‹ L'avenir du peuple canadien-françaisChapitre 47 sur 61 · I. fîriefen aus Paris · texte numérisé non relu

I. fîriefen aus Paris

Le Français, convaincu de sa supériorité de race, ne s'en croit pas moins tenu d'être gracieux et aimable vis-à-vis des peuples étranyers, il se fait gloire de sa courtoisie, et nul ne sait mieux que lui distribuer les éloges et les marques de sympathie. L'Anglais, au contraire, ne dira du bien d'une nation étrangère que s'il a intérêt à le faire.

« Notre nation avec tous ses dé^ants^ écrivait Voltaire à Frédéric 11^ est peut-être dans l'univers la seule dispensatrice de la gloire,,, les Anglais ne louent que des Anglais, » Rivarol constatait le môme fait quelques années plus tard : « Nous sommes les seuls qui imitions les Anglais, disait-il, et quand nous sommes las de notre goût, nous // melons leurs caprices, nous faisons e/itrer une mode anglaise da is rimmen'je tourbillon des nôtroi, et le monde l'adopte au sortir de nos mai lis. Il tien est pas de même de r Angleterre: quand les peuples du Nord ont aimé la nation fraiçaise, imité ses manières, exalté ses œuvres, les Anglais se sont tirs, et ce concert de toutes les voi.r na ét^' troublé que par leur silence, »

L'Anglais a peu chnngé. La plupart des livres ([u'il éi-rit, pour la consommation nationale, sur les pays étrangers, sont très rarement ilatteurs. De môme, il n'attend de com-

SSo l'avenir nir I'Kiple casadif..\-fha>çais pUmenlB de personne et ses journaux reproduisent pas toujours ceux que la pres! étraayère lui adresse; sa propre opiuiou suffit. Ou ne saurait l'en hlâmer, du reste Lorsqu'un (jraud peuple qui s'est fait dans I monde une situation prt^pondérante, veut biev être salisFait de lui-même, que lui importent les critiques de ses voisins? qu'a-t-il Ijesoin de chercher au dehors des applaudissements, des sourires, des appréciations flatleuses? Ses jouruaux sont rédiijés par lui et pour lui, ce sont eux qui lui apportent l'i^lojje et !e blâme. EnjouantsouriMede conquiirant, d'économiste, de révolutionnaire, de poLtique ou de belli^ ^éraut, il est à la foin acteur et spectateur, ( en cette dernière qualité il peut se considérej comme le public connaisseur des premières « Les Anglais, dit un écrivain anglaSk très distingué ei 1res impartial, Af. Homet ton (i), ont l'habitude de la déférence poiO certaines distinctions, mais ils sont, en n temps, un peuple éminemment dédaigneua:

même dans les limites de leur lie. Leur àabi tude de mépris est ralme, sans forfanterie « sans vanité, mais elle est presque constanteM ils vivent difficilement dans cet état mitcytaT ou neutre qui n'est ni le profond respect 4

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le dédain. Ainsi lorsque il n^ existe pas de rai^ sons spéciales qui lui inspirent de la dé f égrenée pour un étranger, r Anglais se sent porté à le mépriser. Cet état d'esprit est cause que les Anglais^ comme nation^ estiment habituellement au-dessous de leur valeur la force et Viidelligence des autres nations ^ sans se faire une idée exagérée de ces mêmes qualités chez eux, »

Un autre anglais, M. H. W. Ross, dans une petite brochure sur les colonies anglaises, écrivait, non sans un certain sentiment de fierté (i) : » Voyez r Anglais à r étranger, Cherche-t-il à gagner les bonnes grâces des « indigènes » du pays dans lequel il se trouve? Apprend-il leur langue? Suit-il, à Rome, les usages des Romains? Fait-il des compliments? Non pas ; il emporte partout son pays avec lui. »

L'Anglais des classes moyennes est mal à Taise dans le doute ; il lui faut sur toutes les questions une opinion faite. 11 est tout ce qu'on voudra, mais il n'est pas sceptique. Il a érigé en dogme sa conception de la vie, du

I. Takc Ihe Enfjlishman abroad. Does lie a(l«Mnpt to inrjraliate himself willi « natives » of the counlrv hc mav he in? Does he learn tlieir lançjuayc? Does he « do in Rome as Home does? Does he roinpliment? I think not. Ile takes his country with hi:n wheresocvcr he goes.

bonheur, de rexcellence Cn toutes choses et il méprise toute idée, toute manière de voir ou d'ayir qui n'est pas conforme à la sienne. En matière de religion et d'histoire, comme en matière de bienséance et d'étiquette, il ne conçoit pas que l'on puisse penser autrement que lui, que des règles aient été formulées qui diffèrent des siennes.

