I. Q:ie$ti<in$ Contemporaines, p, îiq
! L INSTRUCTION SECO.NDAIBE ET ISIVERSITAIRE ; DE LA HAVTE CULTURE ARTISTIQUE.
A ceux qui n'ont pas décidé d'avance et d'une manière définitive que, quoiqu'on puisse dire à l'enconlre, noire système d'inslruction secondaire est aussi parfait que le permet notre situation économique, géographique el eliinograpliique, je rappellerai les faits suivants :
a) Depuis le commencement de ce siècle, les études ont pris, dans le monde entier, un développement extraordinaire, notre âge est avant tout l'itge de la science. Or, comme on ne peut èlrc inslruit ou ignorant d'une manière absolue, et que ces termes sont couipa-
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ratifs, îl en résulte qu'en restant stationnaires, nous devenons plus arriérés au fur et à mesure que le monde avance, nous devenons plus ifjnorants à mesure qu'il s'instruit ;
b) Non-seulement nos programmes d'étude ont fort peu changé depuis le siècle dernier, mais de nombreux anglicismes se sont introduits dans notre langue, et un élève de nos collèges est moins en état, probablement, que ne l'eût été un élève du séminaire de Québec, en 1794) de rédiger un rapport quelconque en bon français ;
c) Nous savons l'histoire et la géographie comme les élèves sortant des écoles primaires obligatoires en France, un peu moins bien;
d) En fait de sciences naturelles et abstraites, nous nous bornons à ce que contiennent les manuels élémentaires.
e) Nos connaissances littéraires sont tout à fait rudimentaires. Nos réminiscences latines seules sont peut-être suffisantes.
/) Enfin nous n'avons, au sortir de nos collèges, — et de notre université — aucune des connaissnnces qui élèvent l'homme cultivé des autres pays au-dessus du niveau moyen, qui le mettent en état d'apprécier les travaux intellectuels de tous les temps et de toutes les nations, de se faire sur toutes choses une opinion éclairée, qui lui permettent d'ajouter lui-
liiéiiie, si ses disposirions IV entraînent, à l'ensemble de ces travaux.
J'ai parlé de pro»jrammes: ceux de iit>> collèges ne diffèrent pas autant fju'on p«>urrait le croire des programmes des collè'jes, lycées et gymnases européens. C'est la méthode, c'est surtout le personnel enseignant qui sont inférieurs chez nous.
Je reconnais que touf, dans notre système d'instruction secondaire, a pour but d'alléger le fardeau pécuniaire imposé aux parents des élèves, que Ton vise surtout au bon marché. Ce système serait excellent, si les carrières libérales n'étaient pas encombrées dans notre province, si nous n'avions pas trois fois plus qu'il n'est nécessaire d'avocats, de médecins, de notaires et de politiciens, s'il nous faHait de toute nécessité, sous peine d'écrasement national, créer à bref délai, une classe d'hommes en état de remplir à peu près décemment certaines fonctions administratives et professionnelles. Dans les conditions actuelles, il est tout à fait insuffisant.
On sait par quelle filière : baccalauréat, licence, agrégation, doivent passer ceux qui Bspirent à être professeurs dans un lycée de France ou un gymnase allemand et quelle somme d'études représente ce mot <c agrégation ».
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Les professeurs chargés dans ces institutions d'un cours d'histoire, d'un cours de httérature ou de l'enseignement de la grammaire, sont des hommes qui se sont fait une spécialité de ces branches d'étude, qui très souvent même ont publié sur des sujets s'y rapportant des ouvrages, qui sont le résultat de longues et patientes recherches. Ce qui ne les empêche pas de se tenir au courant du mouvement littéraire et scientifique universel, car il existe entre les diverses espèces de connaissances une dépendance qui est très favorable à l'extension de la science en général. On ne peut savoir l'histoire si l'on manque de notions suffisantes en géographie, en linguistique, en philosophie, en sociologie. On ne prendra aucun intérêt aux littératures anciennes, si on ne connaît l'histoire et les mœurs des pays dont on traduit les poètes et les philosophes.
Dans un gymnase allemand, tout nouveau professeur doit faire en latin une dissertation sur quelque point de littérature ; cette dissertation est imprimée, de sorte que chacun peut en prendre connaissance, et elle sert comme de justification publique à la nomination du professeur. On conçoit que l'enseignement donné dans ces institutions soit réellement supérieur.
