INTRODUCTION XXI
modernes, séparées l'une de l'autre par la Renaissance. De ces deux idées également traditionnelles, il se pourrait que la seconde eût la valeur de la première. On date la Renaissance des xv* et xvi® siècles. On y discerne un renouveau de l'esprit païen. On y rattache la naissance de l'art, la naissance de la science, la mort de la foi. — Cette théorie, où se reflètent l'enthousiasme naïf des humanistes ' et Tétroitesse des anciens historiens de l'art, pouvait raisonnablement obtenir quelque crédit au temps où Ton considérait le a moyen âge » comme une époque de superstition, d'ignorance et de barbarie. Il y aura bientôt un siècle qu'un mouvement de recherches, que le Romantisme prépara et dont, chez nous, l'École des Chartes fut le centre^ en a fait pour jamais justice. Il n'importe ; l'accoutumance est plus forte... Il est inexact de
* Dans une intéressante brochure [Quest-ce que le moyen âge : Paris, Bloud]. M. Kurth a bien dégagé la valeur de l'idée du moyen âge au point de vue de l'apologétique anti-chrétienne. Je crois qu'il aurait pu dépasser VHistoria Medii sévi a temporibus Conslantini Magni ad Constanlinopolim a Turcis caplam deducta de Christophe Keller (Gellarius), léna, 1688 et remonter jusqu'à l'humanisme et, particulièrement, jusqu'aux Hisloriarum ab inclinatione romani imperii Décades du pieux Flavio Biondo, [-^-1463]; c'est vraiment la première histoiredu moyen âge. [P. Monnier : Le Quattrocento, I, Paris, 1901, 266; Voigt, trad. ital. Yalbusa : // Risorgimento delV antichità classica, II, Firenze. 1890, 83 ; A. Masius ; Flavio Biondo, sein Leben und seine Werke. Leipzig, 1879; P. Buçhholz : Die QuelUn der Uistoriarum Décades des FI. Biondus. Naunburg, 1881]. — L'influence humaniste a été perpétuée jusqu'à nos jours par les historiens de la littérature française.
* L'Ecole des Chartes a été fondée en 1821.
daler du xv^ et du xvi* siècle le renouveau de Fesprit païen ; la philosophie aristotélicienne et le droitromain ont-ils jamais été plus passionément étudiés qu*aux XTi% xin« et XIV® siècles : nous connaissons Siger de Hnibant* etIrneriusS les Averroïstes et les Glossateurs- Il est inexact de dater du xv® et du xvi® siècle la naissance de Tart : nous avons appris à admirer Tart du xii% du xiii® et du xiV; et nous savons que Tart italien du XV® siècle dérive en ligne droite d'un mouvemeat contemporain de Frédéric IP; nous connaissons la cathédrale de Chartres et la chaire de Pise. Il est inc.xact de dater du xv® et du xvi® siècle la naissance de hi science : la recherche scientifique n'a jamais été plus ardente ni plus féconde qu'aux xii®, xiii® et xiv® siècles; et j)eut-êlre l'esprit réactionnaire du xvi®, sous prétexte fie revenir à Aristote, a-t-il souvent méconnu d'admirables découvertes des physiciens scolastiques : nous connaissons les deux Jordan et Albert de Saxe *. Il est
' ^ fan don net : Siger de Brabant et V Averroïsme latin au Xilh siècle. Fribourg en Suisse, 1899.
* Cf, l'œuvre entière de H. Fitting.
^ l^. Bertaux: U art dans V Italie méridionale de la fin de V empire roitiainà la conquête de Charles d'Anjou. Paris, 190i ; Maie : L'aîH reiitfieuxdu Xllb siècle en France, Paris, 1899 ; Histoire de l'art publiùe sous la direction de André Michel.
* P, Duhem : Les Origines de la Statique. Paris, 1905-1906, 2 Vùl. ; Etudes sur Léonard de Vinci. Ceux qu'il a lus et ceux qui l ouf la. Première. série. Paris, 1906. —Parmi les réactionnaires miititdroits du xvi® siècle, on peut citer Giovanni Battista Benedi^M'i et surtout Guido Ubaldo marquis del Monte. — Noter une ubservation de Camille Enlart touchant l'histoire de l'hygiène [Ut^taire de V Art... André Michel, I, 2,(1905), p. 480] : ce n'est pas