Je choisis un exemple entre mille. En Angleterre, il n'est pas admis que l'on revête l'habit noir avant sept ou huit heures du soir ; de l'autre côté de la Manche, on a des habitudes différentes. Aussi, il faut voir la figure d'un touriste de l'Agence Cooke, lorsqu'à Paris, ou ailleurs, en France, il lui arrive, de rencontrer, vers dix ou onze heures du matin, des couples parés et fleuris, les messieurs eu habit, gantés et cravatés de blanc, se rendant à la mairie ou à l'égLse ; il faut voir le sourire supérieur et méprisant de Tinsnlaire. « Ces Français, semble-t-il se dire, n'ont aucune notion d'étiquette; on me l'avait bien dit, nous seuls sommes bien éduqués et savons ce que c'est que les bonnes manières. »

On l'a souvent remarqué, de tous les peuples, c'est l'Anglo-saxon qui voyage le plus et qui voit, de par le monde, le plus de villes et de monuments, mais c'est également lui qui connaît le moins les nations étrangères.

L'amour éclairé du pays est plus ancien, en Angleterre, qu'en aucun autre pays du monde. (Ihez tous les peuples d'Europe, on a vu, au cours des siècles passés, des grands seigneurs, des soldais prendre du service à l'étranger, lutter même parfois contre leur patrie, comme Tout fait le duc de Bourbon, Condé et tant d'autres. Jamais on n'a vu un fils d'Albion servir en mercenaire ; il n'a jamais lutté qu'au profit de l'Angleterre, et surtout il ne s'est jamais battu contre elle.

La France, si instinctivement généreuse, s'est parfois laissé dominer par le fanatisme, et c'est ainsi qu'elle a chassé de son sein et distribué dans d'autres pays (Angleterre, Allemagne et Suisse) un grand nombre d'hommes disthigués qui se sont fondus parmi les populations de ces pays ; l'Angleterre a toujours gardé tous ses fils.

L'Anglais, qui a été le premier peuple à jouir de grandes libertés constitutionnelles, a été le premier également à comprendre le patriotisme exclusif.

Dès renfance, le jeune Anglais est habitué à adopter comme dogme indiscutable la supériorité (le sa nation.

Je causais un jour dans une petite ville canadienne avec un élève d'un High sc/ioof, il me prit la fantaisie de l'interroger sur ses

;i( I IViMK I>|t PErPLE C.VNADIEX-FRA>Ç.US

études, Pouvez-vuuH me dire, lui demandai-je, qufl cfit le jilus yraiid i^crivaïn rjui art jamais cicislé ? Parrailenieul, me répoadil-il, c'est Sliakcsjtenre. Et le plus grand giîiiéral? C'est I le duc lie Weilimjloii. Le plus cjraad peintre î J Sir Josliua Reynolds, El le plus tfrand masi-a cieii '? apuiai-je eu souriant. Lui, u'h<^sita paal un instaut, et sérieux : «. C'est sir Arthur f Sullivan (i).

Je im pus m'empf^cher de lui crier : Bravo II

Et je me dis : Voilà uu petit bonliomnie qQîl

Lsera, un jour, eiiiployt^ de cheiuîn de fer,l

tcomniis chez ua marchaad de nouveautés, onM

l contre-inaUre chez queUpie industriel, et qui I

■pasi^era diins la vie, lier de sa nationalité, des

Vhauts fails de sa race, des génies qu'elle a

iproduits, fidèle au culte sacré qu'il doit aux

gloires du passé. Après tout, ne pouvant rece-

Iroir une éducation perfectionnée, pourquoi ne

feroirait-il pas que, dans tous les champs de

H'art, de la science, des lettres, sur toutes les

■grandes scènes du monde, un fils d'All>ion a

Wité le premier? Il n'aura jamais à discuter

|«e9 questions avec un étranger, et d'ailleurs,

■ lorsqu'il s'atjil de peser la Ilamme du génie, il

l'avenir du peuple canadien-frakçais 335

ne peut être question de poids et de balances ; toute opinion est soutenable.

