LE PAN-SAXONNISME. FÉDÉRATION IMPÉRIALE. INDÉ- PENDANCE STATU QUO
Le pan-saxonnisme, dont personne n’a encore songé à constater les progrès, est de nos ennemis extérieurs le plus acharné, sinon le plus redoutable,
Le sentiment auquel je donne ce nom existe ai si bien, on le sent tellement que nous n’osons | plus nous permettre de pronostiquer ouvertement notre avenir dans l'Est de l'Amérique, et que lorsque l’un de nous a cette audace, nous serions portés à lui crier : « Imprudent, que faites-vous! » Comme si notre développement plus accentué sur un même point du continent américain, en vertu du droit de notre expansion légitime et de la loi naturelle
qui rapproche et maintient ensemble des hommes unis par des sympathies communes, comme si notre croissance en tant que peuple était une injure faite à l’âme de lAnglo-saxon. On ne l'ignore pas pourtant, ceux qui naîtront de nous, si nombreux fussent-ils, n’empièteront jamais sur les droits de leurs concitoyens ; ils travailleront, ils occuperont leur place au soleil, ils seront soumis aux lois.
Combien de nos compatriotes anglais qui rêvent d’une fédération impériale, d’une union de toutes les colonies britanniques avec la métropole, d’une fédération de tous les peuples de langue anglaise dans laquelle entreraient même les États-Unis.
Ce rêve n’est pas sans grandeur, cet espoir prend sa source dans un sentiment que nous pouvons admirer.
L'expansion anqlaise, si rapide en ce siècle, devait nécessairement inspirer cette ambition de créer une puissance impériale dominant le monde.
Les statisticiens se sont plu à faire le bilan des conquêtes du drapeau et de la langue d'Albion, et à en prédire la continuation. A l'heure qu’il est, disent-ils, l’anglais est parlé par plus de cent vingt millions d'hommes; dans cinquante ans, il le sera par plus de deux cents millions, par deux-cent-cinquante, trois
ANÇAIS
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cents millions, que sais-je? Faire une Amérique exclusivèment anglaise, une Océanie anglaise, une Afrique anglaise, une Asie soumise à la suprématie britannique. Volà le rêve de bien des fiers Saxons. Et après cela ? Après cela, doit se dire tout bas le Pyrrhus impérialiste, l'Europe n'aura plus qu'à nous tendre les bras.
Voilà pourquoi nous sommes une épine cruelle aux flancs du pan-saxonnisme.
L'histoire est pleme de ces rêves de qgrandeur et de domination jamais réalisés.
I n’y a quère plus d’un siècle, en 1783, l'académie de Berlin mettait au concours la question suivante : à Qu'est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquot mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu'elle la conserve ? | Rivarol dont le « Discours » fut couronné par cette académie ne craignit pas de s'exprimer ainsi: « Le temps semble venu de dire le monde français, comme autrefois, le monde romain, et la philosophie lasse de voir les hommes toujours divisés par les intérêts divers de la politique, se réjouit marntenant de Les voir, d'un bout de la terre à l’autre, se former en république sous la domination lune même langue ».
A la dernière partie de la question, le spirituel écrivain répondait affirmativement: «O4 ne peut prévoir ta fin de l’Europe, et cependant la langue française doit lui survivre, les États se renverseront et notre langue sera toujours retenue dans la tempête par deux ancres : sa littérature et sa clarté ».
La grande majorité des Anglais pratiques, renseignés et habitués à ne pas prendre leurs désirs pour des réalités, sont loin de partager set: illusion.
« Les grands empires comme ceux de l’aneo made existent plus, dit M. Seely (1) et le domaine colonial de la Grande-Bretaque reste le seul monument d'un état de choses qui a presque disparu ».
« Et quand nous pourrions releuir sous notre drapeau, dans une union fédérale, plusieurs pays très éloignés les uas des autres, ajoute le même auteur, gardois-nous biex de croire que cela soit de tous porats désirable. Des populatio1s nombreuses et un vaste territoire ne constituent pas nécessarremeat la grandeur; si ex restant au second rang des nations, au potat de vue de l’étendue et de la population, nous pouvons garder le premier rang moralement et intellectuel-