De la démocratie en Amérique
4olî 1,'aVF.MR IW I*El'PLE CA.VADIKX-FKAKÇAIS
noilit iiniin lr8n!«portons par la peiis^e t^iiipAoùlouMlu» peuples Je l'Am^piquedu \' »tr formerniit qii'iiiiK sl-ijIc iiatinii, il est rnipi KÎIile «le M- pas voir qu'iii(lé)»eiKlatnment dei divisioim poliliquen, une liijne de dëi naturelle, vrééc par les affitiilt^s dv race, dt lariff ue, de culliire et de souvenirs, séparera cet laiiiH KtatM des Étals limitrophes, certains ^roi pe» de ijroupes voisins.
Les Alleinands qui, sous la protection dl drnpeau t'toilé, ont rolonisé nne grande partie^ dcM Etals de l'Ouest et contrihiK' si puissamment A les rendre prospères, auront bientôt fondi* li^ une petite AUemnyne. 11:^ s'y développent nipidemi'iil, et depuis viii[[t ans surtout, le» plus cultivés parmi eux se ratlarhent à leur Innrfue maternelle, qu'ils abandonnaient trop fitcilement auparavant. Le Mexique espa'â gnol qui, un jour peul-t^tre, entrera, lui aussi, daits l'Union, ne l'onservera-t-il pas sa langi et SBB institutions nationales? Une partie l'Est, enfin, sera française.
C.6J élat de choses, vers lequel nous marchons, ne peiil constituer pour l'Américaïn éclairé, i|Uoi qu'il puisse paraître au premier tibonJ, ni un danijer, ni un appauvrissement, ni une diminution nationale, ni un obstacle au proi[r<^s, ni nne déroi|ation aux prhicipes qui Ont inspiré les fondateurs de l'Union. Les pra*j
t. a înt^
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miers pionniers du Rhode-Island et du Massachusetts sont venus, au commencement du xyii® siècle, chercher dans une terre vierge \m refuge contre la tyrannie, les vexations auxquelles ils étaient en butte dans le vieux monde. Ils ne sont pas venus y fonder une succursale de l'Empire britannique, un comptoir de la puissance anglaise. Ils ont jeté les bases d'un Etat libre où chacun pourrait se développer, selon ses dispositions, ses aptitudes, en observant les lois imposées en vue de la conservation commune. L'Union n'est pas une personne morale, un symbole sacré auquel doivent être sacrifiées les affections et les sympathies des peuples. C'est une agglomération d'hommes travaillant chacun pourson avantage particulier et mettant chacun en commun un peu de leur activité pour sauvegarder les intérêts de tous. Cet État constitué sur des bases si larges, alors qu'il fait tout ce qui est en son pouvoir pour satisfaire les besoins matériels de ses peuples, pourrait-il s'opposer à la satisfaction de leurs besoins intellectuels et moraux ? Favorisant les rapports et les transactions commerciales entre tous les citoyens, quels qu'ils soient, pourquoi chercherait-il à mettre obstacle à la communion des âmes, aux rapports de sympathie entre ceux qu'unissent une foi, un langage et des souvenirs communs ?
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Alix f'it.'it.vf.'iiis, reUf; ressource n'existe pas, 1 1« voy.'j^j^r fi*«;sl [iMî'tf: qu'une corvée ou une [f lor';i t Util [i /*o|| Vît j)li iqi ic . 41 '•/•firurriMiri; cIÎiVmh'C, la course âpre à la.
richesse ont développé jusqu'à présent en Amérique une civilsation mesquine et peu intéressante.
La Providence qui a distribué avec une diversité si profuse, les zones, les climats, les productions, les paysages, faisant alterner la montagne et le vallon, le fleuve et les vastes forêts, la Providence elle-même ne saurait vouloir l'extension sur tout un continent d'une nation de langue, de mœurs et de coutumes uniformes. Le Dieu de l'Univers, qui est un Dieu artiste, ne permettrait pas le maintien d'une immense population dont tous les individus vivraient de la môme vie active et fiévreuse, se croiseraient sur des milliers de lieues avec le même veston gris, la même casquette à carreaux, le même accent traînard et nasal, lisant le même journal (sous des noms différents), caressant le même idéal sans grandeur, bercés par le môme rêve : Monèy, Money (i). Ces fondations de religions bizarres, -^ les Shakers^ les Mormons^ etc. — de sociétés excentriques — clubs d'hommes gras,
I. Les nèfjres, il est vrai, mettent un peu d'ombre dans ce tableau, mais pas assez pour le rendre intéressant. N'estil pas à présumer, d'ailleurs, que dans un avenir plus ou moins éloigné, ils iront, comme leurs frères de Libéria, entreprendre la colonisation de l'Afrique et fonder sur le continent noir une grande république civilisée ?
4li1 L'AVE.\rH rtU PGVPUl: CASaDIEN-FRASÇAIS
d'hommes mait^res, d'oyres. etc. — qui font M souvent i'amusemcut des otironiqueurs étran'- <jers, tie sonl-t:[les pas une niaiiifi^slatioo de cet cuiiui, de ce dùsir du nouveau qu'enijendri; ruiiiformilé aiiitiiaiito (i)?
L'iinmitjralioii des iiiillioiis d'étrangers que s'e»t aHsimilt^ le peuple américain, a contribué, plus que quui que ce soit, à inteosifier l'cspril exclusivemenl mercaulile, ploutocralique el éijoj'sle qui dist]iu|ue nos voisins,
4>ux qui sont venus là ont émigré parce qu'ils étaient pauvres, parce qu'ils avaient soulTert de la pauvreté, et ils n'ont eu qu'un but dans la uouvelle pairie ; s'enrichir. De ioules les qualités qui résultent de l'hérédité, 1 traditions nalioiiales, de la culture antéieure, il semble que rîeu ne soit resté. On |(]ut<'it CCS qualités se sont transformées en, |>titudes pour le négoce. Chez tous les peu- : fondus dans la nation américaine, oa, ive deux catégories d'individus, les ua» u'ichis, les autres travaillaut à s'enrichir, ^'humanité n'a rien gagné à cette fusion. Clierchez, par exemple, chez les Allemands les Etats-Unis ne parlant plus que l'anglais, kette ardeur artistique, ces aptitudes scientifi-
: vieux monde romain a péri par l'unité, le ealiit du jderne sera sa divcr^ilé. > E. Rcaan. Qaestioni
l'avenir du peuple canadien-français 4ii
ques qui sont le partage de leurs frères d'outre-mer...