Je ne désire qu'une chose, c'est que l'on puisse inspirer au jeune Canadien-Français destiné à ne pas dépasser en fait d'études la limite imposée par le programme des écoles primaires, cette même admiration exclusive, ce même culte pour nos gloires nationales, pour les gloires nationales de la France, et qu'aux mômes questions il soit prêt à répondre : Bossuet, Molière, Victor Hugo, Napoléon ; Delacroix, Puvis de Chavannes, Meissonnier;Gounod, Ambroise Thomas ouAuber, ou Saint-Saëns.

En thèse générale, s'il est désirable qu'un cosmopolitisme de bon aloi s'introduise dans les mœurs des classes dirigeantes, et qu'une grande courtoisie préside aux rapports de peuple à peuple, on ne peut nier, au moins d'après les idées qui prévalent encore de notre temps, que Texclusivisme des masses, leur injustice même, leur fanatisme souvent, ne soient une force pour une nation composée (V èlrments homofjèiies^ et dont l'union est l'œuvre de plusieurs siècles.

Lorsqu'il s'agit de la consolidation d'un Etat formé par deii;v on trois peuples que dioisent des a/itipathies séculaires^ de l'étabhsscment d'une nation dont les bases doivent être une

33G l'aVEMI» DV I-EIPLE CA.NADI ES-FRANÇAIS

yraiide lulérance, une ijrandc larijeiir d] vues, celte dispoKJlloit d'espril esl, au coït traire, un grave oljslade. L'exclusivisme le fanatisme deviennent des éléments de fat blesse.

Notre avenir politique dépend, dans grande mesure, des sentiments que nos coin patriotes anglais entretiendront à notre égardJ de l'esprit de tolérance ou d'intolérance doQfl ils feront preuve, jusqu'A ce que le temps noii^ jtaraisse venu de séparer nos destinées dft! celles de la Grande-Bretagne. L'étude de l'esprit anglais, de ses préjugés, des sympathies dont il est susceptible, des antlpatliies dont il se (juérit difficilement, peut donc nous aide] puissamment dans nos recherches.

Les traits de caractère que j'ai énuméréi plus haut se rencontrent surtout chez led f Anglais de la classe moyenne et des bassea| classes; ils ne contribuent guère à les rendi syRipalhiqucs. En revanche je ne connais rieâj de charmant comme un Anglais instruit, cour-J fois, libéral et professant sur tout des idéel larges et généreuses. Ce sont des hommes t cette catégorie qui ont conquis la liberté pooi leur pays et qui ont créé ce mol « fair-play », qui n'est pas toujours lettre morte, comme le

qime qu'on a adopté à notre égard.

régir

18(17, '"^us le prouve amplement, Avons-noui

plus, au Canada, de ceux-ci que de ceux-là? Thatis the question (i).

Dans une petite brocliure intitulée : « Canadian nationality » et publiée il y a quelques années, un Anglais, M. Charles J. Binmore, écrivait ce qui suit (i): La population de la

I. « Ne sommes-nous pas, après tout, un peuple d'opprimés », me disait, il n'y a pas longtemps, un aimable compatriote anglo-saxon, « dans ce Dominion anglais qui est notre (in that English Dominion of ours). Le chef du gouvernement Sir John Thompson est un Irlandais catholique ; le leader de l'opposition, M. Laurier, est Canadien-Français; nous sommes absolument relégués au second plan ». 11 me disait cela avec un sourire plein d'esprit et de fierté et paraissait heureux de constater qu'il pût en être ainsi sous le sceptre d'Albion.

