‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 37 sur 97 · IS · texte numérisé non relu

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Que nous sommes loin de cette époque de vie aventureuse et libre où les Canad'ens se croyaient le premier peuple du monde, et, quand ils étaient lassés des travaux de l’agriculture, s’organisaient en partis d’explorateurs et s’en allaient sur les lacs et les fleuves, à travers les vastes solitudes, traiter avec les Indiens construire des forts, fonder des établissements, où découvrir des territoires inconnus ! Reconnaîtraient-ils leurs descendants, ces fiers pionniers, dans ces pauvres gens, qui s’en vont, mornes et humiliés, frapper à la porte d’un chef de fabrique ou d’usine de la Nouvelle-Angleterre ?

Mais que les émigrés conservent au fond de leur cœur cette fierté qu’ils ont en apparence abdiquée, ce courage qui jamais ne les a abandonnés, cette fidélité au souvenir de Ja patrie qui soutient l’âme dans les épreuves, et des jours meilleurs se lèveront pour eux, quand, au sein des générations nouvelles, la loi patriotique en l'avenir et en la mission du peuple canadien-français aura fait éclore des pensées généreuses, des initiatives fécondes,

La fondation de banques agricoles à un taux d'intérêt de trois ou quatre pour cent, la promulgation de lois ,rigoureuses contre l’usure, la formation de sociétés de colonisation pratiques, et surtout la conclusion de traités de commerce propres à ouvrir des marchés avantageux à nos produits, toutes ces mesures, si on les adopte, pourront faire beaucoup pour enrayer les progrès de l’émigration et ramene: au pays nombre de jeunes gens dont la carrière n’est pas encore entravée par l’obligation de soutenir une famille. Maïs la plupart de ceux qui sont partis depuis trente ans ne revtendront pas dans la province de Québec. Il nous faut donc considérer désormais, quand nous songeons à l'avenir, que la race canadienne-française est, d’ores et déjà, partagée entre deux nations, a juré allégeance à deux drapeaux différents, et que des frontières politiques nous divisent en deux fractions de peuple.

De notre arbre national, un rejeton se trouve transplanté dans un champ voisin. Il faut que ses racines restent unies à celles du tronc dont il a été détaché et que la croissance ne fasse qu’enchevêtrer et joindre leurs rameaux dans une même végétation.

Huit cent mille, quelques-uns disent un million, des nôtres ont quitté l’héritage pater-

nel ; disons plutôt qu’ils l’ont agrandi, et faisons en sorte que cela soit. Ils recommencent la lutte pour la vie dans des conditions humbles et subordonnées. Nous qui conservons l’ancien patrimoine familial, travaillons à l’embellir, pour qu’ils en soient fiers et que cette fierté les rende fidèles à son souvenir. A leur tour, ils prospèreront — [un bon nombre d’entre eux, déjà, ont su triompher des circonstances adverses et se faire une situation enviable] — et nous pourrons, nous aussi, nous enorgueillir des résultats et de leur énerqie de leur activité. Nos frères des Etats-Unis regrettent de nous voir consumer nos forces dans ces luttes stériles et ridicules de la politique et, peu à peu, ils se désintéressent de notre vie nationale. Il manque entre eux et nous un élément d’activité commune.

À nous, Canadiens de la province de Québec, qui conservons le dép: des archives du passé et veillons sur les tombes des ancêtres, d’entretenir un foyer de patriotisme si ardent que ses rayons pénètrent partout; de nous nourrir d’espoirs si fermes que tout le corps national en soit vivifié ; d'élargir notre horizon et d’assigner un but £i élevé à nos efforts que tous les regards puissent s’y fixer !

Un même sentiment nations]! doit unir tous les descendants des 65,000 vaincus de 1760.

Notre patrie a pour centre les bords du Saint- Laurent, berceau de notre race; elle peut s’étendre partout où bat un cœur de Canadien- Français désireux de se rapprocher de ce centre. Les liens de race, de religion, de souvenirs, sont mille fois plus forts que tous les liens politiques; les uns et les autres sont d’ailleurs parfaitement compatibles ; notre allégeance à un drapeau n’exige de nous le sacrifice d’aucuns sentiments.

Déjà quelques-uns de nos frères émigrés ont oublié le nom français et n’ont pas enseigné à leurs fils la langue qu’eux-mêmes avaient apprise sur les genoux de leur mère.

Ils ont cédé à un concours de circonstances défavorables, et leur nombre, heureusement, est encore très restreint. Le danger est infiniment plus grand pour les Canadiens émigrés aux Etats-Unis qu’il ne l’a jamais été pour nos pères ; ils n’ont pas ce stimulant: l’hostilité incessante d’une autre race — les Américains leur sont sympathiques — ils n’ont pas cette force de résistance que possédaient les anciens Canadiens, ils ne sont pas propriétaires du sol. Deux choses seulement peuvent les sauver, la foi et la fierté : la foi en la religion de leurs pères, la foi en l’avenir de leur race, la fierté du nom français. Cette foi, cette fierté, c’est nous qui devons l’entretenir chez

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eux. Hélas ! depuis de longues années, les échos des bords du Saint-Laurent ne redisent guère aux émigrés que la gloire des « illustres tribuns»; les journaux du pays natal ne leur apportent le plus souvent que des comptes.

rendus de «speeches » ou des colonnes d’injures à l’adresse de tel ou tel. II faut à l’avenir que, lorsque l'émigré portera sa pensée vers la province de Québec, elle lui revienne pleine d’orqueil et de satisfaction, qu’il songe à venir terminer ses jours dans l’ancienne patrie, qu’il y envoie étudier ses enfants, qu’il mette son ambition à posséder un peu de son sol,

Les Canadiens partaient autrefois de la Nouvelle-France pour aller fonder des établissements dans les territoires aujourd’hui occupés par les Etats-Unis ; nous verrons bientôt, je l’espère, de jeunes Canadiens des i'ats-Unis s’organiser pour venir fonder des établissements dans les déserts de la Nouvelle- France.

ALAN RAA RE D A ARE PASEMAETENS

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