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Dans nos collèges de la province de Québec, ce sont des séminaristes qui, improvisés professeurs, enseignent, pendant la durée de leurs études théoloyiques : Tliistoire qu'ils ne savent pas, la littérature française dont *ils n'ont que quelques notions, puisées dans des recueils d'œuvres choisies des poètes classiques et de quelques romantiques, la langue française qu'ils écorcheat atrocement, le latin et le grec: L'enseignement de la philosophie et des sciences naturelles est généralement confié à des prêtres, d'où il résulte que le programme d'études dans ces matières, bien que beaucoup trop restreint, est assez souvent rempli d'une manière satisfaisante.
L'enseignement de l'histoire, tel qu'on l'entend dans d'autres pays, n'existe pas chez nous. La tâche de nos séminaristes se borne à faire réciter chaque jour à leurs élèves quelques pages d'un abrégé d'histoire universelle par l'abbé Drioux, à corriger quelques erreurs de mémoire, à indiquer à quel paragraphe finira la prochaine leçon. Ce sont des moniteurs, ce ne scmt pas des professeurs.
En Allemagne, on apprend l'histoire nationale dans les classes inférieures et l'histoire ancienne dans les classes supérieures. Victor Cousin qui a fait, en i833, un rapport sur les
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études dans ce pays, approuve fortement cette méthode.
« C'est dans /es classes supérieures, au miiieu des études classiques, dit-il, qu'il faut placer renseignement de l'histoire ancienne, hérissé de tant de difficultés ».
Cette phrase ne vous rend-elle pas rêveur ; quel jeune Canadien élevé dans nos collèges, s'c^t jamais dit que Tétude de l'histoire pouvait présenter des difficultés (r)?
Les dignes prêtres qui dirigent nos établissements d'éducation secondaire ne reçoivent qu'un traitement infime ; ils consacrent leur temps, leurs veilles aux élèves qui leur sont confiés; leur dévouement, leur désintéressement, est indiscutable. Ce sont, dans l'acception la plus complète de ce mot, des hommes de bonne volonP\ Si notre situation en Amérique était autre, il vaudrait peut-être mieux, comme plusieurs le prétendent, laisser les choses suivre leur cours, ne rien critiquer, ne pas chercher d'amélioration, ne pas tenir compte du progrès qui s'affirme dans le monde entier. Je regrette d'avoir à faire les constatations
I. Sans les sciences historicjues, il n'y a que des esprits sans solidité, sans vivacité, sans pénétration. L'Oriental est inférieur à l'Européen, bien moins encore parce qu'il ne connaît pas la nature que parce qu'il ne connaît pas l'histoire ». (E. Jlenan. Questions contemporaires.
qui précèdent et dont plusieurs saints ecclésiastiques, que personne plus que moi n'estime et ne vénère, pourront se trouver froissés. Mais le devoir patriotique doit parler plus haut que toute autre considération. Il n'est pas un Canadien-français qui, réfléchissant à notre état actuel, en mettant de côté tout préjufjé, toute idée préconçue, tout optimisme, n'arrive à la conclusion qu'avec trente ans encore de cette vie vouée à la médiocrité, c'est fait de notre existence nationale. Je me hâte d'ajouter, et on le voit facilement, du reste, que je n'attribue pas tout le mal, ni la plus yrande partie du mal, à l'insuffisance de l'instruction donnée dans nos collèges. Mais si nous voulons accomplir, en Amérique, nos véritables destinées, c'est surtout au clergé, qui a fait plus jusqu'à présent que toute autre institution pour nous conserver notre nationalité, qu'il faut en demander les moyens.
Il est de l'intérêt de notre peuple comme de celui des membres du clergé, que l'éducation secondaire reste, autant que possible, entre les mains de ces derniers; à eux donc de prendre une initiative nécessaire. Certains directeurs de collèges ont bien, je crois, la volonté d'élever le niveau des études, d'améliorer les svstèmes, mais ils se trouvent en
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face de difficultés assez graves, et la plupart ne s'aperçoivent pas que l'on ne peut ajourner indéfiniment une réforme radicale (i). Aucun d'eux, d'abord, n'est bien convaincu que nous parlons fort mal notre langue. Je sais combien il est difficile d'arriver à cette conviction, et c'est là sans doute la principale raison qui les a empêchés, jusqu'à présent, de tenter une amélioration.
J'avoue mon incompétence en matière de pédagogie, mais il me semble que, dans le cas qui nous occupe, la même vérité doit s'imposer à tous les esprits, et cette vérité, c'est qu'on ne peut réorganiser notre système d'instruction secondaire qu'en faisant du professorat, dans les collèges, une carrière permanente et bien rémunérée comme dans tous les autres pays du monde.