Je me dis quelquefois que, si nous redevenions, pour une seule année, colonie française, nous serions bientôt à couteaux tirés avec nos cousins de France, que nous aimons fort cependant et dont nous sommes excessivement fiers. Combien il y aurait de vanités froissées, de susceptibilités blessées I

a. The people of the province of Ontario, the backbone of the whole Dominion, are nothing if not anti-frcnch. The dislike and suspicion with which the French-Canadians regard Iheir english compatriols are heartily returned by the people of Ontario, with llie galling addition of a loudiy expressed contempt.

The résistance offercd by the English of Qucbsc to the

338 l'avenir iJi: PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS

province iVOntariOy la province la plus importante du Dominion^ est absolument anti" française. Les sentiments (Vantipathie et de df' fiance qu entretiennent les Canadiens-Français vis-à-vis de leurs compatriotes anglais^ leur sont cordialement rendus par ceux-ci^ aveCy en plus, cette addition irritante d'un mépris hautement exprimé ».

« La résistance opposée par les Anglais de la province de Québec à P extension de Via-^ Jluence canadienne-française dans les ajfai^ res municipales et provinciales est souvent Justifiable et l'attitude d'opposition habituelle qui en est la conséquence est, au moinsy Intel-ligible^ mais les gens d'Ontario, sans avoir cette excuse pre/uient une attitude de mépris hautain et attribuent sans hésitation à la différence de nationalité la prospérité plus grande dont ils jouissent et qu'ils doivent principalement à la supériorité de leur sol et de leur climat et à la plus grande somme

extension of Frcnch-Canadian influence in municipal and provincial alTairs is often jusliQable and Ihe conséquent atti-^ tude of cusloinary opposition is, at least, intelligible ; but the people of Ontario without this excuse assume a position of lofty disdain and unhesitatinyly attribute to the différence of nationality the hiçjher prosperity which tliey owe chiefly to the superiori(y oftlieir soil and climale and to their greater command of capital and labour.

de capital et de main d^œuvre dont ils dispo^ sent ».

Je ne saurais dire si les sentiments prêtés par M. Binmore aux habitants d'Ontario peuvent être ainsi généralisés, mais ce sont certainement ceux de la masse du peuple. Certains de leurs journaux croiraient manquer à leur mission d'organes populaires accrédités, s'ils négligeaient de publier, au moins une fois par mois, quelque article injurieux à l'adresse des Canadiens-Français. Le plus souvent ils ne se mettent pas en frais d'imagination et se contentent de rééditer sur notre compte ce qu'un écrivain de Londres, M. Ilowieson, qui visitait les établissements agricoles des colons d'Ontario, en 1821, écrivait sur le compte de ces derniers.

Qu'on me permette de citer quelques phrases (1) :

« Je m'rtais promis beaucoup de plaisir^ en songeant que je pourrais admirer de mes

I. J had anlicipafed miich pleasurc from Ihe idea of beîng an eye-wilness of Ihat ncalness, laste andinviling simplicily, which, J was lold, characteiized Ihc peasantry of Upper Canada..., but J indeed fell disappointed, when, even in the oldest seulement, J saw evcrythiny in a state of primitive rudcncss and barbarism.

« The selliers follow Ihe babils and custonis of the peasantry of the L'nilcd States and of Scotland, and consequcntly

3iio l'avenir du peuple canadien-français

propres ijeri.r cette simple élégance^ ce bon goiit, cette charmante simplicité qui^ me disait-on^ caractérisaient les paysans du Haut- (lanada,.. Mais fai été bien désappointé en constatant^ même dans les établissements les pins anciens^ que tout était dans un état de grossièreté primitive et de barbarie,

« Les colons suivent les habitudes et les coutumes des paysans des Etats-Unis et sont, en conséquence, excessivement sales, grossiers et négligents dans leur installation domestique...

« Les paysans écossais avaient été dégra^

are otTenhively ^dirly, gross and indolent in their domestic arrangeinents.

« The srotrh peasanls had becn degraded by a life of poverly, servitude and ignorance...

