‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 9 sur 102 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

inexact de dater du xv® et du xvi® siècle la 'mort de la foi : c'est un fidéisme très profond et très sincère qui triomphe avec la Réforme protestante dans une moitié de l'Europe ; et l'on aurait mauvaise grâce à contester l'éclat de la civilisation chrétienne dans les pays demeurés catholiques : nous comprenons la solidarité de l'œuvre de Luther et de l'œuvre de Trente ^

Ce qu'on aperçoit en belle lumière, c'est donc Tunité de cette période que limitent la Révolution grégorienne et la Révolution française [xi^-xvni® siècles]. Les chrétientés d'occident sont alors, seulement alors, à peu près indépendantes des autres régions du globe. Sauvées des seigneurs par les moines, elles se réorganisent à Tabri d'une papauté monastique et rétablissent l'ancien empire. Et cette restauration sociale s'accompagne d'une admirable renaissance intellectuelle; on retrouve les Anciens dans les écoles de Chartres, de Paris et de Bologne : saint Thomas refait Aristote, Jean de Salisbury est le précurseur de Pétrarque. Et nous voyons tous les jours, sous nos yeux, l'ancien régime social se démolir et s'abolir le souvenir des Romains et des Grecs : la révolution machiniste et l'unification du monde bouleversent la situation économique et la situation intellectuelle. Qui sait si l'antiquité gréco-romaine ne survivra pas seulc-

seulement dans l'histoire des sciences que la « Renaissance » a été un « recul ».

* Il y aurait, je crois, une intéressante et opportune étude k tenter sur les idées communes à Luther et au concile de Trente.

XSI\r LE PASSÉ CHRÉTIEN

nient 'dans la mesure où, intégrée par le Chris tiauisme, elle sera sauvée par lui et en lui ^ ?. Uèpoque occidentale [xi®-xviii® siècles] est caractérisée par l'isolement des pays occidentaux par rapport au reste du monde et par Tinfluence prépondérante qu'exerce sur Irur vie et sur leur pensée la tradition gréco-latine, iioriiière des traditions orientales.

Vépoque méditerranéenne sépare de l'époque occidentale l'époque syncrétiste et les relie l'une à l'autre. D^iTis le cadre méditerranéen qu'a forgé la conquête romaine et que disloque de plus en plus la pesée barbare [in®-xi® siècles], le Christianisme se répand peu à peu, puis il évolue curieusement et s'achemine vers des destinées nouvelles. Il pénètre d'abord la société et la pensée antiques ; puis, il disparaît des régions où triomphe l'Islam, s'étiole partout où domine Byzance, se concentre et s'enracine partout où les Germains s'établissent; il se détourne de rOrient, qui mène aux déserts, et s'installe aux bords des Océans, qui conduisent aux extrémités du monde. Seulement, quand il quitte l'empire qui l'a vu îjaître, il traverse d'abord une crise effrayante et semble se dissoudre au milieu de l'anarchie endémique des Barbares qui l'ont accueilli : l'effort des Francs n'a pas obtenu long succès; le désordre social a partout reparu; la pensée spéculative est

' Kommc le Mithriacismc est perse, le Christianisme est grec. \ii\r la remarque de Harnack dans Mission iind Ausbreiluvg, If-, S7i.

INTROmJCTION XXV

morte. Avec l'Église, c*est la civilisation même qui paraît frappée pour jamais ^

* Voici les titres des six et des neuf cliapitres de ces deux parties. III. Vépoque méditen'anéenne : 1. La chrétienté romaine : la vie chrétienne ; 2. La chrétienté romaine : la pensée chrétienne ; 3. La marche à l'ouest : le Christianisme et les Byzantins ; 4. La marche à l'ouest : le Christianisme et les Germains ; 5. La chrétienté franque : l'organisation impériale ; 6. La chrétienté franque : la désorganisation seigneuriale. — IV. Lépoque occidentale ; 1. La chrétienté féodale : la restauration. Saint Grégoire VII et saint Bernard; 2. La chrétienté féodale : l'organisation. Innocent III et saint François ; 3. La chrétienté féodale : les progrès. Saint Louis et saint Thomas; 4. La guerre à l'Eglise : la désorganisation. Les papes d'Avignon ; 5. La guerre à l'Eglise : la crise. Le schisme d'Occident; 6. La guerre à l'Eglise : nouvelle crise. La papauté princière; 7. La chrétienté monarchique : le concile de Trente; 8. La chrétienté monarchique :1a vie chrétienne ; 9. La chrétienté monarchique : la pensée chrétienne.