De temps à autre, les journaux nous apportent le compte-rendu d'une grève ; on y lit que quelques centaines de Polonais, d'Italiens, de Hongrois, ont cessé leur travail. Un certain nombre d'entre eux ont fait une manifestation bruyante dans la ville, un conflit a eu lieu avec la police, un contre-maître a été blessé, etc. Ainsi seulement se manifeste pendant quelques années leur vie nationale ; ils sont défiants, se sachant ou se croyant exploités; ils reçoivent un salaire auquel ils n'étaient pas habitués chez eux, mais^ d'un autre côté, ils sont soumis à un travail ardu qui leur était inconnu auparavant. Pendant ce temps là, leurs enfants vont aux écoles publiques, apprennent la langue des. patrons et bientôt ne parlent plus qu'anglais. A la prochaine génération, plusieurs de ces derniers seront, à leur tour, patrons ou contre-maîtres ; ils auront peut-être à faire face à des grévistes, leurs anciens compatriotes, nouvellement émigrés, qu'ils ne daigneront plus reconnaître. Car cette hérédité de pauvreté leur pèse comme un humiliant fardeau dont on se débarrasse et que l'on jette loin de soi, le plus tôt possible.
« Mais, me dira-t-on, dans cette transfor-
VEMB nv PEtPLE C\KADIE.V-FRANÇA1S
niation, un (jrand projjr^a a élé accompli ^ Le« lUs de prolétaires i(;iioranls sont devenu» des commerçants, des industriels ou des ou\ riers à l'aise, possédant une excellente liducation primaire, un fort sens pratique, une haute idée de leur dignité d'hommes, et cela devrait nous faire reconnaître les avantages de* la fusion ».
Ces avanla<)es sont les résultats de l'é: rjration simplement et non ceux de ta fusioi de l'émlyration d'hommes travailleurs et éci nomes dans un pays aux immenses ressourcei et ni'i le travail est Ijien rémunéré. Ils n*au-> raient pas été moindres, quand l;s émigrés fieraient restés fidèles à leurs souvenirs nationaux. Pour accomplir ce progrès, mille sources fécondes entretenues obscurément aa cours d'une longue hérédité ont élé taries, peut-être, mille germes précieux étouffés. Ce progrés a mis à la portée d'un grand Qombi d'hommes, avec un hien-étre relatif, les coi naissances nécessaires à la spéculation et trafic; il n'a pas été celte profonde élabi ration des âmes qui s'opère par le dévelo] pement de toutes leurs forces in telle c tue Uei et morales, « Les Américains doiuent leur', forme de gouvernement à un heureux acci~ dent, a dit Herbert Spencer (i), non à an
. Eaaja, p. J75,
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progrès normal^ et ils devront retourner en arrière avant de pouvoir avancer. »
Je n'ignore pas tout ce que ces théories peuvent avoir de paradoxal. Je sais aussi qu'il est des lois sociologiques auxquelles on ne résiste pas, et je reconnais que, dans la plupart des cas, Tassimilation s'est imposée fatalement aux émigrés européens. Dieu me garde, du reste, de souhaiter à chaque citoyen de l'Union la fierté de race que je voudrais voir chez tous les Canadiens-Français, et de rêver une diversité de nationalités à ce point étendue. Il en résulterait peut-être, au point de vue pratique, de sérieux inconvénients.
Je constate seulement que, jusqu'à présent, les peuples nord-américains se sont fondus en un tout singulièrement uniforme et produisant un bruit fort monotone.
Cette fusion ne saurait se continuer indéfiniment, l'état de choses actuel n'est que transitoire. Des fissures se feront nécessairement dans ce vaste ensemble, des groupes se reformeront, des divisions basées sur des lois naturelles se produiront.
On n'obtiendra jamais, quoiqu'on fasse, que les hommes acceptent l'humanité comme famille, la terre entière comme patrie. Un continent môme est une patrie trop vaste et, selon l'expression de Tocqueville, « offre au
^1^ l'WESIR du PEtPLE CANAD1EN-Fil-*NÇMS
patriutiiintc iiw ol»jel Irop vaijue à embras-l 8cr ». Ces peuples placés à l'aulre exlrémlti de lAmériquc, dont jamais nous n'cntenduii» parler, €ar ils vivent en paix, dont nous ue lisons pas m^nie les journaux, ne sont paft dans k'S liiuiles de noire sphère atTective.
Chaque ijroupe se fera une petite patri à aimer, au milieu de la (jrande patrie améri caille. « Le culleiiistiiictif' delà petite patrie^ a dit II. Taifie, est un premier pas hors d^ Végoîanie et un acheminement vers le cul fl raisonné de la grande patrie. »
Le culte de la petite patrie esl le seul qufti professe à proprement parler l'âme des nia$>^ ses. En France, l'homme du peuple e»t Breton, Provençal, l'éritjourUin, Normand avant d'être Français. Eu Allemaync, il est Saxon, Bavarois, Wurtemberyeois avant d'être AllemaudJ L'Autriche est le p^iys du particularisme pai*! «xcellence, rien n'a pu éteiudre, par exem-^ pie, le patriotisme tchèque, six siècles d'une i monarctiie commune n'y ont rieu fait. Les J descendants des sujets du roi Otlokar sOu^l encore aussi ardents k revendiquer leur^| droits qu'ils l'étaient lors de la conquête parfl ks souverains d'Autriche, 1
Pour l'homme du peuple, l'amour de la petite patrie est basé sur des raisons concrètes : C©«| sont les objets t'amihers, le village natal, Ukj
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ville voisine que Ton connaît et où Ton a des parents et des amis, la région cfu^on a une fois parcourue, que Ton aime. Quant à l'autre, la grande patrie, on aime surtout les paroles, les cris, les chansons, les hymnes par lesquels on la célèbre. Ces chants, ces cris enthousiastes dont on se grise, aux jours de fêtes nationales, tiennent lieu de l'affection idéale, abstraite, basée sur des raisons liistoriques,philosophiques et sociologiques qu'éprouve l'homme cultivé.