« The hcoUh and Enylish emiyrants are frequently atfirst a good dcnl piizzhîd with Ihe rorisi<lration with which Ihey are fr.Niteîl and \vli(»n they hear lliems(»lves adressed by the tilles, sir, master, (jentlenum^a varietyof new ideasbejin to illuminale their minds. Jhav(? ol'ten observed some old Highland peasanl apparenlly revolvirig thèse Ihings wilhin himself, twilching his bonnet from one side of bis weather-beaten brow to the olher, aind looking curiously around, as if suspicîous tbat thé p<;ople were (jnizzing hiin. However those who are at first Hiost sceptical al)out the reality of their newly-acquired importance, generally becomc mo.^t obstrusive and assuming.

TheCanadîans, in addition to their indolence, ignorance and Avant of ambition are very bad far mer s ».

« Sketches of Upper Canada, by John Hovvieson » (Whittaker. Ave Maria lane, London),

dés par une vie de servitude^ de pauvreté et d^ ignorance...

« Les émigrants Ecossais et Anglais sont souvent fort intrigués, tout d'abord^ par la considération avec laquelle ils se voient traités, et lorsqu'ils s^entendent appeler sir, master, gentleman, une foule de nouvelles idées commencent à illuminer leur cerveau. Souvent il m^est arrivé d^observer quelque vieux paysan des Ilighlands, qui retournait évidemment ces choses dans son esprit. Portant son bonnet d'un côté à Pautre de son front battu par Porage, et regardant curieusement autour de lui il semblait se demander si les gens s^amusaient à ses dépens.

Du reste, ceux qui sont tout d'abord le plus sceptiques sur la réalité de leur importance nouvellement acquise finissent généralement par devenir très prétentieux et trcs arrogants.

« Les Canadiens [d'Ontario), en outre de leur indolence, de leur ignorance et de leur manque d'ambition, sont très mauvais cultivateurs. »

Les habitants d'Ontario qui étaient certainement en 1821 aussi actifs, aussi industrieux, aussi soi([neux dans leur installation et leur mise qu'ils le sont aujourd'hui, en tenant compte de la différence des conditions éco-

Waifi l'avenir ni- teiple cakadik^n-françals ■Siomiqucs, peuvent tri^s bien bc moquer di iappri^cijitioiis tifî Ilowiesoii, comme nous not K'moquuns des cumplimenls du in<?me genre f^u ^DOtrs adressent les ha1>itan(s d'Ontario qt

■ n'ont jamais mis les pieds dans la {irovînce * l^^uélicr. Il y a parmi nous, il est %Tai, df ■toerftonnesqui s'en indiijnent et qui en soiiffren ■Us ont tort.

w M. Goldwin Smitli, un écrivain remarquablif

■ chez qui on pourrait s'attendre A trouve llicaiicoup moins de préjugés, écrivait en i88g I dans la Fortnirjhlfti iieview, que les Canadiens m Français sont indolents, i(]norants, mauva ft cultivateurs, qu'ils manquent d'ambition et i t Beraieiil bons qu'à faire des ouvriers de fabrï

■ <[Ue, s'il y avait des fabriques au Canada. Oj I Je voit, c'est ù peu prés exactement ime dej I phrases de Howieson (i).

V Quant aux sentiments des Canadiens-Fraik<^ m çais pour leurs compatriotes d'origine aoglaÏBe, K je crois pouvoir affirmer que, iii où \]s, em» I tent, ils sont ijénéralement sympatbiqae I Dans le plus «grand nombre des paroisses^ I la provini^e de Québec, il n'y n pas une serf I famille ançjlaisc, on ne voit jamais d'Aoglai^

I t. Lorsque ce auincro de lo Fornightli/ Reuiew m'est tant I cous la iimiu, Je me trouvais à, Londres avec quelques cwl

