‹ L'avenir du peuple canadien-françaisChapitre 46 sur 61 · I. Questions confemportiines · texte numérisé non relu

I. Questions confemportiines

3lH l'avf.mr nr peuri.F. (:A.\AmEN^ttANÇAis

etistmble, la vo/ont^ île continuer à fatA valoir l'héritage qu'on a reçu iadivia

, L'/it>mme ne x' improvise pas. La natioi foriime /'individu, eut l'a/xiulissanl d'un loa^

L pas**^ d'efforts, de tacrijices et de dém

) ments. ■»

Eii nous arriUanl aux termes de celte àém

} iiition, il nous faut conclure que la natiql canadienne n'est encore qu'à l'état embryona naire; elle existe du seul fait de notre conseôi temeut actuel de vivre ensemble, et nul volonté, mille Torce, nulle puissance ne satf rait faire qu'il en soit autrement. Un pasi d'union et d'efforts communs manque aa!

dirers groupes ellmoyrapliiques du DominioiK^ Eu revanche, nous possî'dons les élémeiitî constitutifs de deux ou trois peuples. Le mçS «; peuple » est aiusi dt-Hini par M. Bliuita chli (i). *. La communautr' de /'csj^rit,

\ sentiment, de fa race, devenue h^r^itaini dans une niasse d' /tommes, de procession» 4 de classes différentes ; communauté qui, ^bi traction faîte d'un lien politique, se sa unie par la culture et l'origine, spéciale ment par la langue et les ma-ars et étn gère aux autres communautés de ce genre, à Le peuple canadien-français dilTèce de j

B t/e rtiai, p. ^l^.

l'avenir du peuple canadien-français Sig

voisins par la race, la langue, les qualités de l'esprit, les aptitudes morales et les souvenirs historiques. Nos compatriotes venus d'Anyleterre, d'Ecosse et mc^me d'Irlande, abstraction faite des liens politiques, se fondent dans la grande masse pan-saxonisée qui forme l'immense majorité de la population de l'Amérique du Nord.

Etant donné cet état de choses, sommesnous, comme on l'a souvent prétendu, un obstacle à la constitution d'une nation canadienne? A ceci, nous n'avons qu'une réponse à faire : notre position est bien claire, bien logique, bien définie et nous ne pouvons rien y changer. Le pays que nous occupons, nos pères l'ont conquis, colonisé et arrosé de leur sang. Nous Taimons parce qu'il est pour nous, la seule et unique patrie et pour toutes les raisons qui font aimer la patrie. Nous le désirons prospère et nous voulons contrilnier à sa prospérité, parce que nous ne pourrions, à moins d'être idiots, entretenir d'autres désirs. Nous sommes prêts à le défendre, à défendre nos foyers, si jamais on les attaque, ce qui ne nous paraît pas probable, comme nous les avons défendus dans le passé. Notre titre de Canadiens-français n'implique ni rancune, ni hostihté contre aucune race, contre aucun Etat; nous professons les sentiments les plus

Sao i/avemk m pkli»lk canadien-franç.vis

aiiii.aux pour nos roinpatriofes parlant une laïKjiie (lillY»reiile de la u^*>tro. Enfin, nous sommes fidèles aux souvenirs de notre passé; nous entendons ne rien abdiquer de ce que nous ont liMjué nos an^^i^lres et de ce que la constitution sous laquelle nous vivons nous a permis de conserver.

Que les Canadiens anylais, écossais et irlandais, s'inspirent de sentiments identiques, et si nous ne réussissons pas à former, comme la Suisse, par exemple, qui compte des peuples de trois races différentes, une nation unie, proyressive et prospère, c'est que des lois historiques et socioloyiques auxquelles nous ne pourrons nous soustraire s'opposeront à la réalisation de cette ambition.

En attendant, nous sommes de lovaux sujets de la couronne crAïKjIeterre.

11 arrive parfois que certains d'entre nous, emportes par la chaleur des discussions politiques ou autres, déclarent qu'ils sont liers de IvMir aliuMjeance à la Cirande Bretayne. Cela n'est ])as exact. La fierté, avec le sens qu'on hii prête ici, c'est ce sentiment de satisfaction iLMjitime qu'on éprouve en constatant que l'on ])ossède ([uehjue qualité, quelcjue avantage que d'autres ne possèdent pas au même dey ré ou ne peuvent pas acquérir. Or, je n'ai

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pas le moindre doute que la qualité de sujet britannique ne puisse être facilement étendue à tous les peuples qui en manifesteront le désir.

Le fait est que nous avons été mécontents pendant im siècle, de 1760 à i848, ou même 1867, et ([u'aujourd'hui nous sommes satisfaits. Du reste, la plupart des exclamations de ce (jenre que nous arrache le lyrisme ol)ligatoire des grandes manifestations ne sont (juère plus justes.

Nous sommes fiers, au contraire, de ce que nos pères ont fait pour nous empocher de devenir sujets britanniques et de ce qu'ils ont fait, après la conquête, pour nous ol)tenir les Iil)ertés dont nous jouissons.