Jusqu'à présent, on peut dire qu'en dehors de certaines rivalités de métropoles, aucune tendance particulariste basée sur la situation géographique ou les divisions pohtiquesne s'est manifestée aux États-Unis. L'Union, avec sa puissante industrie, ses villes opulentes, ne compte encore que des populations en grande partie nomades. Nombre des vieux résidents de l'Est s'en vont vers l'Ouest; à mesure que les émigrés s'étabhssent dans les Etats manufacturiers, les anciens habitants gagnent les territoires nouveaux. Les familles ne se sont guère fait de demeures permanentes. Nul n'entretient pour telle ou telle partie de l'Uunion de préférences invincibles, chacun cherche celle où il voit qu'il est le plus facile de gagner beaucoup d'argent.
Lorsque le peuplement de l'Ouest aura rendu la stabiUté aux différents groupes, les
I4tC l'avenir UV PELPLE CASADIEN-FR.VSÇ.US afTectious de clocher (grandiront, 4^1, dans les villes, les Elàts où se trouvera rt^unie population homoijéne, l'ancien sentiment national, un instant étouffé, se réveillera doute. Il Y Hura, en Amérique, de nombreuse! villes alleuiaudes, de nombreuses villes françaises, et cela n'affaiblira en rien le sentiment de fidélité que tous les citoyens professeront pour l'Union.
Grâce surtout aux progrès accomplis, en ces derniers temps, dans les sciences liistoriques, les liens d'oHginc ont acquis, chez les peuples civilisés, une importance qu'ils n'avaient pas autrefois. Les Slaves oublient les aatipa-
Ptiiies particulières des rjouvernenienls dont ils dépendent, pour se réunir idéalement sous cette (jrandc dénomination. H n'était jamais question avant ce siècle d'autres divisions qw les divisions politiques, on parle aujourd'hui deiM peuples néo-latins, des races celtiques, saxon* nés, (jermaniques. Il y a des sociétés appelées « Union celtique » « Union latine », etc. Je ne veux pas attribuer à ces symptdmei Iplus de ijravité qu'ils n'en ont, ils n'inlluerond^ J sens doute pas sur le mouvement éconoraiqual K-et industriel, ils ne modiOeront pas l'orienta--* 1 lion politique des nattons. Ils indiquent seule-a 1 ment que les hommes sentent de plus en plui L la force d'attraction du passé.
L'histoire de rAmérique manque de profondeur, elle n'offre pas aux esprits chercheurs la perspective lointaine, les horizons brumeux et effacés. Elle n'a pas ce long cours aux sources ténébreuses, aux ramifications sans nombre, aux passages obscurs, aux remous ensoleillés, sur lequel l'âme du patriote aime à se laisser bercer dans une excursion vers le passé. L'Américain, au moins l'Américain cultivé, éprouvera bientôt, lui aussi, le besoin de se rattacher à ses origines.
Je me figure, à tort ou à raison, que les Yankees descendants des premiers colons ne tiennent pas particulièrement à se fondre de plus en plus, à se noyer dans les flots d'émigrants qui leur empruntent leurs qualités en les exagérant, pour le seul plaisir d'entendre parler leur langue par des millions d'Allemands, de Polonais, d'Italiens, de... Juifs!
Sans doute, la langue anglaise, que parlent aujourd'hui plus de soixante millions de citoyens américains, ne cessera jamais d'être la langue officielle. Elle restera la langue des
I4l'^ L'*rK»IB l'U PEtW-E CXXAmSS'nuiSçt.tS
^^B lé()i>ilaliires, comme la Ijingite française, en ^^V Europe, e»t rentre celle ilc la (liplomatie. ^^H c Cependant, pourra-t-oa ni'nlijecter, s'il ^^v'^dvient qu'une population considérahle d'émi- ^^Kgrés et de descendants d'émigrés appartenant ^^ A la mAme nationalité et ijroopée 3ur un ni^me piitil. L'nnslitue la majorité absolue liaiis un de» Étals de rUnion, ne ctiercliera-t-elle pas à y rendre sa langue oflicieUe,el cela Tait, pourral-elkrcFiiser le m^me privtli>i:)e auxmiiioiîtés? Or, étant donni^e la multiplicité des peuples représentés dans cliaque Etat, les léipslnlures devicniiront rapidement de véritaliles Babel». >
Cette question, si jamais elle se présente, Be sera pour les esprits libéraux cl sans pré— ju;jé8, qu'une simple question de commodité et I elle sera résolue par te sens pratique de»
j Anitiricaiiis. D'ailleurs, il est plus que probe
ble que deux nationalités seulement pourrraiU échapper au grand travail d'assimilation qui S(M fait, nu sein des masses d'émiijrés qui peuplenn ia République. Selon l'étendue de leur patriotisme, selon leur de^ré de fierté; selon qu'il» ont plus ou moins conservé l'amour du passéJ le souvenir des aïttux, les divers groupes d'Italiens, de Hongrois, de Scandinaves, de Rm Ses, de4*olonai8. etc.. etc., disséminés sur toui II continent, vont continuer 4 se fondre pluso
moins rapidement sous Thégémonie anglosaxonne.
Si, en outre, nous tenons compte de ce fait {|énéralement admis que les Etats-Unis ne peuvent guère recevoir et ne recevront pas plus de vingt-cinq millions d'émigrés nouveaux, et que ceux-ci continueront probablement, comme par le passé, à affluer surtout de l'Allemagne et des Iles Britanniques, nous pouvons, d'ores et déjà, prévoir que deux langues seulement, en dehors de l'anglais, survivront en Amérique, le français et Tallemand.
Les émifjrés appartenant aux nationalités que j'ai nommées plus haut, peu nombreux, sans liens d union, sans culture, seront assimilés avant d'avoir pu fonder des associations patriotiques, des écoles nationales, avant môme d'avoir conçu l'espoir de se conserver. Ils seront assimilés, k part peut-itre les habitants de quelques villages hongrois et polonais de rOuest, au moment où le mouvement de l'émiii ration sera enravé.