Que les professeurs soient choisis parmi les membres du clergé qui sont le mieux doués et qui montrent le plus de dispositions spéciales
I. « Les clercs sont, en fjénéral, peu disposés à reconnaître l'infériorité des populations attachées à leur culte et encore moins ù l'expliciuer par l'insuflisance intellectuelle ou morale des autorités religieuses. L'orgueil et l'égoïsme, domptés chez les individus chargés du ministère ecclésias- (juc, reprennent souvent leur empire dans la sphère des intérêts collectifs de leur corporation », a dit le grand économiste CAtkoliqm Le Play,
(De la Réforme sociale^ vol. I, p. 77.
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Jii^ÀYfiNIR D.\ PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS l8g
pour renseignement. Que leur traitement soit proportionnellement, et toutes choses égales, aussi élevé que le revenu d'un curé de paroisse. Que cliacui! d'eux se consacre spécialement aux matières qui forment le programme de la classe qu'il sera appelé à diriger, histoire, géographie, grammaire, latin, anglais, etc., etc., le champ est assez étendu, et qu'il soit le professeur peimanent de cette classe. C'est ainsi qu'en quelques années, il pourra acquérir une compétence indiscutable et faire faire à ses élèves autre chose que des exercices de mémoire. Comme je l'ai dit plus haut, ce système est généralement suivi pour l'enseignement de la philosophie et des sciences naturelles^ et dans quelques collèges pour celui des belles lettres.
On s'imagine bien à tort qu'il suffit de mettre les classes élémentaires sous la direction d'un simple moniteur, et que l'instruction à donner à une classe de sixième ou môme de huitième, est une tâche ingrate, indigne d'un prêtre âgé et instruit. C'est, au contraire, dans les classes inférieures, que la nécessité d'un professeur éclairé, ayant une grande expérience, beaucoup de connaissances générales, d'habileté et de méthode, se fait peutêtre le plus sentir ; car c'est lorsque l'élève est jeune qu'il faut lui imprimer une direc-
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IJoii silri: cl Itii iusjiirer ie ijoût de l'élude. II faut qu'un professiitir, en dehors de ses leçons de yrammaiic et d'arithmétique, puisse îiiculr— quer aux enfants ces mille notions de loi générales, physiques, naturelles, climatériJ quGS, etc., qu'on appelle leçons de choses d éveiller chez eux la curiosité de savoir,
■ satisfaire cette curiosité par des esplicaJ (ions propres à frapper l'esprit et à charmers l'imagination.
C'est dans nos collèges enfla que le mons-^l
' tre de l'anglicisme devrait être occis, et cej
i n'est pas là, comme on le sait, une tâchai facile, fl ne sufCt pas de restituer leur senal propre à un grand nombre de mots et d'eaJ éliminer d'autres, il faut encore constituer I tout un vocabulaire, apprendre aux élèves à J nommer en français la plupart des produits de . la science industrielle moderne, des arts mé-
. caniques, des inventions qui datent d'après la J conquête, un hon nombre des oLjets de con-1
' sommation, des étoiles, des articles de quiii^4 caillerie, d'épicerie, etc., mis en circulation par le commerce, enfin un certain nombre d'objets d'un usaqe domestique quotidien. Aux seuls titres : chemins de fer, navigation, administrations publiques, il y aurait matière pour un travail assidu et appliqué de plusieurs semaines. Certes, il est hon qu'un homme J
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appartenant aux professions libérales sache un peu de latin, mais il vaut encore mieux qu'il sache le français. Nous pouvons, d'ores et déjà, constater que ceux d'entre nous qui savent Tamjlais, le parlent plus purement que le français. N'est-ce pas un commencement d'absorption?
Pour que les jeunes Canadiens puissent acquérir, dans nos collèges, cette connaissance primordiale de notre langue, il faut que les professeurs procèdent d'abord à un travail d'épuration dans leur propre vocabulaire, et qu'ils reconnaissent, avant tout, que ce vocabulaire est défectueux. Je me permettrai encore de suggérer les idées suivantes : 1** charger de l'enseignement de la grammairel dans les classes inférieures de nos collèges, un ecclésiastique ou religieux français de France \ 2° Encourager les élèves, par tous les moyens, à combattre l'anglicisme, à prononcer correctement, à former des associations pour l'épuration de la langue, etc.
Nécessairement cette lutte ne sera pas permanente, et quand deux ou trois générations de collégiens parlant un français pur se seront réparties dans toutes les fonctions de notre vie publique, les carrières libérales, le journalisme, etc., le danger sera conjuré.
