‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 82 sur 97 · RER · texte numérisé non relu

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études. Pouvez-vous me dire, lui demandai-je, quel est le plus grand écrivain qui ait jamais existé ? Parfaitement, me répondit-il, c’est Shakespeare. Et le plus grand général? C’est le duc de Wellington. Le plus grand peintre ? Sir Joshua Reynolds. Et le plus grand musicien ? ajoutai-je en souriant. Lui, n’hésita pas un instant, et sérieux : « C’est sir Arthur Sullivan (1).

Je ne pus m'empêcher de lui crier : Bravo !

Et je me dis : Voilà un petit bonhomme qui sera, un jour, employé de chemin de fer, commis chez un marchand de nouveautés, ou contre-maître chez quelque industriel, et qui passera dans la vie, fier de sa nationalité, des hauts faits de sa race, des génies qu’elle a produits, fidèle au culte sacré qu’il doit aux gloires du passé. Après tout, ne pouvant recevoir une éducation perfectionnée, pourquoi ne croirait-il pas que, dans tous les champs de l’art, de la science, des lettres, sur toutes les grandes scènes du monde, un fils d’Albion a été le premier? Il n'aura jamais à discuter ces questions avec un étranger, et d’ailleurs, lorsqu'il s’agit de peser la flamme du génie, il

1. Sir Arthur Sullivan, qui a composé quelques jolies opérettes, est juif, Ce nom irlandais de Sullivan est une corruption de « Salomon. »

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ne peut être question de poids et de balances; toute opinion est soutenable.

Je ne désire qu’une chose, c’est que l’on puisse inspirer au jeune Canadien-Français destiné à ne pas dépasser en fait d’études la limite. imposée par le programme des écoles primaires, cette même admiration exclusive, ce même culte pour nos gloires nationales, pour les gloires nationales de la France, et qu'aux mêmes questions il soit prêt à répondre : Bossuet, Molière, Victor Hugo, Napoléon; Delacroix, Puvis de Chavannes, Meisson nier ;Gounod, Ambroise Thomas ou Auber, ou Saint-Saëns.

En thèse générale, s’il est désirable qu’un cosmopolitisme de bon aloi s’introduise dans les mœurs des classes dirigeantes, et qu’une qrande courtoisie préside aux rapports de peuple à peuple, on ne peut nier, au moins d’après les idées qui prévalent encore de notre temps, que l’exclusivisme des masses, leur injustice mème, leur fanatisme souvent, ne soient une force pour une nation composée d’éléments homogènes, et dont l’union est l’œuvre de plusieurs siècles.

Lorsqu'il s’agit de la consolidation d’un Etat formé par deux ou trois peuples que divisent des antipathies séculaïres, de l'établissement d'une nation dont les bases doivent être une

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