‹ L'avenir du peuple canadien-françaisChapitre 59 sur 61 · I. Martine et Durand. « Collection de vieux documents · texte numérisé non relu

I. Martine et Durand. « Collection de vieux documents

Jljn I.'aVËMR UL l'ElPLE CA^ADlSN-FKA^iÇAIS ^H

Eh bien, faisons dem^me : Haïssons les pt^| jui|^9 étroits (]ue nous reDcoiilroas chez ^^Ê ceriniii noiiihri; tic nos compalriolea au'jUi^l airiiuus les nombreuses qualit<ïs que uous Irot^fB vous chez tous. J

Puisseiit-ilH, eux surloat, adopter la m£in^| manière d'aijir à notre ^()ardl Tout le moucl^| il est vrai, n'est pas capable de cette abstra^f tioQ. ^1

U est des gens qui prétendent, eutre autr^H t'illustre écrivain russe Tolstoï, que les pe^| pies sont naturellement portés à s'aimer eS iju'il faut tous les eirorls des (jouvernementeS poiu- étouffer ce stîiitiiiienl naturel. Cette opt-ij nion est sans doute quelque peu optimiste, maitM on peut admettre au moins que la haine et l'ân^V tipathie fondées sur des raisons purement arti-J ficielles ne sont pas indestructibles. H

Si nos compatriotes anijlaia ue vont jamatsfl jusqu'à parta(|er absolument avec nous le poii-^l voir et la prépondérance, dans un pays oùilscl furent les vainqueurs et nous les vaincusg^fl espérons cependant que, lorsque nous auroi^l uni coujointement nos destinées à celles defl la nation voisine, ils sauront adopter saiiij»'fl arrière-pensée la belle devise de cette natîoit] « Li'veaiid lel lîve! » (Vivez al-Iaissez vivrejiv

Le statu quo, en nous assurant encore dftj ^■■aes années d'une tranquillité absolue, noqjH

l'atenir du peuple canadien-français 3gi

permet donc de préparer notre- avenir dans njnion : I** En nous élevant à un niveau de culture intellectuelle supérieure qui sera notre apport dans la communauté formée par tous les peuples de l'Amérique du Nord; 2** en tra>« vaillant à faire disparaître ou à atténuer l'antipathie et les préjugés de nos compatriote» anglais à notre égard.

La continuation du régime actuel même pei*dant un grand nombre d'années encore ne nous empêchera en aucune façon de maû> tenir et de resserrer les liens cpii nous unissent à nos frères émigrés aux Etats-Unis.

Nous sommes séparés par des frontières près desquelles aucune sentinelle ne veille et que les témoignages d'affection peuvent franchir sans cesse aussi facilement que les wagons et les ballots de marchandises.

Cette manière de comprendre l'expansion d'un peuple, sous ce dualisme gouvernemental, et en faisant abstraction des hens politiques, peut sembler illusoire. A ceux qui ne voient encore dans l'État qu'une entité créée pour des fins offensives et défensives, ce développement de sympathies nationales qui ne tient compte ni des frontières, ni du drapeau, doit paraître une anomalie. Au fond, il n'en

892 l'aVESIR du l'ELPLE CANAOIE.N-FRANÇAIS

E)sl rien; le pro<|r6s des idi^es eo Amérique et J surtout les conditions d'existence spéciales de 1 ce continent nous mènent rapidement à 1 conceplion plus large de la vie des peuples eÛ des nations.

Entre nos frères devenus citoyens araérëJ caias et nous, une union plus intime qu'entra les Français de France, les Suisses et les Bel^ ges de lanjjue française, devra régner, carJ en outre de la communauté de la langue,

I religion et des souvenirs, qui nous lie, iiouJ Rvons toute raison de croire qu'un même avo-

I nir politique nous attend. Nous ne sommes qut

i momentanément séparés.

DANS l'union AMl^RICAINE.

€ {i) If thèse provinces felt themselves strong enough to stand upon their own ground and if they should désire no longer to maintain their connection with us y we should say : God speed y ou and give y ou the means to maintain yourselves as a nation I »

(Discours de Lord Palmerston à la Chambre des Communes le 23 mars i865).

L'annexion du Canada aux États-Unis aurat-elle lieu après des essais infructueux d'in-

I. Si les provinces canadiennes se sentaient assez fortes pour vivre d'une vie autonome et si elles ne désiraient plus conserver le lien qui les attache à nous, nous leur dirions : Que Dieu vous conduise et vous donne les moyens de vous maintenir comme nation 1

3j>4 L*AVE?im bV PEtPLE CASADIES-FRANÇAIS

dé[»eudanre tra m«!me de Kdér&lion impériale Scra-l-cUe, cotnniv foutle lait pressentir, con»éc[iJcnce d'une uiiînii rommerriare douanière entre les deux pays ? L'Amjlelen »c résiijiiera-t-elle à voir s'accmltre da, d'aussi rorinidahles proporlîons la puissant maritime de la ijrande ri^pultlique ?

