Smiles « The Huguenots
2. Fr. Galton « Hereditary Genius », p. 360, 3. Seely « Expansion of England. »
beth que l'Angleterre a commencé à découvrir sa vocation pour le commerce et pour la domination de la mer. »
La plupart des Français, huguenots (1) et autres, qui se sont établis aux Etats-Unis dans le cours du xvne et du xvine siècle et se sont fondus dans la masse de la nation américaine ont conquis une situation prospère et souvent brillante dans la grande industrie et le commerce américains. Des Canadiens-Français émigrés depuis trente ans, et ce dans des circonstances peu favorables, un bon nombre déjà sont à la tête de’ maisons de commerce florissantes, Ceux peu nombreux qui ont émigré dans la grande République, 1l y a cinquante ou soixante ans, ont presque tous laissé une fortune considérable à leurs descendants. Malgré tout, cependant, le fait me paraît acquis qu’à l'heure qu'il est, les Anglais comme peuple, ont, à un degré supérieur à nous, tout ce qu’il faut pour réussir dans ce qu’on appelle généralement «les affaires. » Le commerce et
1. « Lorsque les églises protestantes furent rasées à La Rochelle (vers 1656) les Huguenots furent accueillis avec faveur à New-York... Les protestants français devinrent si nombreux dans cette ville que souvent les documents publics étaient rédigés en français, en même temps qu’en anglais et en hollandais (Bancrot : Hist. of ‘the United states, vol. 1, P. 512).
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l’industrie sont les seuls chemins qui mènent à la fortune, et le désir de s’enrichir a développé en eux ce sens pratique absolu, cet esprit d'initiative, de prudence, de calcul qui sont des gages certains de succès. L'esprit anglais se forme à l’étude des affaires et de l'administration; c’est dans des méditations portant sur ces sujets qu'il s’absorbe le plus volontiers. Le nôtre, au contraire, ne se plie que par un effort de volonté à des préoccupations de ce genre; il apporte à l’étude des affaires des qualités et des défauts qui le font trop facilement dévier vers d’autres pensées qui n’ont rien de commun avec les chiffres; 1l réussit même assez souvent à trouver dans des questions de finance des sujets d'enthousiasme, de passion, de haine, ou de colère. On n’a qu’à comparer les législatures des provinces anglaises du Dôminion avec celle de la province de Québec. Là les affaires se traitent, les questions se décident au milieu d’un caline parfait, les sessions se succèdent sans donner lieu à aucune scène qui serait déplacée à une réunion de directeurs d’une société assemblés pour causer actions et dividendes. La législature de Québec au contraire fournit à chaque session ample matière aux commentaires passionnés de la presse et à la chronique, hélas! trop souvent scandaleuse.
On trouvera toujours assez facilement chez nous des hommes d’affaires très habiles, des administrateurs excellents, mais nous ne réussirons jamais, probablement, à nous éprendre en bloc, comme les Angla:s, d’une passion réelle et durable pour les choses du commerce.
Combien y a-t-il de Canadiens-français qui se complaisent dans cette littérature terre-àterre des rapports de bureaux de directeurs, des procès-verbaux de réunions d’actionnaires, etc.? Combien y en a-t-il qui puissent lire sans bailler à se détacher la mâchoire, de longs articles sur les récoltes en Russie, sur les finances australiennes, sur la question monétaire dans l'Inde? Or, l’homme qui ne saura pas prendre un intérêt intense à des questions de ce genre, dans toute leur aridité, sans se laisser distraire de leur étude par des considérations ethnographiques, biologiques ou archéologiques, des détails de mœurs pittoresques ou des souvenirs historiques ; celuilà sera difficilement un grand constructeur de chemins de fer, un roi du blé, des céréales, des légumes ou du fer.
Les Canadiens-Anglais ont, en outre, à leur disposition, incomparablement plus de capitaux que nous. Sans cesse vous pouvez rencontrer à Londres, à Liverpool, à Edimbourg,
ment chez quelques-uns d’entre eux s’occupant de la fonabiles, des dation de sociétés, du placement d’actions comus ne réus- merciales et industrielles, de l’établissement s éprendre de succursales, etc., etc. Nous ne pouvons ne passion compter que sur nos seules forces. Quand nous s du com- allons en France, c’est en notre double qualité de touristes et de cousins d’outre-mer, heufrançais qui reux de voir ét d’admirer la vieille mèreire terre-à- patrie; nous nous y occupons rarement d’af- directeurs, faires.
d’actionnai- Il est donc fort probable que pendant longpuissent lire temps encore nous continuerons à compter âächoire, de moins de millionnaires que nos compatriotes Russie, sur anglais. L'esprit dominant dans PAmérique du la question Nord, qui estime les hommes en raison de la mme qui ne somme de richesse qu’ils possèdent (1), nous ense à des assignera un rang inférieur, peut-être, dans leur aridité, l'échelle des peuples de ce continent. tude par des À Combien il nous serait facile de nous en biologiques consoler, si, par la création de richesses d’un mœurs pit- ordre élevé, nous parvenions à prendre un iques ; celui- rang honorable parmi les peuples du monde astructeur de entier, si, pour chaque millionnaire que nous les céréales, offriraient nos voisins, nous pouvions leur
offrir, proportionnellement à notre population, outre, à leur :
capilus de | 1, On dit au Canada et aux Etats-Unis, pour évaluer la
pouvez sen” fortune d’un homme : « 1! vaut 5.000, 10.000, 100,000 dollars, à Edimboury, Îte is worth, etc.
un homme distingué dans les sciences, les arts ou les lettres!