■ patriotes Anglais et rronçiiis. Aucun de nous oe s'est iadigiri

et par conséquent on ne se croit pas tenu de rien éprouver pour eux. Dans les cantons où la population est mixte ou compte une minorité d'habitants de lanyue anglaise, on est cordialement anglophile. Cela tient aux dispositions de notre nature plutôt portée à aimer qu'à haïr, aux quaUtés de notre esprit, curieux, enjoué, primesautier et se complaisant à voir les aspects différents des êtres et des choses. Cette disposition de Tesprit français apparaît dès les premières pages des annales de la Nouvelle-France. L'Anglo-saxon passe indifférent devant les étranges révélations d'un monde nouvellement né à la vie de l'histoire et apportant du fond de ses forêts le secret, presque perdu pour l'Europe, de la vie réellement primitive, de la civilisation barbare du premier âge. Le Français, au contraire, ne cesse de s'intéresser à l'homme sauvage, il apprend sa langue, il se fait son compagnon, il le suit à la guerre et à la chasse et quelquefois même, au fond du Nord-Ouest, il fidopte une partie de ses usages et veut partager son existence indépendante et libre.

Ainsi, pour un bon nombre de Canadiensfrançais, l'Anglais, de même que l'Américain, est intéressant et sympathique, abstraction faite de toute autre raison, parce qu'il n'est pas semblable à nous, qu'il parle une autre langue

v\ rjiKî s«rs rriaiiirrcs sont dilTérentes des ndires. Ml i'vAit pjirf'ois est préjudiciable à notre expansion ii;ilioii;il<.*, r;ir, il «irrive que quelques-uns d«' nos frrres — les plus i(|norants et Jes plus ïrvnirs il ridée piitriotique — émigrés aux \'Jiii^-\ 'nis,s*;iinérirufiisent peu à peu, insensi- MiMnrnf, c'ntrîiînés tout d'abord par ce diletf;intisfii(; n;iiï f|iii leur fait trouver un certain cliiirnir à parler une autre langue, à proférer des sons rlranijers, à se donner un air exotique, îi se révéler à eux-mêmes sous un aspect nouveau.

i U\ sent i/njînt qui nous porte à voir l'étranger d'un rril synqiîilliique, me semble, après tout, bien niiturt^l. l/liomme auquel l'éducation n'a p;is iinulqué de piéjn;)és, doit nécessairement rr<|judrr nvec, cjiriosilc d'abord, avec plaisir rnsiiilr, cri nulut lionnne f[ui ne peut prèsqiir en îiiicun cas t^trc sou rival et qui représriilr jiisfprà un <:erfîiin point une autre civilisalion, untî éducation dilTérenfe, des coutumes nonvellrs.

Dans iMie langue élran()ére, cliacuu a pu en faire robstMvalion, le parler populaire prend huijonrs un cachtît que nous ne lui reconnaissons pas dans notre propre lanyue, sa banalité disparaît, ce cpi'il renferme de trivial, de trop infime, <le cliorpiant se voile sous des sons qui nous sont moins familiers; la grossièreté

de riiomme vulgaire s'y pare d'un je ne sais quoi de pittoresque qui ne manque pas de charme.

Cette observation pourrait même se généraliser : l'homme qui nous parle dans une langue que nous ne savons qu'imparfaitement parle presque toujours bien.

Dans un petit pays, où se forment naturellement tant de rivalités, de jalousies, de haines . mesquines, il n'est pas de préservatif aussi efficace contre ces maux que la différence de langue et de nationalité. Ainsi dans un village de la province de Québec où se trouvent, par exemple, deux médecins, deux notaires, deux négociants français, une hostilité sourde ou déclarée règne bientôt entre les deux rivaux. Et c'est là l'un des cAtés les plus amusants de notre vie villageoise. Deux médecins, deux avocats, dont l'un est Anglais et l'autre Français, sont, au contraire, généralement les meilleurs amis du monde.

Dans nos villes, surtout à Québec et à Montréal, il existe sans doute un certain nombre d'anglophobes, mais aucun d'eux ne déteste l'Anglais pour la seule raison qu'il est Anglais. La haine, prenant naissance dans les principes, l'hérédité, les préjugés religieux, ne se rencontre guère chez les Canadiens-français. Chez quelques-uns, l'antipathie est née sou-

3^Ci i.'avkmh di; i'ei pi.r canadiex-français ^B

venl d'un molif personoel, une rancune particulière géiiLTalist^e à lorl ; chez un plus grand nombre, elle est le resscntimentdequejr (fue insulte à notre adresse, publiée dans < livres ou des journaux anglais. Elle s'a développée parce que le Canadien-Françaj n'a pas fait la part de cette propension natii relie de l'Anglais à mépriser tout ce qui »'efl pas lui.

