Questions contemporaines, préface VI
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Si l'illustre penseur que je viens de citer avait eu l’occasion cependant de visiter, en ces dernières années, les universités, les conservatoires, les écoles d’art de France, d’Allemagne, d'Autriche et de Suisse, dont tous les professeurs comptent des Américains parmi leurs élèves, il aurait dû se dire qu’un grand nombre des fils de la grande république au moins semblent décidés à ne pas prolonger cette explation pendant le xxe siècle. Il est probable, malheureusement, que pendant longtemps encore ces étudiants américains :
artistes, savants, lettrés, manqueront de l’encouragement, de lappui sympathique, de l’appréciation éclairée qui sont nécessaires à la production.
Quant à nous, qui ne différons quère de nos voisins qu’en ce que notre système d’instrustion primaire est inférieur au leur, on pourrait dire que, si nous sommes également menacés, c’est d’une expiation plus rigoureuse encore. Il est vrai, d'un autre côté, que cet esprit terre-à-terre et mercantile dont lAméricain en général est pénétré jusqu'aux moelles et quiéteint chez lui tout instinct artistique, ne nous domine pas encore exclusivement, loin de là. Tous n’avons pas pris une direction définitive; depuis longtemps, nous ne faisons que piétiner sur place ; choi-
sissons une carrière conforme à l'esprit et aux traditions de notre race !
L'Amérique anglo-saxonne présente le spectacle d’une nation au milieu de laquelle règnent l’égalité et des institutions libérales, et qui marche à la conquête du bonheur par la richesse. Que la nouvelle France soit, sur ce continent, en même temps que la fille aînée de l’Église, la fille aînée de la pensée et du progrès, dans les hautes sphères de la poésie, de la science et des arts ! Ce rêve est peutêtre bien ambitieux. Mais, .« {out ce qui a été fait de grand dans le monde, dit encore Renan (1), a été fait au nom d’espérances exagérées. »