M. Fearon. « Sketches of America
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Les journaux anglais se sont bien modifiés depuis lors, nous devons le reconnaître; aujourd’hui ils ne prêchent plus que la paix et la concorde, et ils sont devenus des modèles de courtoisie internationale.
En 1603, Sully parlait de la haine des Anglais en général; en 1824, Fearon ne parle que de celle des classes les plus ignorantes. Ainsi il y a eu progrès.
Dans la lutte pour la priorité, qui a divisé si longtemps nos deux mères-patries, d’autres peuples puissants sont venus prendre position, d’autres peuples puissants qui réclament aussi leur part d'influence dans la marche de la civilisation ; la première place n’en est pas moins encore disputée par les deux änciennes rivales. Le Français, parlant de sa patrie, dit volontiers « La grande nation ». L’Anglais sous-
entend l’adjectif, Mais il a une manière à lui de prononcer ces mots : « The English. The British Empire », qui ne laisse aucun doute sur la haute opinion qu’il a de lui-même. Le Français se croit supérieur à tous les peuples d: la terre, l'Anglais est d'avis que tous les peuples de la terre lui sont inférieurs. Le Français appelle modestement sa capitale.
« La ville-lumière. Le cerveau du monde civilisé » ; l'Anglais compare sa mission dans le monde à celle du peuple romain.
Cette rivalité dans l’œuvre féconde de la civilisation, a ajouté à la haine professée pour nous par l'ennemi héréditaire certaines nuances d’un sentiment qui ne nous est pas, cependant, absolument défavorable. « La haine que les Anglais nourrissent pour les Français, écrivait Heïne, vers 1842 (1), est plus honorable pour ce peuple que l'affection tmpertinente qu’ils nous portent à nous, Allemands, et dont nous sommes toujours redevables à quelque lacune dans notre organisation politique ou dans notre intelligence. Ils nous aiment à cause de notre faiblesse maritime, qui ne les menace d'aucune concurrence commerciale ; ils nous aiïment pour notre naïveté politique, etc. ».