Comme je l’ai dit dans un chapitre préctdent, par suite de l'absence de sources voisines où nous puissions retremper notre esprit national, de l’envahissément de l'idéal anglosaxon et américain, de la constatation continuelle de notre infériorité dans les sphères industrielles et commerciales notre fierté, qui, si longtemps a été notre force, tend, dans certains milieux, à s’atténuer et à se perdre,
L’émigration de millions d’indigents du continent européen qui sont venus demander du pain au Nouveau-Monde et se sont mis au service des Américains, a développé, pour l’habileté et le génie de ces derniers, un sentiment d’admiration qui nous a envahis nousmêmes et dont, au point de vue de la fierté et par conséquent de la vitalité de notre race, nous sommès les dupes et les victimes.
Quel honneur d’être le descendant d’un pèlerin de Plymouth! Comme c’est peu de chose d’être l'arrière-petit-fils d’un explorateur, d’un soldat, d’un colonisateur de la Nouvelle France !
Il ne manque pas parmi nous, je le répète, de gens qui croient qu’il est mieux porté d'être Anglais ou Américain que Français, parce que ceux-là sont les plus riches. Les
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quelques défections qui se sont produites dan nos rangs au Canada et aux Etats-Unis, très souvent, n’ont pas eu d'autre cause.
Un commis ou un boutiquier passant tous les jours devant quelques grands magasins de nouveautés ou d’épiceries appartenant à des gens de langue anglaise, ne peut s’empêcher de songer que les négociants les plus prospères de notre race n’ont pas une installation aussi considérable... Il constate encore que les résidences les plus luxueuses de nos villes et les voitures les plus élégantes appartiennent aux mêmes propriétaires. Et cela fait naître dans son cœur une profonde admiration pour ces favoris de la fortune. Evidemment, se dit-il, ces Anglais, ces Américains sont des hommes supérieurs, et il commence à tenir ses livres en anglais, convaincu que ça le pose davantage dans le monde des affaires. Il connaît quelques-uns de ceux qu’il admire, ils ont des manières toutes rondes avec un rien de brusquerie, cela lui impose : il voit avec plaisir ses enfants parler habituellement la langue des propriétaires de ces riches magasins et de ces luxueuses résidences ; il les envoie à une école anglaise. L'école fait le reste.
Ailleurs, un pauvre journalier obligé d’aller chercher du travail dans les fabriques américaines apprend peu à peu l'anglais des ouvriers
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ses compagnons. Ces sons nouveaux, ces vocables étrangers, cet accent nasal, tout cela l’'amuse comme un jouet que l’on vient de confier à un enfant : il lui semble qu'il y a quelque chose de viril à rouler sa langue d’une manière différente de celle qu'il à apprise dans son jeune âge, et sans arrièrepensée, scns remords, il en vient à parler exclusivement la langue de ses patrons.
Je ne ferai pas mention ici d’un petit nombre de femmes anglomanes, américanophiles.… Ce qui brille les éblouit naturellement, leur âme, facilement enthousiaste, s’éprend d'un joli phaëton, d’un carosse bien attelé…
C’est à ces quelques symptômes de faiblesse et à ceux que J'ai mentionnés plus haut que songeait Seely, sans doute, lorsqu'il disait, en parlant de nous : « (1) Au Canada, l'élément étranger périclite et finira probablement par être noyé dans l'immigration anglaise, »
Chaque défection de l’un des nôtres, chaque manifestation d'un esprit qui west plus le vieil esprit françars, fier, tntransigeant, superbe, encourage cette pensée chimérique st chèrement caressée par les pan-saxonnistes de notre assimilation future. Et ce mal-
1. Expansion of England, phrase citée comme épigraphe, à la préface.
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entendu retarde d'autant notre établissement comme nation sur des bases solides et durables. S'il doit y avoir, un Jour, une nation canadienne, ce n'est que lorsque tous les éléments qui devront la constituer pourront se rencontrer, sans arrière-pensée d’assimilalion ou d'absorption, sur le terrain de La légalité et des intérêts communs.
Sans doute, beaucoup de causes inconnues, beaucoup d'agents encore invisibles influeront, comme dans tous les évènements humains, sur notre avenir politique, mais,c’est dans les éléments que je viens d'étudier qu’il faut chercher les causes les plus prochaines, à savoir : les sentiments qu’entretiennent l’un pour l’autre les deux principaux peuples du Dominion et l'influence de l'esprit dominant.
En résumé, il résulte de ce qu’on vient de lire qu’il existe à notre égard chez une partie de nos compatriotes anglais, un sentiment d’antipathie qui a deux effets principaux :
empêcher l’idée d’un Canada indépendant et uni de prendre beaucoup de consistance dans les Âmes ; augmenter la force de cohésion des Canadiens-français. D'autre part, il existe sur tout notre continent un esprit envahissant de mercantilisme, de ploutocratie et d’égoïsme qui menace cette cohésion, par ce qu’il possède un attrait puissant pour quelques-uns des nôtres
et qu'il est la négation du patriotisme, au moins du patriotisme canadien-français.
L'étude d’un troisième élément, le pansaxonnisme, nous donnera une vision plus précise de l’avenir.
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