L'Union américaine, ainsi constituée, portera les fruits des trois civilisations qui ont le plus fait pour l'avancement et le progrès de Thumanité, tout en bénéficiant des avantages qui, d'après les physiologistes, résultent du mélange des races, au point de vue fte leur vigueur physique et de leurs qualités corpo-
420 l'aVCMH Di: PEl PLE CANADIEX-FRAXÇAIS
relies. Les citoyens d'orii|ine allemande ed française, les premiers rattachés à leurs tra-f i dtlioiis nationales et au souvenir de leup( [ ancêtres, les second» y *Want restés lïdôJesJ E *uront à cœur de inanifesler les vertus spâd I ctales de leur san<), et du résultat de leur actiM TÎté ia pairie toute entière béiiéfiriera.
Nul Américain éclairé, je le répète, ne devrai l'envisager avec reijret cette perspective d'ave-.'* I nir.
Il est peul-Ctrc à craindre, cependant, quel l'esprit ancien, intolérant et étroit ne lutte,! I pendant quelque temps encore, contre respritJ I nouveau. Et ce n'est pas sans quelque raisoufl Ique plusieurs d'entre nous redoutent un chan-*^ ligement de régime qui portera notre înfériovrJté numérique, vis-à-vis de nos compatriotes,] |de deux nûllions à plus de soixante millions. Quand le lien colonial qui nous attache àj l'Antjletcrre aura été rompu et que le drapeau étoile flottera sur toute l'Amérique du Nord, il J Vse fera sans doute au sein des populations de;J rtangue anulaise une grande l'ermentalion patriotique. L'idée pan-saxonniste s'affirmera au milieu de l'onthousiasme général, et îl est possible que notre nationalité subisse alors ■ quelques assauts.
Constituer une nation répandue sur tout un continent, ne reconnaissant d'autres frontières que celles que la nature lui a assignées etujiie sous la domination exclusive d'une seule langue. Cette pensée, un instant, remplira toutes les âmes rattachées, plus ou moins artificiellement, à l'hégémonie anglo-saxonne. Alors, sur le front de cette nation triomphante sans combats, une ombre ne passera-t-elle pas, à la vue d'un petit peuple de trois ou quatre millions qui garde le culte de dieux étrangers, parle une langue étrangère, et reste presque indifférent à cette pensée? Ou l'Américain sera-t-il le géant loyal et généreux, fidèle à sa glorieuse devise : Lioe and let live : c'est-à-dire : vivez et laissez vivre, prospérez et laissez prospérer, aimez et laissez aimer ?
Nous aurons pour nous la foi des traités, car, comme je l'ai dit, nous ne serons jamais détachés par la force de l'Angleterre, et quand nous entrerons dans l'Union américaine, nous verrons à nous assurer la plénitude des droits dont nous jouissons sous le régime britannique.
Au surplus, quels sont ceux qui, au nom de l'intolérance et de l'injustice, daigneront se faire les champions du chauvinisme anglosaxon? Est-ce que ce seront les douze ou treize millions de Yankees descendants des
fias I/aVEMR ni! peuple CANAtlIEN-FRA>-ÇAIfl
tnriens matirrs du sol, eux les fiis atnés de lafl libcrti^ niotlcriie ? Ou bien les Irlandais ( i ), qvt j 1b tyrannie a chnsséB de leur pays et à qui kl lani)iio anrjlni^e a été imposée par la force,! après des sît^eles d'abus el d'oppression? Ver- i rons-noiis se consacrer à cette ceuvre iniqut f [ jies descendants d'Italiens, de Slaves, de Hon«] ^otB, de Scandinaves ou même de Français, que 1 des circonfllnnces, dont leurs pères ont gémil peut'-étre, ont attaclié à la langue d'Altiion?
Au milieu de tous ces éléments divers, u Fanalisme f]ui u'aurait pas même l'ombre d'une | justificalion trouvera-t-ÎI nssez d'adeptes? Ne I serail-it pas souverainement ridicule de voir des millions d'émigrés et de descendants d'é* migres, auxquels on aura appris depuis qnetM'l ques générations à exprimer leurs pensées au moyen de certains sons et de certains vocables, se faire oppresseurs pour rendre exclusif l'usage de ces mêmes vocables?
Si jamais nous avons à nous défendre contr* quelques velléités de vexations, c'est doule de l'Est, du Canada même, que ] viendra l'attaque. Peut-être qu'un jour, auC
st un fait éirangc. mais, au Canada, Us principan^:! ins de l'anyliciSBlkin sont des Irlandais, Aux EttttKfl émiaent évâque de Saint-Paul, Mgr Irelaod, passe ^ J à raison pour étra le poric-dt'apeau du pan-sa u mieux de l'espaoBioa de la langue suglaïse.
grès de Washington, un député de l'Ontario ou des territoires du Nord-Ouest viendra rappeler à ses collègues qu'au sein de l'Union quelques millions de citoyens osent encore se servir d'une autre langue que l'idiome parlé dans cette assemblée, qu'ils ont même l'audace d'avoir des écoles dans lesquelles on enseigne cette langue. L'orateur ajoutera que le peuple canadien-français fait des progrès rapides, que son expansion est préjudiciable à la sécurité de la patrie, qu'il faut empêcher la formation d'un Etat dans l'Etat, etc., etc.
Il y aura là des représentants de la Floride, de l'Arizona, du Texas, de l'extrême Sud et du Far west, venus pour légiférer sur les cotons, les sucres, les céréales ou les bestiaux. Ils écouteront distraitement l'homme de l'Est; ils songeront simplement que ce peuple que l'on dénonce est loyal et paisible, que la langue qu'il parle est celle que parlaient les soldats qui ont donné la liberté à la République américaine, et qu'elle a été un précieux instrument de civilisation. Ils songeront surtout que les Canadiens-Français, en restant fidèles à leur passé, ne font que jouir des droits qui leur sont garantis par les traités. Le danjer sera facilement conjuré.
^B ne
ia4 l'avemr Notre laiir|ue ne peut désormais disparaître de la province de Québec, et quand nous aurons fait de celte province, de cette patrie de notre cœur, un toyer sympalhique, brillant du rayonnement des sciences, des arts et des lettres et cupant un ramj i part et distin>|ué dans la
Ta ide pairie américaine à laquelle nous aurons juré fidélité, nous verrons se rattacher plus élroilement À notre vie nationale tous ceux qui, par delà les frontières actuelles, fécondent la Nouvelle An<[leterre du labeur canadien-français. Les fils de notre race se réuniront en un groupe puissant pour les œuvres de paix, d'humanité et de prO||rès.