A ce» r|ue6tiotis l'avenir seul rt^pondra,

UiiB choîsc cependanl me parait certaine, c'est que les modîrications qui seront apportées à notre i^lat politique le seront sans efTusinn de sanij, en vertu d'un contrat librement consenti. Quand l'heure aura sonné de itt séparation défuiilive entre l'ancien monde et lo nouveau, la destinée s'accomplira pacifique et solennelle, et rien ne troublera la tranquilliié de l'uiiivcrs.

A ce moment peut-être l'élément français aura-t-il une voix décisive dans les destinées de la nation canadienne, alors nous devrons bien comprendre que nous sommes devenus assez forts, qvie nous sommes prêts à affron^' ter l'inconnu, et que nous ne faisons pas un BUut périlleux dans les ténèbres.

Peut-être aussi n'aurons-nous qu'à suivre l'opinion utmnime et clairement exprimée de la majorité.

Quoi qu'il arrive, nous ne serons jamais délaeliiis contre notre yré de l'Angletej

entraînés par la force des choses, nous disons un jour adieu à son drapeau, c'est qu'un autre drapeau nous offrira^ en même temps que des avantages matériels plus grands, la même sommede liberté et d'autonomie.

L'état agrandi résultant de l'annexion sera un état contractuel et nous serons l'une des parties contractantes.

« (i) Ua état contractuel rC est ni une agT*é^ gatioriy ni une famille, il est une coopération volontaire entre les citoyens qui n'exclut nullement les liens antérieurs et la nation nalité ».

Mais la République Américaine elle-même n'est-elle pas destinée à se désorganiser?

Mille prédictions, les unes pessimistes, les autres optimistes ont déjà été faites sur l'avenir des Etats-Unis. Dans une lettre (2) écrite en 1852, Macaulay s'exprime ainsi : « Votre des-*^ tinée est écrite^ quoique conjurée pour le mo^ ment par des causes toutes physiques. Tant que vous aurez une immense étendue de terre fertile et inoccupée, vos travailleurs seront

I. Alfred Fooillèe. < La science sociale contemporaine, 9 *■ a. Citée par Dupont-White«

AVEMll Dl' l'EVPLE LASAUIE-N-FKANÇAIS

yjiniment plus à /"aise que ceux </« vieux (onde — et, sous /'empire de celle cîrcon^ mce, /a po/ilique de Jefferson ne produira teut'étre pas de désastres. Mais /e temps piendra oit /a notive//e Ang/elerre sera aussi peiip/éc que /a viei//e Ang/eterre. C/tez vous Se ta/aire /baissera et subira /es mêmes Jlac- ^aations que chez nous. Voua aurez vos Maam^hester et vos Birmingham, ou /es ouvriers, par centaines de mi//e, auront assurément /eurs jours de c/iâmaje. A/ors se /èuera pour kIkn; institutions /e grand jour de /'épreuve, l détresse rend partout /e lravai//eur mécontent et mutin, /a proie nature/le de Vagiur, qui /ui représente combien est injuste ? répartition où /'un possèdedes mi//ions, jidis que Vautre est en. peine de son repas. ■ nous dans /es mauvaises années, i/ y a ueaucoup de murmures et même quelqaeg ''meutes : mais peu importe, car /a c/asse mffrante n'est pas /a c/asse gouvernante. Le -ême pouvoir est entre /es mains d'une se nombreuse, i/ est vrai, mais c/ioisie, Itioée d'esprit, qui est et s'estime pro^onment intéressée au maintien de /'ordre, à I garde des propriétés, 1/ s'ensuit que /es lécontenls sont réprimés avec mesure, mats ■Mec fermeté, et i'onfranc/iit /es temps désas~ ifeux sans vo/er /e riche pour assister te

pauvre ; les sources de la prospérité natio^ nale ne tardent pas à se rouvrir : Vouvrage est abondant^ les salaires s^élèvent^ tout redevient tranquillité et allégresse, J^ai vu trois ou quatre fois r Angleterre traverser de ces épreuves y et les Etats-Unis auront à en affronter de toutes pareilles y dans le courant du siècle prochainy peut-être même dans le siècle où nous vivons. Comment vous en tire* rez-vous ? Je vous souhaite de tout cœur une heureuse issue. Mais ma raison et mes vœux ont peine à se mettre d^accordy et Je ne puis m^ empêcher de prévoir ce qu^il y a de pire. Il est clair comme le jour que votre gouvernement ne sera pas capable de contenir une maiorité souffrante et irritée. Car chez vous le gouvernement est dans les mai fis des masses et les riches qui sont en minorité sont absolument à leur merci.