Loyaux sujets, nous le sommes. Nous ne faisons pas de notre loyah'sme une question de sentiment : nos intérêts immédiats et surtout ceux de notre avenir nous lient et devront nous lier, pendant de longues années encore, à la couronne d'Angleterre. Nous ne sommes mûrs ni pour l'indépendance, ni pour l'annexion aux Eta(s-Unis. L'indépendance du Canada, nous ne pouvons la désirer, tant qu'un esprit assez libéral et assez large pour respecter fous les droits et ménager toutes les susceptibilités ne se sera pas implanté dans les sept provinces du Dominion. Nous ne pou-

ai«

r3s3 l'avenir lit PEUPLE CAKADlEN-FRAN^fAlB

IvOQS désirer l'aunexioD aux Etnt»-Unifl, ta«1. I loue les Canadieos-FrançaÎB n'auront pas con- Lquts, par leur développement intellectuel, ■imatériel et moral, un droit inéluctable au I.VK nationale distincte; tant que le sentiment | nMtrîcitif^ne ne sera pas cliez eux assez pms- Kouit pour résigter à tontes les épreuves hrîampker de tous les obstacles.

V Quant â l'indépendance de la province de ' ■iSuébcc, il serait ridicule d'y songer ; I serait l'élablissement d'une république sur le

■ modèle de celles de l';\jnérique du Sud, ce iîKrait lidier la bride à toutes les convoiti^ Ifles, à toutes les ambitions, à toutes les vanillés, établir d'une manière permanente le ,

■ Tétjne de la corruption, de la médiocrité et de Bi'inlolérauce.

I Pendant que les hommes de race anglaise M'occupent de leur avenir commun et se Kcteffisndent conimeut ils pourront imprimer aux Eltommes, aux événements et aux choses, une 1 Bdireclion qui leur assure dans le monde la j ■■prééminence qu'ils convoitent, nous n'avons i l^qu'une chose à faire et notre rAle est tout I ■tracé : enyloijés dans les possessions anglais

■ ■es, ayant avec nos voisins des autres pr&- I I winces des intérêts communs, nous devons I I itous associer à tous les efforts de ceux-ci, ea 1 k tfiut qu'ils tendent à utiliser nos ressourceK

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matérielles et à élever le niveau intellectuel général. Tous les projets ayant uniquement pour but de favoriser l'expansion de la race anglo-saxonne et d'exalter l'orgueil britannique, reçoivent de notre part une attention sympathique, mais nous n'aurions que faire de nous y associer et, surtout, de les entretenir avec enthousiasme. Si nous disions le contraire, on ne nous croirait pas ; ce ne serait pas naturel.

Les Canadiens-Anglais sont Anglais d'abord, Canadiens ensuite. Les Canadiens-Français, bien qu'invinciblement attachés à tout ce qu'ils tiennent de leurs ancêtres de France, sont Canadiens avant tout, car ce nom leur appartient depuis trois cents ans, car ils ont une histoire dont les fastes se sont déroulés sous le ciel du Canada : de fait, leur vie nationale dans ce pays serait aussi intense que celle de n'importe quel peuple européen, si elle n'était aflaibliepar l'émigration continuelle aux Etats-Unis.

Dans ces circonstances, la formation d'une patrie canadienne, sur le modèle de la République helvétique, d'une nation basée sur l'union, et le respect mutuel des droits de tous et de chacun, est-elle possible ? Je le répète, aucun obslarle de notre part, de la part, du moins, de l'immense majorité des

n«Mres ne s'y oppose. Nous n'aspirons pas à une vie politique autonome ; nous nous savons f destinas, quoif/fi'i/ arrive, à être une partie intfhjra.ite d'une nation composée d^élêments ethiKujraithiques divers^ et nous en prenons bie,i volo.itiers notre parti.

Tue union politique et d'intérêts, telle qu'est la confédération canadienne, telle qu'est devenue r Union américaine, ne saurait aspirer à devenir k bref délai un tout homogène, un ensemble dont toutes les parties seraient animées par une même pensée, un même sentiment. Les sympathies ne se commandent pas, « une nation ne s'improvise pas ».

Pourquoi, d'ailleurs, voudrait-on que cette unioii prît un aulre caractère ? Elle suffit, à noire épotpie, aux besoins des ])euples américains, elle assure le bon fonctionnement des gouvernements, elle garantit la sécurité de tous. 11 faut laisser le temps accomplir son œuvre (i).

Mais, je Tai dit, les Canadiens-Anglais, sont Anglais avant tout : ils n'ont pas oubhé qu'ils sont les vainqueurs, et nous les vaincus. La

I. M. Golilwin Sinilh déclare que « la Province de Québec est un corps non conducteur qui empêche la pensée nationale de circuler dans les veines du Dominion ». Si cela vous gène, pourquoi nous avcz-vous conquis ? pourrions-nous lui répondre.

plupart d'entre eux ne comprennent pas que nous puissions nous refuser à r honneur de r assimilation anglaise et ne sont pas convaincus que nous n'al)diquerons jamais notre nationalité. Enfin, dans leurs âmes tenaces et exclusives, certaines antipathies anciennes se sont perpétuées, qui n'ont laissé presque aucune trace dans les nôtres.