Que pour élever le niveau des études il soit
nécessaire d'augmenter dans une certaine mesure la rétribution annuelle payée par les élèves, cela me paraît assez probable, et je n'y vois pas, d'ailleurs, grand inconvénient. Nous avons, dans la province de Québec, dix-sept collèges classiques (i), comptant, chacun, en moyenne, deux cents élèves; les professions libérales sont encombrées ; ceux qui sortent, chaque année, de ses collèges sont impropres au commerce et s'adonnent rarement à l'agriculture. Pour peu que cela continue, nous verrons bientôt des bacheliers ouvriers de fabriques et débitants de liqueurs.
Nos voisins des Etats-Unis ont passé par une phase semblable, dans la première partie de ce siècle. Un Anglais, M. Fearon (2), qui visitait ce pays en 181 8 constate que les avocats et les médecins y sont aussi nombreux que les indigents en Angleterre, et il attribue cette abondance au bon marché de Tinstruc-
1. Dans les départements les plus populeux et les plus riches de France, on compte rarement plus de deux ou trois établissements d'instruction secondaire.
2. Lawyers are as common hère, as paupers in England... The cheapness of collège instruction and the gênerai diffusion ofmoderate wealth among mechanics and tradesmen, enable thein to gratify their vanity by giving their sons a learned éducation. This also opens thc door to them for an appointemenl; and by the way, the Americans are grcat place-hunters. « Sketches of America ».
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tion dans les collèges et à la diffusion générale du bien-être parmi les artisans. L'avantage d'avoir fait des études classiques donne un accès plus facile aux emplois dans les administrations publiques. « Et. les Américains, ajoute M. Fearon, sont de grands chasseurs d'emplois. »
Le bon marché des études classiques ne nous procurant aucun profit, ne vaudrait-il pas mieux augmenter le prix des classes et de la pension dans nos collèges, si cela pouvait permettre aux autorités ecclésiastiques de doter notre pays d'un système d'instruction secondaire amélioré? Ceux qui distribuent le savoir et préparent les jeunes gens à remplir des fonctions considérées, jusqu'à un certain point, comme privilégiées, ont le droit absolu de réclamer une rétriJ)ution adéquate à leurs travaux. L'État doit veiller à la diffusion de l'instruction parmi les populations, mais aucun corps de l'Etat n'est tenu de donner ses soins et ses veilles pour moins qu'ils ne valent. Naturellement, dans ces circonstances, il I'hudraiï, comme dans les autres pays, créer un certain nombre de bourses et empêcher ainsi que des jeunes gens supérieurement doués ne soient privés des bienfaits de l'instruction.
Je suis convaincu que notre nationalité, surtout depuis le mouvement d'émigration des
trente dernières années, ne pourra se maintenir que si nous restons étroitement unis à notre clergé, mais je suis également convaincu que si, tout eu étant fidèles à notre religion, nous ne faisons pas un grand effort pour nous créer, dans la vie intellectuelle universelle, une place honorable, et dans la vie intellectuelle du continent américain, une place à part et supérieure, il nous faudra renoncer à cet espoir patriotique.
S'il est d'une grande importance pour nous de débarrasser notre langue des scories qui la déforment et de réorganiser notre enseignement secondaire, il n'est pas moins important et nécessaire de créer un enseignement universitaire supérieur, car ce n'est que par renseignement universitaire que nous pourrons former au sein de notre population cette élite intellectuelle sans laquelle un peuple reste nécessairement inférieur.
On se plaît, en certains milieux, à combattre Tuiiiversité, que l'on accuse de donner un moule trop uniforme à la manifestation des connaissances, de trop subordonner les ins-
ry.,-.y-.
tincts géniaux aux fègles et aux formules, de créer des habitudes poncives, pédantesques, de tout soumettre à un critérium unique, etc., etc. Mais dans les pays où ces critiques reviennent périodiquement devant le public, sous forme d'articles de journaux et de revues, régnent des traditions séculaires de culture et une grande activité intellectuelle.
Dans notre province, l'émulation que créerait la présence d'un certain nombre d'hommes ayant des connaissances profondes et remuant des idées ; l'attrait qu'apporterait à la vie des étudiants la faculté d'assister tous les jours à de nombreuses conférences de professeurs éloquents (étant donnée la passion croissante de notre jeunesse pour la phrase parlée, la parole s'adressant a l'oreille), l'agrandissement de la vie intellectuelle qui en résulterait, seraient pour nous une source de biens précieux.
On peut, à la rigueur, s'instruire par le livre; un grand nombre de lettrés de tous les pays n'ont jamais été inscrits dans aucune faculté. Au Canada, le livre même nous manque et l'université seule peut donner à notre jeunesse, avec le goût de l'étude, une direction sûre et une méthode. « L'Université nous apprend à lire », dit Carlisle.