Un Jour viendra dans PEtat de New-York y où la multitude, entre une moitié de déjeuner et la perspective d'une moitié de diner^ nommera les législateurs. Est-il possible de con-cevoir un doute sur le genre de législateurs qui sera nommé ? D^un côté vous aurez un homme d'Etat prêchant ta patience^ le res^ pect des droits acquisy l'observation de la foi publique ; dhin autre côtéy un démagogue déclamant contre la tyrannie des capitalistes

PS^S l'avoir du Pr.l:nX CA\AIMEX-FRA.NÇAr3

et des uxariers el demandant pourtfuoi /es ans boivent du vin de Champagne el se promènent en voiture, tandis ffie tant d'honnètex gens marujuenl du nécessaire, Le^jnel de ces candidats, penses-vous, aura /a préférence de /'ouvrier qni vient d'entendre ses enfants (ai demander du pain ? J'en ai bien pear: Lvoasferee a/ors de ces choses après tesqueiitt la prospérité ne peut plus renaitre. Alors vu quelque César, ou quelque Napoléon prendra d'ane main puissante les rênes da goavernement — ou votme République sera aasai \ ,(iffreusem£nt pillée et ravagée au XX' sièc/e L yae l'a été l'empire romain par les barbares [ au V" siècle, avec cette différence que /es ■ dévastateurs de l'Empire romain, les Ilans ei L tes Vandales, venaient dit dehors, tandis que nies barbares seront les enfants de votre pays |.«/ l'œuvre de vos institutions ».

D'aulres voient dans l'Union Américaine

J, l'Élat idéal vers lequel le monde doit jeter les

I yeux avec espoir et dont l'évolation nortnale

amènera, sans grands efforts, la solution des

problèmes sociaux. Car ici, leur scnible-t-il,

moios de préjugés anciens luttent contre les

tendances nouvelles, moins d'obstacles s'op^

^ posent à Téclosion des forces latentes qui

r aspirent au jour. Enfouies sous une conche

[d'égoïsme qui, pour le moment, domine tout.

l'avenir du 'peuple ganadienhf'rançais 3g9

gisent peut-être des sources de philantropie, d'altruisme j de justice humanitaire dont Fâme nationale sera régénérée. Des idéaux confondus de vingt peuples divers, naîtra l'esprit nouveau qui dominera le monde en l'éclairant.

Au milieu des foules de travailleurs se lèveront des penseurs, des apôtres, et le peuple habitué à ne pas séparer l'action de l'idée, les écoutera et accomplira l'œuvre qu'ils auront prêchée.

Je me contenterai d'une seule observation en passant : Chez les nations européennes, la fortune acquise ou transmise par héritage permet à ceux qui la possèdent la réalisation de beaucoup de désirs, l'accession à beaucoup de jouissances, la satisfaction de goûts généralement raffinés et délicats; elle peut être considérée avec une apparence de raison, comme l'équivalent du bonheur. La perte de la richesse y entraîne la privation de presque tout ce qui donnait du prix à la vie. Aussi les privilégiés de la fortune ne sontils pas prêts à faire = des concessions à ceux qui rêvent de les dépouiller. A un grand nombre de riches, le désir de l'indigent, du prolétaire qui, lui aussi, veut s'élever à la possession, paraît. presque une énormité. Il n'en est pas ainsi en Amérique ; la possession de la richesse y constitue un état social et rend

■ lut

m fer

4t>0 l'aVEMR DI; TEUPLE G.VNAD1EN-FR.V.NÇAIS

poNsihk la salisfactioa de certaines vamliis, mais ne stijuifie iju'îre aulre cliuse. Le boiiheur, comme je l'ai déjà dit-, y consiste beaucoup plus à s'mirichir qu'à être riche. Les fortunes, du reste, sont abHolumeut instables et mobik'S ; sans cesse des familles passent de )â pauvreté à l'aÎRance, de l'aisance à la richesse. 11 n'est pas de vaincu dans les luttes du commerce ou de l'industrie qui ne puisse retourner aur le clianip de combat avec l'espoir de réussir, La fortune est, pour ainsi dire, à la portée de chaque citoyen de l'Unioa.

Du fait (jue l'idéal caressé par tous est accessible à Ions, il résulte que la masse du peuple américain, jouit, A l'heure qu'il est, d'une somme considérahli: de bonheur et qu'aucun chanijemcnt immédiat ne s'impose.