Les Suisses ont été Suisses avant d'avoir un sentiment quelconque de nationalité française, allemande ou italienne. La Répul)lique Helvétique est une vieille nation dont l'union repose sur bien des gloires, bien des combats, bien des sacrifices communs. J'ai lu, en ces derniers temps, un grand nombre d'ouvrages sur la constitution, les lois et les institutions de ces doyens des républicains, j'y ai cherché en vain une seule phrase, un seul mot rappelant l'existence d'une différence de race, de langue, d'aspirations. \ji\ Suisse ne songerait pas plus à reproclier à un de ses compatriotes de parler français, italien ou allemand, qu'un protectionniste canadien ne songerait à faire un crime à im de ses voisins libre-échangis(e de ses opinions économiques. En outre, il y a entre eux communauté de reb'gion.

3a6 l'avenir du peuple canadien-faançais

Entre Français, Italiens et Allemands, une querelle basée sur des questions d'intérêt peut être facilement allumée et aussi facilement apaisée, quand les questions d'intérêt sont résolues, comme mille circonstances du passé l'ont prouvé et comme le prouvera, je l'espère, un avenir prochain. Entre Français et Anylais, les relations même amicales ne vont jamais sans une certaine contrainte. Cela tient aux traditions, à l'histoire, au caractère particulier de chacune des deux races.

L'antipathie dos Anylais pour nous est bien ancienne. « // est ccrtai'/i, dit Siillif^ dans ses mémoires^ (jne /es Ang/afs nous haïssent et d'une haine si forte et si générale qîi^on serait tenté de fa mettre au nombre des dispositions nature/ /es de ee peup/e ». Cette haine a été entretenue par des luttes presque continuelles, des yuerres séculaiies, une rivalité constante. Un écrivain anylais (i), parlant des sentiments des Américains pour les AïKjIais en 1824, disait : « Leur haine n^est pas basée sur des eauses dictées par /a rai-

i.M. Fearon. « Sketches of America,

son, ses principes constitutifs ne peuvent être appelés ni rationnels y ni fondés sur le raisonnement. Cette haine est, dans sa nature et dans la manière dont elle se manifeste^ exactement semblable à celle que professent les classes les plus ignorant es , en Angleterre, vis-à-vis du peuple français. Elles ont toujours détesté les Français, et la seule raison qu! elles peuvent donner de ce sentiment, c'est que ce sont des Français et que les journaux disent qu'il faut haïr les Français ».

Les journaux anglais se sont bien modifiés depuis lors, nous devons le reconnaître; aujourd'hui ils ne prêchent plus que la paix et la concorde, et ils sont devenus des modèles de courtoisie internationale.

En i6o3, Sully parlait de la haine des Anglais en général; en 1824, Fearon ne parle que de celle des classes les plus ignorantes. Ainsi il y a eu progrès.

Dans la lutte pour la priorité, qui a divisé si longtemps nos deux mères-patries, d'autres peuples puissants sont venus prendre position, d'autres peuples puissants qui réclament aussi leur part d'influence dans lu marche de la civilisation ; la première place n'en est pas moins encore dispulée par les deux anciennes rivales. Le Français, parlant de sa patrie, dit volontiers « La grande nation ». L'Anglais sous-

3^8 l'aVI-NIR du PEIPLE CANADIEN-FRANÇAIS

cMiteiid radjectif. Mais il a une manière à lui de prononcer ces niots- : « The E,iglish. The Uritish Empire », qui ne laisse aucun doute sur la haute opinion qu'il a de lui-même. Le Français se croit supérieur à tous les peuples d \\\ terre, l'Anglais est d'avis que tous les peuples de la terre lui sont inférieurs. Le Français appelle modestement sa capitale. « La ville-lumière. Le cerveau du monde civilisé » ; TAnjjlais compare sa mission dans le monde à celle du peuple romain.

Cette rivalité dans l'œuvre féconde de la civilisation, a ajouté à la haine professée pour nous par Fennemi héréditaire certaines nuances d' un sentiment qui ne nous est pas, c«»peiidant, absolument défavorable. « La haiiœ que les A/uj/ais noiirrisse/tt pour les Frd.içais^ èerivait Ileine^ vers 18^2 (i), est jflf/s honorable j)oifr ce peuple que r affection imperti/iente qu^ils nous portent à nous^ Allé-- /nands, et dont nous sommes toujours redevables à quehpie lacune dans notre organisa-tio/i politique ou dans notre intelligence. Ils n(fus aiment à cause de notre faiblesse mari'time^ qui ne les menace d^aucune concurrence commerciale ; ils nous aiment pour notre Jiaïvetè politique, etc, ».

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