Une partie importante de l'Est de l'Amérique est destinée à devenir française. Xous constituons déjà dans la Nouvelle An(|ieterre un cinquième de la populalion ; notre force d'expansion est beaucoup plus (jrande que celle des autres races ; nous nous trouverons nécessairement en majorité dans un avenir plus ou moins rapproché, car la Nouvelle Anjjleterre ne pourra pas lonijtemps, sans doute, recevoir de nouveaux énii(|rant8. La province de Québec et les étals limitrophes formeront un centre de culture et de lanyue
irincipalement françaises.
Qui donc pourrait nous reprocher de rêver "un jour tous les fils des vaincus de 1760,
au lieu d'être dispersés d-ms des milieux hétérogènes et de s'être assimilés aux autres races, seront réunis sur un même point et se développeront conformément aux exigences de leur civilisation particulière ? Pourquoi, je le repète, nos compatriotes et nos voisinsde langue anglaise verraient-ils cette perspective avec un sentiment d'amertume ? Pourquoi chercheraient-ils à prévenir une agglomération ainsi basée sur l'attraction naturelle? Ce ne serait en vertu d'aucun droit, d'aucune raison légitime. On ne peut exiger des citoyens d'un Etat libre qu'une seule chose : qu'ils soient soumis aux l^is, qu'ils concourent aux charges générales dvî l'administration, qu'ils soient prêts à faire les sacrifices qu'exige le maintien des institutions nationales.
On parle d'aspirations différentes. Entendons-nous bien : quelles sont les aspirations du Yankee, de l'Ecossais, de l'Irlandais aux Etats-Unis ? Acquérir le bien-être et dans ce but concourir au développement de la prospérité générale qui en est la condition. Nous aspirons comme eux au bien-être et nous avons le même intérêt à la prospérité générale. Les sympathies particulières de chaque groupe comme de chaque individu échappent à la législation. Notre fidélité au passé, nos souvenirs historiques, la langue de nos pères ; ce
^^ ^2fl L AVENIR OU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS ^H
sont là des trésors précieux qui ne sont paspr^^H levés sur les contriliualilcs et qui n'enlèveru^H
trien aux autres citoyens, ce sont des riche»-^^ ses de l'unie qui, si on les détruisait, laisseraient leur place vide. L'oppression victorieuse — je pose cette hypothèse en la reconoaiîiSant invraisemblable — l'oppression victorieuse ferait de nou^, au lieu d'un peuple por- , tant tous les Fruits intellticluels et moraux qiH 1
consacrent chaque manifestation de (inalité, fl un assembrage d'individus n'ayant au cœnr^H qu'un désir, qu'un instinct : le désir, l'in»^^H tinct de l'homme d'argent. Et à cela pei^^H sonne n'aurait rien à gagner. ^^M
Mais non, dans l'Union américaine, comm^^l dans la Confédération canadienne^ le maintieï^^l de notre lanr/ue et de notre nationalité n4^^| dépendra que de nous. ^^M
Nous sommes les maîtres de notre de stinéer^^l Bien souvent, sans doute, des esprits optl>^^| mistes qui dans l'étude de questions d'avenir^^| se sont basés sur nne foi absolue dans le sen^^| de justice des hommes, ont fait fausse routc^H et ont été déçus par les événements. Lej^H hommes obéissent beaucoup plus à la voix dfl^H leurs intérêts qu'à celle du droit. Il nous es^^l permis de prévoir, cependant, qu'après notri^^| entrée dans l'Union, rien n'entravera notre^^l expansion nationale ; car les Américains ^B
seront tenus à la tolérance autant en raison de leurs intérêts qu'en vertu de la stricte justice*
Quand les territoires de l'Union se/ont suffisamment peuplés, l'immigration européenne, enrayée et réduite à un minimum dans la République, se dirigera vers le Canada^- qui ne sera peut-être pas encore annexé — et alors notre population, comme celle des Etats- Unis depuis le commencement dé ce siècle, augmentera rapidement, se doublera en peu d'années. Des industries devenues nécessaires pour empêcher les immigrants pauvres de tomber dans un trop grand dénûraent seront créées et prospéreront, toutes les richesses de notre sol seront mises en valeur, toutes nos ressources seront exploitées. Dans les villes aujourd'hui stationnaires et improgressives des bords de notre grand fleuve, des fabriques seront construit :s, des populations d'ouvriers se grouperont, et la province de Québec cessera d'être aussi exclusivement française*
Je ne puis voir dans l'accroissement de la population étrangère qui se fera alors un danger pour notre nationalité, ainsi que plusieurs le redoutent. La vie prendra dans nos villes un aspect un peu plus cosmopolite, voilà tout; certains émigrés s'assimileront à notre
4^8 l'-VVESIR du PEt:pLE C\N\DIEN-FUANÇAIB
race, d'autres s'anfjlicïseront. Dans les 1 rijsiricis ruraux, l'onjatiisalion paroissiale et 1 riufîueiicc du clergé seront, à elles seules, suffisantes pour maintenir la cohésion.
L'extension des dt'bouchés pour nos produits i augmentera le bien-être de nos aijriculteurs, ' I colonisation fera des progrés plus rapides. Ce mouvement d'activité fiévreuse qui em- j porte nos voisins, se fera aussi sentir chez ' ifous; notre vie perdra son caractère quasi ftpatriarcal, mais notre expansion nationale ne Isera pas entravée. |
Depuis que les pages qui précèdent ont été ' ■écrites, j'ai eu l'occasion de visiter plusieurs ■des centres canadiens-français les plus impor- ■tants de la Nouvelle-Angleterre, et je me i'prends presque à regretter certaines expres- |,Sxons dont je me suis servi plus haut. J'ai parlé : d'une calamité nationale de l'émigration aux Etats-Unis; or, en constatant combien, sous le ciel de l'Union, le patriotisme , latent s'est affirmé au cœur d'une foule des nôtres, combien nombre d'indifférents sont devenus des croyants, combien les apathiques se sont jetés dans l'action ; en constatant les progrès accompbs, au cours de ces dernières années, par nos frères devenus citoyens de la grande République, je trouve tant de motifs
consolants que je me demande si l'émigration n'a pas été plutôt une circonstance favorable à notre expansion.
