I. Frencli ami Enyliscli
3r,6 i/a VENIR Dr PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS
tricl (|iii a remplacé, dans le mouvement de la forlime puhlifiue, les féodaux d'autrefois, jouit d'un certain jjresticje, mais il faut qu'il soit rent fois millionnaire. Un roman quj^ tout le monde connaîL et qui nous paraît en Amérique, superlativement idiot, « Le maître de forges » de (îeorjjes Ohnet, a eu un grand succès populaire, parce qu'en France, les préjugés de caste sur lesquels il est basé sont compris par tout le monde. Dès qu'un négociant français a fait fortune dans les soies, dans les huiles ou dans les bois de construction, et qu'il croit avoir assez de millions, il se lu\te d'enlever son enseigne, d'effacer le nom de sa maison, il achète un château en province, et ses héritiers dépensent en grands seigneurs les prolils de laboutifjue paternelle (i). Dans un pays de démocratie absolue, comme le Canada, on comprend que ce quasi-dédain du connnerce ne peut exister et serait souverahiement ridicule. Cependant, il existe un certain instinct qui produit les. mômes résultats. Est-ce un sens aristocratique dévoyé, estce seulement l'instinct du jouisseur ? Je ne saurais le dire. Il n'en est pas moins vrai que, jusqu'à présent, les maisons de commerce
I. A Londres, im commis en nouveautés de la cite est un « citij (jentleman »; à Paris, on rai>pelle, non sans quelque dédain, « calicot ».
canadiennes-françaises les plus importantes n'ont pas été transmises et — notre développement économique étant tout récent — ne ])araissent pas devoir être transmises, comme cliez nos compatriotes anglais, à une deuxième ou à une troisième yénération. I a femme, par exemple, dont les préférences en ces matières ont une influence souvent décisive, la femme canadienne-française sera plus fière de s'appeler Mme Durand, femme du docteur Durand ou de M. Durand inyénieur civil, bien que tous deux soient pauvres, que Mme Durand femme de M. Durand, de la maison Durand, et Cie, bien que cette maison soit puissamment riche. Une Américaine ou la fille d'un de nos compatriotes anylais serait d'un avis tout différent, Peut-ôtre faut-il voir dans ces préférences une prédisposition de notre race à (»stimer, avant tout, les productions de l'esprit ; et si peu qu'il soit fait usage de cette denrée, dans la besoyne routinière de la plupart de nos compatriotes appartenant aux professions libérales, l'enseigne est là : Le D'^X... est, en principe, un homme de science, M. Z... avocat, vit du produit de son travail intellectuel, et l'on reconnaît la noblesse de ce travail, bien qu'il procure rarement la richesse.
Dans son « Histoire, de la science et des
3r;8 l'avexïh du pelple canadien-français
Sfwants depuis deux siècles », A. de CandoUe observe que la môme manière de voir se renconfro dans les cantons de la Suisse française. « Sous ce point de vuCy dit-il, il existe une assez f/ra/ide différence entre les cantons allemfhids et français de la Suisse. Chez les premiers, on voit communément les fils de rirhes négociants ou industriels continuer la carrière de leurs pères^ au lieu que^ dans les cantons français^ un homme enrichi par le commerre ou l'industrie voit souvent avec plaisir ses enfants sortir des affaires et exercer une procession libérale. Le premier système est favorable aux développements écoHftmiques^ le second aux travaux de V Intel I i (je ne e. »
Ces ('Mats d'es[)ri( divers étant constatés, sommes-nous moins l>ien doués que les Anglais pour le eommerce et Tindustrie ? Cela est généralement admis sans conteste. Or, voici ce que nous apprend Thistoire.
Les Anglais n'ont conquis la suprématie commerciale et industrielle dans le monde qoe depuis deux ou trois siècles. Et ce, grâce surtout à rimmigration des Huguenots chassés de France par la révocation de TÉdit de Nantes, qui ont porté de l'autre côté de la Manche, leur activité commerciale et leur science industrielle.
l'avenir du peuple ganadien-fiukçais 359
(i) « Les Anglais étaient à P origine un peuple d'agriculteurs et de pasteurs... La laine et ses producteurs étaient d'un côté du détroit^ les ouvriers habiles qui la teignaient et la tissaient de Vautre côté... € Aussitôt que les artisans français se furent fixés à Londres^ ils s'occupèrent d'y établir les mêmes industries auxquelles ils s'étaient livrés sur le continent^ et une grande partie du fleuve d'or qui avait coulé jusqu'alors en France se détourna vers l'Angleterre^ et, dit un auteur du temps^ les Anglais ont maintenant une telle estime pour l'habileté des réfugiés français que presque rien ne peut se vendre qui ne porte une étiquette française. »
« (2) L'Angleterre doit aux Huguenots français presque tous ses arts industriels et une bonne partie des éléments vitaux les plus précieux de sa population actuelle... Les protestants émigrés étaient des hommes de valeur et ils ont exercé une influence bienfaisante et profonde sur notre race et sur notre histoire. »
« (3) Ce nest que sous le règne d'Elisa--
i. Siniles « The Huguenots ».