Mais nous possédons une université avec
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facultés (le droit, de médecine, de sciences et de lettres... Je n'en veux pas faire la critique. Ses professeurs se rendent parfaitement compte de leur insuffisance. Combien en est-il, dans les deux dernières facultés que je viens de nommer, qui voulussent se charger de faire un cours dans un simple lycée de France?... Je n'insiste pas. Le nombre des cours surtout est absolument insuffisant. Je citerai, à ce sujet, quelques chiffres empruntés à des annuaires d'universités étrangères :
L'Université de Genève comprend cinq facultés : droit, médecine, théologie, sciences, lettres et sciences sociales.
La faculté des sciences se compose de huit chaires : mathématiques, astronomie, physique, chimie, minéralogie, zoologie et anatomie comparées, géologie et paléontologie, botanique.
La faculté des lettres compte également huit chaires principales : langue et littérature latines; langue et littérature grecques; littérature française; histoire de la langue française, diction et improvisation ; littérature comparée; littérature allemande, philologie, philosophie et histoire de la philosophie ; sciences historiques; économie politique et sciences sociales.
J'ai devant moi l'annuaire de l'université
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de Bonn pour 1878-79. Les élèves y étaient cette année-là au nombre de 1.098, dont 4'^ étrangers. Les différentes facultés comptaient 59 professeurs titulaires, 28 professeurs adjoints et un certain nombre de legentes doctores.
Les principales matières professées, en dehors des facultés de droit, de médecine et de théologie, étaient les suivantes : philosophie, philologie, histoire et sciences historiques auxiliaires, beaux-arts, mathématiques, astronomie, sciences naturelles, économie politique et science financière.
Le cours de philologie, pour ne parler que d'une de ces matières, se divisait comme suit: 1° Philologie classique ; 2** philologie orientale, avec deux professeurs; 3° philologie allemande et romaine, avec cinq professeurs.
Veut-on avoir une idée des sujets traités dans ces différents cours, je prends un seul professeur dans la division de philologie.
Cours du professeur Bennaijs.
Cours privés.
Introduction aux dialogues de Platon et interprétation de la République ; interpréta-
tion (le la poétique d'Aristote ; Interprétation de la politique d'Aristote et exposition de la théorie des Grecs sur TEtat; Histoire de la philoloyie; Explication du poème de Lucrèce, « De rerum natura » comprenant l'histoire de la littérature stoïcienne et épicurienne. Histoire de la civilisation de l'Empire romain et explication de la biographie d'Auguste par Suétone ; Interprétation des lettres de Cicéron et histoire de la chute de la République.
Cours publics.
Doctrine d'Aristote et des autres philosoplies grecs sur l'Etat. Histoire du développement des constitutions athéniennes. Histoire du développement de la rhétorique chez les Grecs, et interprétation du discours de Thucydide. ^ Interprétation des lettres de Cicéron à Atticus, à l'époque de l'assassinat de César. Doctrine des philosophes qui ont précédé Platon. Histoire de la critique littéraire en Grèce et en Allemagne.
Je ne cite pas cette page afin de recommander à notre imitation l'état de choses qu'elle indique, mais afin que l'on comprenne bien que ce que l'on appelle « les Hautes
Études » n'exîste pas dans la province de Québec, et que lout est à créer. Ce n'est pas en une ou deux décades, à la vérité, que nous pourrons atteindre ce but ; mais il importe que nous jetions, dès à présent, les bases d'un enseignement universitaire sérieux et que nous commencions à inspirer aux jeunes gens le goût d'apprendre et d'étudier. On m'objectera qu'un avocat ou un médecin n'ont pas du tout besoin de s'absorber dans l'étude des sciences et de l'antiquité, et que qu'il leur faut suivre tout d'abord, ce sont des ce cours de droit ou de médecine. « Pourquoiy disait Mfjr Du pan! on p (i), ne pas unir â la science du droit et des affaires, les études littéraires, historiques, philosophiques? Dans ces études, dans cette haute culture de Pes^ prit et de toutes les facultés brillantes de rûme, il II a plus encore qu'un charme, il ij a une lumière et un secours pour la science du droit elle-même et pour le talent de la parole. Est-ce que la parole d'un magistrat on d'un avocat lettré, comme l'étaient d'A" guesseau, Pat ru, etc., n'emprunterait pas à ces connaissances une élévation, une gravité, un attrait, une dignité, une puissance de plus ? Est-ce qu'il n'g a pas entre les facul-