« Whenthereis notsomeverij spécial i for /eelinrj déférence lowards a Joreiffrtej l/ie Eag/ishman is likehj to despise kim ».

Une troisième forme d'aQijlopliobie assez répandue n'est que la réaction produite par un sentiment tout contraire « l'Anglomanie i observée chez quelques compatriotes fraoçaifij Estr-ce un hasard? mais la plupart de ceuxd nôtres que j'ai rencontrés faisant profession d ne pas aimer les Anglais, confessaient leur principal grief était la constatatioa d'H ou de quelques cas d'anglomanie. Un Cai dien-Français ardentj généreux, fier de aîn race, sera outré de constater chez un coi triote l'absence de cette fierté, de ce patrie lisme dont il est lui-même rempli ; il se sentàMf^ humilié de ce tribut exagéré, payé, sans qu'on le demande, aux vainqueurs d'il y a cent trente ans, et sa rancune se portera instinctivement vers la cause innocente de cette humilîq^|

tîon. Un anglomane crée vingt anglophobes.

En Europe, on est, dans beaucoup de pays, anglomane ou gallomane ; c'est une innocente manie qui ne peut avoir aucune conséquence fâcheuse et ne flatte môme pas ceux qui Tont fait naître. Au Canada, le mot équivaut à lâcheté et trahison; car l'anglomane devient bientôt renégat.

Ceux qui donnent dans ce travers sont loin d'appartenir à l'élite intellectuelle : ce sont quelques ouvriers de fabrique, quelques commerçants enrichis qui ne connaissent qu'un idéal dans la vie, la fortune, et qui se disent qu'il est plus chic d'être Anglais^ puisque les Anglais sont les plus riches. Cependant rien n'irrite autant le patriote que cette désertion même du plus humble, du plus insignifiant. Le sentiment qu'il éprouve devant le renégat est un peu l'horreur qu'on éprouve en présence d'un cadavre ; car la vie suppose l'instinct de la conservation, et celui qui n'a pas cet instinct est mort au point de vue national.

l'esprit dominant

Quoique Ton puisse faire, Tinfluence du peuple vainqueur et disposaut de la première difjnité dans l'Elat, se fait toujours sentir, surtout lorsque ce peuple est jaloux de cette inilu(Mice et possède une supériorité numéri- (juc sur le peuple vaincu.

Dans un pays connue le notre, où la race victorieuse constituant la majorité s'appuie sur la population de tout un continent, ayant les nicnies prédilections et vouée au culte des mêmes dieux, il est difficile qu'elle ne fasse pas, au moins, prévaloir son esprit, qu'elle n'impose [)as peu à peu son idéal de ce qui est bien, de ce qu'il fiiut admirer. Or cet idéal, c'est la richesse ; du nord au sud, de Test à

l'ouest du continent américain, l'esprit mercantile et adorateur du veau d'or plane, rayonne, séduit, remplit tout ; comme je l'ai dit plus haut, il commence à pénétrer certaines couches de notre population.

(i) « Vor est nature/ /ement et incontestablement r idole de IWnglo-saxon. Il est sans cesse sur la brèche pour en gayner ; il évalue tout en numéraire ; il s'incline devant un gros sac d'écus et sourit de mépris en passant devant un petit sac. Il a une admiration insti/ictive et naturelle pour la richesse en soi. »

« Dans notre pays, dit M. Hamerton (2), les gens des classes moyennes sont fiers de la richesse des riches. Ils parlent des revenus considérables de la noblesse avec un intérêt qui est peut-être un reste de senti me fit féodal, la satisfaction d^ orgueil que tire un vassal de la grandeur de son suzerain. C'est un plaisir pour eux de penser que le duc de Westminster peut sortir d'Iuiton Hall avec ses i/ivités en une procession formée de ses propres voitures.

« La nature britannique est si bien faite pour être heureuse dans la richesse que lors--

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