Dans la province de Québec, comme je l'ai rappelé ailleurs, l'apathie et l'égoïsme ont, depuis trente ans, gagné toutes les classes. Les difficultés de la vie matérielle, provenant surtout d'une mauvaise direction économique et de l'encombrement qui s'est produit dans les carrières non-productrices, ont, jusqu'à un certain point, paralysé chez les individus l'esprit d initiative, gêné les facultés créatrices. De l'importance exagérée attribuée an sport politique^ il est résulté que les aspirations généreuses et élevées se sont dépensées en une agitation factice pour le triomphe de l'un ou de l'autre parti et n'ont abouti, le plus souvent, qu'à des sacrifices au profit d'une caisse électorale, sans aucun résultat utile pour l'avancement de notre race.
Aux Etats-Unis, la voie large ouverte aux actifs et aux entreprenants dans le commerce et l'industrie, la facilité pour tous d'arriver à l'aisance ont, au. contraire, développé ou plutôt réveillé dans les caractères des qualités d'indépendance, d'énergie, de persévérance qui sont des forces précieuses dans la lutte pour la vie. Beaucoup de Canadiens que j'ai rencontrés dans la Nouvelle-Angleterre me
^^Blfont l'effet — je ne sais si le mot dont je vaîgl
■ine servir rend bi-'n ma pensée, et je reijrelte» 1
krai:; qu'il lui mal inteiprthé — me font IVCTel]
I d'hommes lonytemps tenus en tutelle et enfial
* émane ipfis. D'un autre cAié, la foi en l'avenir, f
It; sentiment de la solidarité nationale, la fîcrtËl
du santj aufjmentent de jour en jour et atf I
dégagent 'des pensées égoïstes et des désirai
^de richesse qui avaient, tout d'abord, accsb-l
i8ré seuls l'âme de nos compatriotes émî-J
fgrés.
Du fait de son hérédilé, l'homme de nofrê J I 1-Rce est un homme de lulte, un desirucleur J I d'obstacles, el la Nouvelle-Anglt terre a rnurni 1 I en vaste champ à sa combativité. L'émig'é àêm I 1» province de Québec est arrivé indigenCa
4 un pays où seul l'homme riche a droft
■J} la conskié ration, il a pris place au bas ^ti,
Fpécbelle socialf, et il a dû jouer des >
pour s'ék'ver peu à peu el conquérir un«l
situatioa moins humb'e. En cela, du reste, 1
il n'a fîiit que suivre l'exemple dus ^utreS'l
émigrés venus de tous les points de l'Europe-.''
flHiilé pHr le souvenir do pays natal, où Ml
, comptail relounier, il s'est refusé à l'assimil»-!
lion, et il s'est attaché avec d'autant plus de I
\ IXL'rsislaiice à sa nationalité qu'elle a éié pour 1
lui la cause de plus de vexations. Les sociétés j
iiionales, les paroisses, les écoles qu'il aJ
fondées oat subi de rudes assauts. On croirait que la Providence, à toutes les époques diifi^ ciles de notre existence, s'est plu à susciter des fanatiques et des intolérants pour dire à ceux qui commençaient à se désintéresser dç la pensée de l'avenir ; «Vous n'êtes pas destiné^ à évoluer comme des êtres inconscients, vou^ avez un rôle à jouer en tant que peuple, ua but à atteindre; car nous somihes là, nous, pour vous en empêcher. » Ainsi ro!)8tncle fait lever la tête à ceux qui marcliaient indifférents, et dans l'horizon agiandi, leur regard aperçoit au loin le but.
Dans la province de Québec, notre langue et fK)lre nationalité ne courent 'aucun dan<jer immédiat. Dans chaque ville, dans cl aque vilr lage américain, les groupes canadiens-fraor çais ne peuvent se défendre contre l'absorpition qu'au moyen d'une vigi'aiiee incessante et de sacrifices constants. C'est pourqioi cett^ élite qui, d'après une loi sociologique, se forme partout où il y a un mouvement généraux à diriger, une idée utile à soutenir, u» comhat à livrer, s'est de suite formée parmi tes nôtres.
Tel médecin, tel avocat, tel journaliste qwî, aupavs natal, aurait pjssé sa vie à faire plis ou moins machinalement son métier, admiiiisèrant des drogues, pérorant sur des questions
ibes ^^
^^B ^^2 l'avenir du PKLPLE nA.SADlE.\-FR\NÇArS
^^K de murs mitoyens ou (écrivant des ditliyrambei ^H* à la ijloire (les fframls hommes de son parti, ^^B sans jamais peul-Otre donner une pensée à ^^m l'avcair de sa race, est devenu, dans la petite ^^H ville manuracturière de la Non ve Ile-Angle' ^^P terre, un des api^Lres de l'idée patriotique, ui I défenseur éloquent des droits menacés de ses
compatriotes. Son esprit, rorci^ à chaque ins-
tant de se déqaijer des soucis mesquins de la
^^L vie matérielle pour se livrer à l'étude di ^^Ê questions d'un ordre élevé, a acquis pli ^B^ d'ampleur, plus d'indépendance, plus de force,. On ne trouve, chez nos frères des Llats- Unis, ni chercheurs d'emplois publics, ni éminents hommes d'Etat, ni illunlres tribuns, mais le patriotisme chez eux est plus ardent, plus actif, plus yénéreux que dans la province de Québec. Ils sont mieux préparés que nous pour les créations d'utilité nationale, comme le prouvera, j'en suis convaincu, un avenir prochain (i).