Deux mots sur la méthode suivie dans cette synthèse de l'histoire religieuse ancienne. Dois-je m'excuser, d'abord, d'avoir souvent travaillé « de seconde main » ? « On le fait par nécessité, quand les documents sont trop nombreux pour être tous lus; mais on ne le dit pas, par crainte du scandale*. » Nécessité fait loi : la synthèse historique ne se fera jamais, ou elle sera faite par des travailleurs qui n'auront pas lu tous les textes. 11 ne faut pas qu'un scrupule de probité scientiflque empêche d'accomplir une œuvre urgente. J'ajoute que, si l'on ose parler seulement de ce qu'on connaît bien, la question est précisément de savoir si, pour bien connaître et pour juger avec compétence la vie religieuse des hommes, il n'est pas indispensable de procéder par rapprochements**. Penser, au fond, c'est comparer. — Je me suis imposé la règle de n'utiliser que des travaux de « première

* Ch.-V. Langlois et Ch. Seignobos : Introduction aux études historiques, 3« éd., Paris, 1905, p. 198. — Cf. P. Guiraud : Fustel de Coulanges, Paris, 1896, p. 164.

** Glotz : Solidarité de la famille dans le droit criminel en G^èce, p. vii-ix Cf. les remarques de Wiedemanu dans VArchiv fiXr Reliyionswisscnschaft 1906, 481 ; les travaux deFrazcr, de Uciuach, etc.

main » ; ils sont heureusement en grand tiombre, souvent de premier ordre. Je les ai contrôlés les uns par les autres, recourant moi-même aux textes le plus souvent possible. Un hébraïsant ùminent a bien voulu revoir ce que j'ai écrit touchant Israël ; qu'il me permette de lui dire ici ma reconnaissance. Je tiens à m'acquiltop aussi envers mes autres collaborateurs, involontaires ceux-là ; sans eux, mon travail n'eût pas été possible. Je prie seulomentqu'on ne les rende pas responsables, en aucune manière, de ce qui est ici écrit. Et je me plais à espérer que leur multipliriU!; même aura garanti l'objectivité de mes conclusions. — J'ai iàvM: d'éviter les généralité vagues autant que les détails minutieux, de classer les événements aussi objectivement que possible, splon leur rapport de dépendance réel : je me suis efforcé de «les rem élire dans leur chaîne et de les considérer dans leur suite » [A. Sorcl]. Mes maîtres m'ont enseigné le culte du fait, et je t^ciie de l'enseigner à mon tour. Je vois souvent qu'on invoque l'histoire sans que, d'abord, on se soit donné la peine d'en fixer la physionomie. La méthode exige que la description des faits précède la recherche des causes. — Afin de ne pas donner dans Tabstrait, j*ai voulu ne pas considérer séparément le développement religieux, moral, philosophique, scientifique, littéraire, artislitiuf. etc., et j'ai tâché de tenir compte du développement social * qui les conditionne dans une large mesure ; envisager solidairement l'œuvre totale de quelques générations successives afin de reronstîLuer la physionomie delà vie religieuse qu'elles ont réellement vécue: c'est à quoi tendait mon effort.

* iNuiis appelons de nos vœux une histoire synlliélique du développement écosomlquo et social des peuples méditerranéens et occidentaux.

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE

Il n'existe aucune bibliographie de l'histoire des religions orientales et de la religion judéo-chrétienne.

Il n'existe même pas de bonne bibliographie de l'histoire de la religion judéo-chrétienne. Les listes de Mabil- LON [Traité des études monastiques, II, 255] et de Ch. de Smedt [Introductio generalis ad historiam ecclesiasticam critice tractandam] sont très sommaires ; et « le Wegweiser zur Quellen und Litteraturkunde der Kirchengeschichte [Gotha., 1890] de E. Bratke ne tient point les promesses de son titre ... Le répertoire analogue de Ï.-A. Fischer [A sélect Bibliography of ecclesiastical history. Boston, 1885, 2 vol.] n'est pas estimé », non plus que l'Historiographia ecclesiastica de W. Stang [Freiburg, 1897], ou la Literature of theology de S. Fletcher Hurst [New-Yoric, 1896, in-8"]^

* II semble que cette bibliographie générale se trouve réunie dans l'index [400 pages] du livre de Louis Emery : Introduction à l'étude de la Théologie protestante avec index bibliographique. Lausanne, 1904. Cet index, assez complet, ne semble pas très heureusement classé. — Consulter encore la série des catalogues Ihéologiques des grandes librairies [celui de Burgersdijk et Niermans. Leyde, 1900, 870 pages ; — la Bibliotheca historio-theologica, de Lorentz, Leipzig ; — la Bibliotheca theologica de Carlebach. Heidelberg ; — le theologischer Handkatalog de Fischbacher. Paris ; — le Verlagsbericht de Hinrich. Leipzig...]

un tj'ouvera, au début de chacun des chapitres qui cou; posent ce livre, ia bibliographie des questions qu'on y traite. En manière d'introduction à ces bibliographies ifpéciaies on voudrait grouper ici quelques renseignements : li^ tii^ndront lieu de cette bibliographie générale qui fait di^faut.

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