Quand la mise en cYpliiilation de toutes les ressources du pays aura modifié cet état de choses, deux faits, selon moi, se produiront nécessairement : i" Le cours de l'immigration européenne sera enrayé, et de ce moment commencera pour l'Union une existence plus réellement nationale; a" Habitués à des idées pratiques, Ijs Américains, millionnaires et prolétaires, capitalistes, patrons et ouvriers quand l'heure des revendications et des luttes sociales aura sonné — se compteront, feront la part des besoins de chacun, consla-

l'avenir du peuple canadien-français 4oi

teront leurs forces respectives et arriveront, on peut en être convaincu, sans de trop grandes catastrophes, sinon sans quelques conflits, à un modus vîvendi. Jusqu'à présent, chacun a pu le remarquer, les éléments les plus turbulents, dans les grèves qui signalent les époques de crises, ont été des immigrants d'Europe, généralement ignorants, défiants et plus portés à obéir à la parole d'un agitateur qu'à la voix du sens commun. Les fils des émigrés, nés sur le sol américain et forts de leurs droits politiques, adoptent de préférence les méthodes parlementaires.

Quoi qu'il en soit, les questions d'ordre social que peut soulever la pensée de l'avenir rie sont pas pour nous d'un intérêt immédiat.

L'union politique de tous les États subsistera, personne n'en doute, tant que ce pays sera un pays neuf, un vaste réceptacle de peuples non encore rempli. Elle survivra à cette phase; car elle a été cimentée par le sang ; car, pour la maintenir, on n'a pas reculé

I. A. de Tocqueville écrivait en 1835 : « 11 me parait cer- « tain que, si une partie di l'union voulait se séparer de l'au- € tre, non-seulement on ne pourrait pas l'empêcher, mais on € m tenterait m'}me pas de le faire. » Les événements ne lui ont pas donné raison.

Le vaste système de voies ferrées qui relie l'une à l'autre

»J|o9 L'AVMsmt ov rKcrui cAsuo^x-muiçAis

ieranl une guerre désastreuse (■) Les sent^

leatii, et ntrtoul les intêr^u sur lesquels elle

W'^Bt basée, o'tHit bit que >]B'jiier en talensïté

iM4>, L'u ctmOit d*intérét3, odc dÎTer-

l.gcnce de ru«s dan» la politique économique.

irctiit encore b coraprofoettre, mais, tout

■ le &il prévoir, duus marchons eo Ajoêri-

> vers \e libre échange absolu. Le peuple

tncturellenieat, tustiacUvement libre-échao^

I igîslet et le peuphi gouverne. Le Ubre-échauge,

le» empêchant que les districts atjricoles ne

f Soieiil l^séii par de» lois douaiiières au béaé-

Crv dett distrjt^ts inniiufacturiers et vice-oersa.

i»iircra à chaque Etal une liberté et tme anto-

L Doiiiie parlViiles.

La iTonalitution actuelle des Ëtats-Uois o'est I paît lUiu conslilutiou définitive. Elle se modi- I ficTR prul)atjteiiieiit, car elle a été établie au I liéuélicc dt!!i iadividus, elle est essentieltemeat f et coiiHLammeiit perfectible.

Lu bieu-lïtre des citoyens étant le but que

e sont proposé ses auteurs, et tous les

( ciloycns ayant voix délibérante au conseil de

t l'Ëlut, elle subira tes clianrjeinents qui seront

iiarliFH lies KtnLs-Unîs, a conixibué dani unegcmAe , Mtxir* k cineulot l'uuioii.

l'avenir DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS 4o3

nécessaires à la conservation de ce bien-être, au meilleur développement de toutes les forces actives qu'elle a mission d'entretenir et de protéger.

La nation nord-américaine, telle qu'elle devra se trouver constituée dans un avenir plus ou moins éloigné, sera une grande puissance d'un type nouveau et qui inaugurera une phase de progrès dans la marche de l'humanité.

Les nations anciennes ne connurent guère que l'union basée sur la force. « (i) VEgiiptSy la Chine\ Vaniique Chaldée ne furent à aucun degré des nations. C^étaient des troupeaux menés par un fils du soleil ou un fils du ciel.,. V empire assyrien^ P empire persan^ r empire d^ Alexandre, ne furent pas non plus des patries. Il n'y eut jamais de patriotes assyriens; P empire persan fut une vaste féodalité. >

Les empires modernes ont conservé, en les modifiant, ces principes de cohésion du passé : le sentiment dynastique et la force brutale. Le temps et les circonstances y ont ajouté d'autres éléments puissants : la communauté d'intérêts, la communauté de sympathies, d'asptrations et de souvenirs. La conception de

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