Certes, tous ne sont pas tels qu'on pourrait le désirer. Certains émigrés enrichis n'ont pu mettre en oubli le dédain avec lequel on le traitait, alors que, pauvres ouvriers de fabrique, ils essuyaient les rebuffades de
I. J'ui dans l'idés i[ae le premier établis Eemeat d'éducallon rèeltcment Bupirieur qui sera fondé on Amérique, la Ecra par les Canadieas des EUls-Unia.
contre-maîtres dont ils comprenaient mal la langue : la servitude passée et la nationalité se confondent dans leur esprit. Ils ont honte de Fune ou de l'autre. Dans l'intimité, ils parleront encore assez volontiers leur langue maternelle, mais dès qu'un étranger paraît et qu'ils se sentent observés, ils continuent la conversation en anglais. C'est ainsi qu'on peut assez souvent reconnaître entre deux Canadiens des Etats-Unis, appartenant, en apparence, aux classes aisées, celui qui était à son arrivée du pays ce qu'on appelle un gentleman^ et celui qui s'est élevé de la foule et n'a jamais eu l'avantage de recevoir une bonne éducation primaire. Le premier se fera toujours gloire de parler sa lan« gue maternelle et de proclamer hautement son titre de Français; le second manifestera. une déférence marquée pour tout ce qui est anglais et ira quelquefois même jusqu'à angliciser son nom.
Disons-le, cependant, cette dernière catégorie tend à disparaître.
D'autres, fidèles à leur religion et à leur langue, manquent cependant de la foi absolue qui fortifie et qui conserve ; leur patriotisme n'a pas ces bases inébranlables qui sont la fierté de la race et la conscience de remplir une mission utile ; il procède plu-
V't'i l'aVEMR dit PECULE CANADI EX-FRANÇAIS I
tAt He la reliejion rfu souvenir et d'une cai ci-ption ('levf^B tlt-s devoirs de la solidaité; implique presque, aemble-t^iï, une pensée dij ] sacrifice, car cl-ux-Iù crûiraîent s'augmenter» en abdiquant leur nationalité, en passant des rongs de leurs compatriotes relativement paur vrcs dans ceux des américaiua et américw nisés riches.
Un certain nombre d'ouvriers cédant i dilettantisme naTf dont j*ai parlé ailleurs, trow.il vent amusant et « c/iîc w de parler une langui.T ^trantjère. Enfin, dans les villes où l'on maovj que dVcoles françaises, une partie de la jeuat J f)<^n4rHtion noua échappe insenâiblement.
Ce qui fait la force des Canadiens des Étatll Unis, c'est que, cHl-z eux, l'élile inlellectuellJ la classe dirigeante est absolument, arden ment patriote, et que son patriotisme est Bcfl «t pratique (j). La masse, nécessairemani
t. Il n'e&[ pas de petite ville de là Nauvellc-Angl^ tontplaat des C«nailiea«-fra tirais paroii es populatio l'on De puisse trouver da nambre>ii enambrai de cette élitofl médecias, nègocimits ou parrnls simplel ouTrie prdte à payer do tcur personne et de leur bourse dès qu« iJÊ ùlâràtB da noire tulioanliU sont ea jeu. Ce qui a'^mpécha a qu'ils ne soîenl, en m^me lenips,de loyaux Âjniricaias Gers <■ drapenu éloilé. La Nouvelle-Anglulerre possède quelques-n (!•■ meilleurs jouraalistoc de langue Tranfaise d'AméHqt MM. H, Dubuqus, R. Tremblay^ G. de Toaiisnci leur Martel, el^., oli<., qui (u us travaillent avec un parfaite pour raiancerncnl de noire race et pour le maialJMi
L'aVENIK du peuple GANADIEN-FIlANÇAIâ 43$
suivra l'impulsion et l'exemple donnés d'en haut.
Je dis donc maintenant ; Acceptons d'un cœur léger le fait accompli, ne nous consurmons pas en d'inutiles regrets ; tâchons seules ment de nous rendra compte de ce qu'exige, dans les circonstances nouvelles créées par l'émigration, la préparation de l'avenir; les émigrés n'ont pas quitté la patrie, ils l'ont agrandie.
En attendant que sonne pour tous les Canar diens. français l'heure de la réunion sous un même drapeau, il reste à nos compatriotes des Etats-Unis un devoir sacré à remplir, celui d'entretenir à leurs frais des écoles de langue française. Ils possèdent déjà diuas un bon nombre de villes; des Etats de TËst dei pensionnats de religieuses et des écoles de frères; le clergé qui s'occupe de ces fondai tions et qui partout peut compter sur l'appui généreux des nôtres mènera, n'en douton pas, son œuvre à bonne fin.
Les peuples qui s'établissent dans des pays déserts ou peuplés de barbares sont astreints à de grandes dépenses d'armement, d'explo-ration^ de transports, souvent même au sacri*-
de ses droits. M. Hugo Dubuque, avocat émineol du barreau do Massachusetts est, avaattous les autres, le défen$ei^r attitré de toutes les causes patriotiques canadiennes.
436 l'avenir Dl PECPLK CANAD[E.V-FRA,\ÇAId ^M
ticp de vies précieuses. Pour nous établir d'une manière perntaoeiile dans tin pays de civilisation, loul en conservant notre caractère national, nous ne somnicâ tenus, dous, qu'^J des saeriltces p<^cuniaires que nous sommeiJ absolument m état de supporter. 11 faudra^l que chaque localité où se trouve réuni Ûnn (jroupe important de canadiens eut son écolflt'l française, et il importe surtout que cette éct^^l puisse rivaliser avec celles de l'État et Koit^H la hauteur des exiijences du progrès moderi^H « De bonnes écoles françaises.' » Eu ce 1D^| se résume pour nos frères émigrés toute UM question de l'avenir. ^Ê
Aux Etats-Unis comme au Canada, no^H sommes les maîtres de notre destinée, m^^f U, plus encore qu'ici, lei> vinqt ou vingt-ci^^f années qui vont suivre seront pour not^H existence nationale une période décisive. ^^M l'oublions pas ! ^H
En vérité, il me parait désormais impos^^H ble que l'élément cHnadien-frauçais cesse i^^Ê progresser dans la République américain^H pour peu surtout que les ennemis de not^H expansion veuillent bien, de temps à aulr^f donner signe de vie et rappeler ceux qui s'ei^H dorment et oublient au sentiment du devo^f patriotique. ^M
Oh! je le sais bien, l'homme qui n'a ps^H
étudié les profondeurs de l'âme française, quî ignore tout ce qu'elle renferme de forces pour le beau et le bien et qui nous voit, surtout aux Etats-Unis, dans notre humble situation actuelle, ne pourra s'empêcher de sourire : « Est-ce donc, se dirait-il, des ruches grouillantes de prolétaires que va venir la lumière I Est-ce au sein des foules de travailleurs ignorants et courbés sous le faix que se forme- . ront les éléments propres à constituer un peuple grand et éclairé ? Il faut avoir un bel optimisme pour caresser ce rêve, »
Votre situation, en effet, ne paraît guère enviable au premier abord, ô mes compatriotes émigrés ! Vous êtes, là plupart d'entre vous, les « ouvriers aux bras rudes », renfermés dans l'atmosphère déprimante des usi-» nés. Descendant de héros, vous êtes les sala-» ries, serfs du nouvel état social créé par la grande industrie. Vous êtes les hommes et les femmes à la figure amaigrie, au teint maladif, que l'on rencontre le soir en longue» files, gagnant les maisons à plusieurs logements des quartiers pauvres.
