se retrouve nulle part ailleurs. Tous les rites, toutes les croyances qui lui sont communs avec les religions païennes sont mêlés ici d'inepties et d'obscénités ; ils s'organisent, là, pour former la doctrine la plus haute, \n plus pure et tout ensemble la plus logique et la plus uiiti qu'on ait constatée jamais ^ L'Église catholique a rejeté le fidéisme exaspéré qui inspire les doctrines de Luther et de Calvin,^de Baïus et de Jansénius et maintenu que la nature humaine, dans son état actuel, est ciipable de quelque bien, que la loi de Dieu est gravée *laas la conscience, que Dieu peut môme donner un secours surnaturel aux païens indépendamment des sacrements ecclésiastiques : « l'identité des instincts religieux (naturels) auxquels les diverses religions doi-

^ De Broglie : Problèmes el conclusions de Vhistoire des religions. Vixvvs^ 4« éd., p. 292. « Rassembler tout ce qu'il y a de bon dans Jrâ diverses religions ne serait rien, si ces divers éléments li t'iaïpnt associés ensemble avec ordre et unité, s'ils ne formaient qu'un chaos et non une harmonie. Si, en effet, les éléments des (iîver:?es religions étaient ainsi assemblés pôle-mêle, l'œuvre forjii6*MJnla sorte serait incohérente et pleine de contradictions... », II, ^92, Cf. p. 260.

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