I. Vol, II, p. 6G
8 l'ave.mr dl peuplk canadien-français qui s'appelle de différents uoms el conduil i des résultats divers, mais qui procède d'util principe unique, l'amour de l'inconnu, de ' I l'inexploré, le désir de voir des horizons nou- 1 veaux, d'embrasser le monde soua d'autres k aspects. Le poète, l'artiste, le savant, qui cherchent à agrandir leur vision, à reculer leur J I champ d'mvestigalion sont ies frères du cou- I reur des bois et de l'explorateur. I
A celle époque, personne ne voyajieail guère 1 que le soldat, sac au tîos el la hallebarde sur l'é- i . paule. L'idée de colonisation ne se reucoatraitfl que dans les traductions des auteurs anciensiH car les Espagnols, les premiers Européen» , venus dans le Nouveau-Monde, n'avaient FatM que conquérir des trésors sur les indigènes dsfl l'Amérique du Sud, et l'on ne songeait pas èiM suivre leur exemple. L'ordre social que com-^^ . mençaienl à troubler, il est vrai, les guerres -J I de religion, reposait encore sur des hases fixe» Â |,et en apparence inébranlables. Un demi-siècle ï plus tard, Mme Deshouillèrcs pouvait chanter J le calme bonheur de Thomme des champs,*» qui : I
^'e connnil d'iiiilre mer que lit M/irne el la Seine M Et ci-oil ,/uf loal finit ok finit son domaine. fl
I Ceux qui, abandonnautalors les hameaux paî-^l ' sibles, se confiaient k la mer orageuse, allaient^
affronter des climats étrangers et tenter des conquêtes lointaines, n'avaient pas des cœurs d'asservis. Se sentant à l'étroit dans la vie renfermée qui était la leur, ils aspiraient à une liberté plus grande, à une activité moins entravée. Il y avait dans chacun d'eux un peu de ce qui fait le héros : cet esprit ardent et aventureux, inspirateur de tous les grands mouvements qui ont entraîné l'humanité vers le progrès, et les peuples dans des routes nouvelles.
Ils ont d'abord plus songé à découvrir et à fiinquérir qu'à coloniser.
A peine ont-ils louché le sol de l'Amérique, que leur âme s'éprend des vastes soUludcs, (les immenses régions inexplorées. Impatients d'émotions nouvelles, ils inaugurent avec délices cette vie qui, pendant cent cinquante ans, doit être la leur : construisant des forts, guerroyant contre les Anglais, faisant des expéditions avec et contre les Indiens, jetant les fondements de mille établissements qu'ils devront abandonner plus lard; toujours gais, iicrs et indomptables.
O.ï fonde, de dis/a.ice en disfancp, dit un ct'lèbre économiste (i), des postes militaires
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pour relier le golfe du Mexique au Saint- Laurent... On prenait possession... non pas par la culture, ni même par le trafic, mais par des poteaux plantés sur les points principaux de ce vaste et verdoyant désert, par des forts ou plutôt des retraites palissadées, dans lesquelles se confinaient quelques soldats et quelques chasseurs. C'est ainsi que les Français déployaient dans cette vie d'aventure une merveilleuse énergie et les qualités les plus rares de l'intelligence et du caractère. Mais, au point de vue de la colonisation, combien n'eut-il pas été préférable de condenser sur un point limité ces efforts 2)rodigieux si inutilement gaspillés, de se faire agriculteurs ou commerçants, mais non pas chasseurs, soldats ou voyageurs, de tirer du sol les richesses et les éléments de prospérité qu'il ofjrait en abondance, de fonder sur la rive du Saint-Laurent une population nombreuse, rapidement croissante, riche par l'agriculture et par ses mœurs de travail et de patience ».
Certes, il est permis de regretter que tant de cœurs valeureux se soient consumés, que tant d'éneryies se soient épuisées dans des efforts dont il n'est résulté que peu de richesse. Mais la richesse peut toujours se créer ; la gloire et l'héroïsme ne se créent pas.
Nous sommes fiers de notre passé et ne voudrions pas qu'il fût autre.
On trouve une unanimité parfaite dans le témoignage de tous ceux qui ont écrit sur les anciens Canadiens, de tous ceux qui, après avoir pris part à l'établissement de la colonie, ou assisté à son développement primitif, ont laissé des notes, des mémoires ou des travaux liistoriques.
Le père Lejeune, missionnaire, écrivait en iC36 : « Nous avons nombre de très honni' tes gentilshommes, nombre de soldats de façon et de résolution... Le reste fait an gros de diverses sortes d'artisans et de quelques honorables familles, qui s'est notablement accru cette année »,
« Les Canadiens, dit le père Leclerc quelfjiies années plus tard (i), sont pleins d'es~ prit et de feu, de capacité et d'inclination pour les arts, quoiqu'on se pique peu de leur inspirer /'application aux lettres, à moins qu'on ne les destine à l'église
« {2) J'avais peine à comprendre ce ijue me disait un Jour un grand homme d'esprit, sur le point dr mon dépari pour le Canada, où il avait fait séjour et rétabli les missions