Mais qu'importe? La grandeur vient des foules. Les générations d'hommes sont comme les varjues de la mer. La vague profonde s'élève de l'abîma, elle passe entre les flots pressés et vient pousser sa plainte ou son cri
^■(O L AVEMH nV PBl'PtK r.ANADlEN-.7BA.\-ç.\ia
dif triomphe à lu surface ensolcîHi^e, puis el se brise et s'i^croule sous la pou&sée d'ai va()ues vcQucs Je plus loin avec la môi force myBltîrieuse. Ainsi des familles humaines. Sans ccsso de la foule houleuse monte l'individu i^aboré obscuréiuent, l'aboulissaut de longues (jc^ni.^ rations do travailleurs igno-. riSy cl quand il a poussif son cri a la surface, hà aussi disparaît pour faire place à d'autre: Il fant seulement que la mer soît agitée, qi dans la foule règne l'activité créatrice et qi jamais ne prévalu le repos, qui est la mort.
Posséder des hommes de talent et de savoii fournir dans toutes les sphères de la sociale un contingent iniporlanl; avoir dea artistes, des littérateurs, des jurîâconsulteSi des érudits (jui jellont un lustre sur le groupe total et lui constituent un rang dans TécheUe des races civilisées; puis être surtout une foule d'hommes honnêtes et travailleurs, s'oceupant de travaux manuels, utilisant leurs bri et leur pensée, satisfaits de remplir leujCi devoir dans la vie et d'occuper leur place soleil, voilà la destinée de tout peuple à notrfc' époque.
Lorsque, parcourant les rues des viH&s Aiamifacturières de l'Est, vous admirez lei résidences luxueuses des propriétaires d'usîV nés et de fabriques et qu'ensuite vous repOFwi
ce,
tez les yeux sur les humbles toits qui sont les vôtres, ne soyez pas humiliés» Rappelez-vous seulement que la richesse ne fait pas le bonheur et que l'aisance est à la portée de tous les citoyens de TUnion qui ont courage et santé. Déjà un nombre considérable de Canadiens émigrés ont fait fortune ou sont sur le chemin de la richesse, déjà des milliers d'ouvriers appartenant à notre nationalité sont propriétaires. Mais jusqu'à ces dernières années, cependant, des habitudes de vie nomade, des velléités de retour au pays natal Ont été un obstacle au progrès d'un grand nombre. Aujourd'hui que l'on s'habitue peu à peu à regarder la Nouvelle-Angleterre comme une patrie, comme la patrie agrandie, nous avons toute raison de croire qjue la prospérité, dans les familles d'émigrés canadiens, va sui-.vre une progression encore plus rapide. -
Certes, on ne saurait trop le répéter, les assises les plus solides d'une nation sont la possession de la terre : Que la question dw « rapatriement » c'est-à-dire du retour dans les districts agricoles de la province de Qué-^ bec, reste à l'ordre du jour. Emparons-nous, du sol, autant que les circonstances nous le permettront. Encourageons les jeunes gens non mariés à se faire colonisateurs, mais ne cherchons plus à ramener au pays natal les
l DU PEtPLE C
le qui ont su l/nU une cerlainc aisance par leur travail, liabituon^-les pluliM à considiïrcr la maison, rju'ils habitent comme leur maison, le sous lc([uel ih vivent comme leur ciel, et entrej tenons en eux le doux espoir de l'unioit pro; c^haine sons un même drapeau.
Agriculteurs au Canada, ouvriers aux État»i Unis, nous sommes partout des producteurs,' partout nous remplissous uii r<Mii utile. Ce rûle plus tard sora brillant ; il sufTu que nous i le voulions.
Four préparer notre aven'r dans rUnion^; pour retenir unis tous les rameaux de notn race, il importe, av;int tout, que noua oousj hAlions de nous aflirmer aux yeux du nos'voi-J sins comme une entité utile, que nous nouaj révélions à eux comme une force précieuse; et civilisatrice. Pendant de longues années'l encore, nous ferons tache sur le sol amériij cain, aux yeux de la majorité pan-saxonmsttt avide d'unité et rêvant l'assimilation de tou^j les éléments étrangers ; il faut que cette tach^ soit une tnehe lumineuse.
Entretenons dany nos cœurs la foi et laj fierté, ne reculons pas devant quelques sacri-^ lices, et avant un demi-siècle, nous serons uaa peuple de sept à huit millions d'iîmes. Nou»l
l'avenir dn peuple canadien-français 44 1
aurons conservé la province de Québec, nous serons en majorité dans plusieurs États de l'Est ; nous aurons dans l'Ouest des districts florissants, brisant la monotonie de la civilisation anglo-saxonne et allemande. De la Nouvelle- Orléans à Montréal, il y aura des villes et des villages .français disséminés comme autant d'oasis gracieuses.
Et nous aimerons notre grande patrie américaine, autant que les descendants des pionniers, des Pilgrimes, plus que ïes fils d'émigrés européens ; car nous sommes les descendants de ses plus anciens habitants; car de Test à l'ouest, du nord au sud, tout nous rappelle, tout nous rappellera le souvenir de nos ancêtres.
Cet espoir, qui paraîtra, sans doute, très optimiste, enfermons-le dans nos cœurs, mais ne craignons pas de l'affirmer. Ce n'est pas un espoir de domination ; il ne peut froisser aucune susceptibilité, aucune aspiration légitime ; il est, au contraire, un gage de grandeur et de force pour le continent américain.
Imp. H. JoLV£, 15, rue Racine. — Paris.